Tour de France 2019

Récit de voyage : un tour de France en « Noiraude »

Prologue.

Et oui c’est reparti, le Février nouveau est arrivé, 19ème du deuxième millénaire, déjà…et du coup le temps venu pour nous de boucler nos bagages pour notre nouveau voyage. Nous troquons cette année les sacs à dos pour notre valise et sac à roulettes que nous pourrons engranger dans le coffre de notre voiture.

Et oui pas d’aéroplanes à 10 000 mètres d’altitude pour des contrées lointaines et torrides cette année. Trop d’hésitations pendant quelques mois entre sud de l’Inde, Cambodge, Laos, Iran, Japon,… pas d’accord net et enthousiaste et donc une réflexion s’imposa sur le sens de ce rituel de nos échappées févriesques vers d’autres horizons à la rencontre de l’étranger. Comme vous le savez peut être c’est à cause de notre « voyage de noces » en Argentine et au Chili en février 2015 réalisé grâce à la cagnotte que vous aviez en grande partie remplie pour nous, qui nous établîmes le contrat systématique, petite  partie de notre engagement récent, à aller voir là bas si nous y étions chaque année, faire un break et passer du temps ensemble, ailleurs. Quatres voyages plus tard le choix de notre destination nous est apparue comme une logique, rendre visite autant que possible aux proches, famille et amis, que nous ne voyons pas souvent. L’exagone en trois semaines et une quinzaine d’étapes. Peut être n’aurons nous alors pas besoin de d’expliquer d’où nous venons ni qui fut François Mitterrand le grand prezident ou  qu’est ce que la Tour Eiffel ni où est Paris ? Nous serons là, au centre du monde, chez les nombrilistes têtus  et ronchons, comme de là bas nous sommes vus, lorsqu’on nous reconnaît. Certes nous ne verrons pas tout le monde, partie remise avec ceux d’entre vous que nous ne croiserons pas sur ce coup là.

Bourgoin Jailleu, Messery, Bourg en Bresse, Dijon, Anjoutey, Montbéliard, Strasbourg, Bruxelles, Boulogne sur Mer, Honfleur, Etretas, Dol de Bretagne, La pointe du Raz, l’île de Groix, Nantes, Poitiers, La Rochelle, Bordeaux, Saint Godens, Aveyron je ne sais où, Marseille… Voilà l’idée, le fil conducteur en ligne blanche continue ou pointillée, ou tout en virages à 30,50,70,80,110 ou 130 comme au jeu du 1000 bornes en plusieurs parties et quelques pleins, et sans gilet jaune posé sur le tableau de bord et qui continueront à rester emballés dans leur sac de plastiques au fond de la malle,  en compagnie de co voiturés blablateurs s’il en est et à bord de la « noiraude ».

Aujourd’hui nous sommes le 10, couché à 4 heures du mat après un concert avec The HOST à Romans sur Isère, et j’ai rendez vous à 12 :00 avec Lelio, mon premier blablaqué d’ici jusqu’à Vienne. Je range la maison en 5-7 et ferme les volets. Karine notre locataire occupera la maison dès demain.

Le voyage commence dès le Marché Aux Puces où je me retrouve littéralement coincé par une meute, que dis je un troupeau bigarré qui envahit littéralement et sans scrupule la chaussé et en empêche le passage, affairé autours des stands à la sauvette et à l’arrach’. Le souk, Marseille aux portes d’ici et de là bas. Le bordel quoi. J’en rigole et me rappelle avoir été coincé dans des troupeaux au cul de vaches montbéliardes par chez nous dans le haut du Doubs. Surtout ne pas klaxonner car les bestiaux seraient capables de m’encorner et de piétiner la « noiraude ». Je rigole, et dehors de leurs yeux pas bovins mais pas loin me zieutent bizarrement et me prennent peut être bien pour un fada. Vaut mieux en rire, ça commence bien.

Je récupère Lelio au terminus du métro Bougainville et nous remontons par l’A7, fluide jusqu’à Vienne. Le ciel est devenu très sombre à partir de Valence, comme d’hab’. Une tempête est annoncée sur tous les départements à l’Est d’ici.

Lelio a 25 ans et blablablablate avec un « léger » accent marseillais des cités. Chouette gars débrouillard et déjà engagé dans une petite famille avec une pitchoun, papa à 22, comme moi, électricien, bosseur et les pieds bien ancrés. Il a passé sa jeunesse à Vienne et vient y revoir les collègues pour faire la teuf, et son père à Lyon. Discussion à bâtons rompus sur la vie, les motos, la mécanique, les voyages, vraiment une belle rencontre tout en sympathie et tutoiement. Il me guide jusqu’à la station service où il venait faire le plein pour son scoot débridé, « salut, salut », je le laisse au feu rouge sur les quais du Rhônes en face du pont piétonnier  qui mène à Colombe sur l’autre rive, pour prendre la direction de Grenoble- Bourgoin. Je suis sensé récupérer Brijou à la gare de Bourgoin, arrivant d’Arc et Senans par le train, pour nous rendre ches Caro et Antho nos amis rencontrés et avec qui nous voyageâmes en Birmanie il y a 2 ans. La tempête a sévi sur les lignes de chemin de fer et Brijou me téléphone en m’annonçant déjà 1 heure de retard, comme d’hab J. Je m’étais annoncé vers 18 :00 à nos hôtes… Ce dimanche c’est jour de tournoi des 6 nations, France Angleterre au programme. Je me dis que je vais aller manger un bout dans un rad et mater le match dans cette ville au lieu du rugby ça ne devrait pas être un problème. Bah, c’est pas si évident, les rues sont désertes et le seul bar ouvert diffuse sur grand écran euronews et les incendies en Nouvel Zélande au pays des all blacks, c’est déjà un peu une mise en bouche. Je réclame la 2, et un plat de spaghetti bolo quart de rouge et assiste à la branlée du tournoi, 37-8 à la 51ème minute en faveur des breaxiters, tout en vous le relatant de mon clavier. Et si ils sortent de l’Europe ? est ce que ça nous fera retourner à un tournoi des 5 nations ? Comme avant que les italiens s’y mettent ? Je pose la question et ouvre à mon tour un grand débat sur le sujet. 44-8 à la 61eme, n’en jetez plus !

Tchuss

Récit de voyage : un tour de France en « Noiraude »

Episode #1.

Dimanche 10/02

Bourgoin-Jailleu ?  38 , l’Isère, 30 min de TER de Lyon, à l’Est légèrement Sud,  club de rugby de Sébastien Chabal le cromanionesque barbu et chevelu, mais surtout ville natale de môssieur Frédéric Dar siouplé ! le papa des polar noir de San Antonio et de son fidèle adjoint Bérurier. Bérurier ? ça vous dit ? bah moi oui ! Les Béruriers noirs, le groupe de punks, tout vient de là !  Qui l’eut cru ?

Caro en est aussi originaire, et avec Anthony, lui normand, sont venus s’y installer après leurs 6 mois de voyage en Asie il y a 1 ans et demi et d’où ils revinrent SDF, normal puisqu’ils avaient tout largué à dessein…On se retrouve pour la deuxième fois depuis leur retour, très contents de partager une soirée dans leur appart traversant au troisième, cerné par d’un côté l’hôtel de ville et de l’autre l’église. De là à évoquer un projet de mariage il n’y avait pas plus d’une main à demander. On se reconnecte très vite dans cette précieuse relation intime qui nous relie, devant un succulent colombo suivi d’un suave tiramisu qu’ils ont mitonnés l’un et l’autre. Après la troisième boutenche on se dit avec Brijou qu’il va falloir faire gaffe qu’en même ! … au risque de prendre 10 kilo en 3 semaines…

Anto est artisan dans le bâtiment, genre tous corps de métiers. On sent le gaillard soucieux du boulot bien fait et dans l’agencement dans l’air du temps. Caro en réflexion de reconversion s’orienterait bien dans la déco aussi, et à eux deux pourraient bien faire la paire complémentaire pour des clients en manque d’inspiration.

Lundi 11/02

Au matin nous irons visiter l’atelier d’Anto situé dans une pépinière d’entreprise en ZAC, une opportunité pour faire murir cette jeune entreprise avec un bail de 3 ans à pas cher le temps de se faire la main et une clientèle et juger de la viabilité de l’affaire. Il y aurait même de la place pour Caro pour y débuter son activité de tapisserie aussi. Ils évoquent l’un et l’autre des envies de se connecter  à des « fablab » où les lieux et moyens matériels collectivisés permettent les rencontres et les expérimentations de projets à moindres coûts, un développement d’activités colaboratives dans l’air du temps et plus qu’émergent dans ce bassin régional.

Nous finissons notre passage ici par un tour dans le centre historique piéton, déserté en ce lundi de clôture des magasins, si si ça existe encore, et un de la cathédrale du XIXeme, sans intérêt particulier, elle aussi bien désertée bien qu’ouverte, ça c’est plus qu’habituelle. En pénétrant dans la nef on pouvait sentir de fortes odeurs de fuel dues aux émanations du système de chauffage. Je ris intérieurement, par respect des lieux peut être, en me disant que j’ai l’impression d’entrer dans la maison de « mon père »… victime récemment, mon géniteur, d’un dégât domestique de débordement de cuve à mazout. Mais la comparaison s’arrête là entre ces deux maisons patriarcales. Et entre ces deux patriarches aussi.

On se quitte après le repas en ayant pris rendez vous pour une prochaine virée à Lisboa un week end de septembre. Chiche ? On remonte dans la « noiraude » et calons le GPS sur Messery, dans la « Yaute », 74, au bord du lac de G’nève à moins de 2 heures de là, pour nous rendre dans l’après midi chez mon frère Seb, Laet et p’tit Hugo.

Le ciel est changeant, nous traversons des épisodes neigeux et des éclaircies qui laissent entrevoir les montagnes blanchies, il y a bien longtemps que je n’en n’avais vu, c’est toujours aussi beau…

A l’approche de Annemasse le tissu autoroutier se fait plus dense et méandreux et on sent déjà là que ceci est le résultat des besoins d’échanges et surtout de circulations des frontaliers qui vont bosser dans l’eldorado suisse, eldorado…

Autant je n’ai rien ressenti du paysage de notre précédente étape traversée sous un ciel très bas, collines et plaines plutôt moroses à cette saison, autant le décor du lac Léman cerné du Jura et des Alpes blanches poussent à la contemplation carte postale. Nous sommes accueillis en famille donc dans leur appartement à Messery qu’ils occupent depuis un an après avoir quitté L’Estaque au bout d’une dizaine d’année, mon frère pour venir y travailler de l’autre côté de la frontière dans une coopérative agricole. Hugo, 4 ans, change vite de visite rare en visite rare, et il est content de retrouver sa marraine.

Le cadre est bien différent de celui de L’Estaque dont ils sont un peu nostalgiques je crois, il faut du temps pour se recréer un réseau lorsqu’on débarque dans un territoire dont on est complétement étranger, où les relations sociales sont plutôt distantes : on vient ici pour bosser surtout, mieux gagner sa vie sûrement, mais pas forcément se faire des potes. Quoi qu’on en dise les choses semblent plus simples dans « le bas ». Tout est relatif bien sûr. Ici tout paraît plus clean, avec tellement plus de fric, grosses baraques, grosses bagnoles, de la rivalité ostentatoire, avec en plus un côté touristique balnéaire huppé, villages classés etc.

Seb est en congé pour la première fois depuis qu’il est ici où il a bossé comme un forcené, Laet vient de finir une mission, et Hugo fera l’école buissonnière grâce à nous! Chouette.

Mardi 12/02

On va pouvoir prendre de la hauteur, de l’altitude dans l’arrière pays montagnard pour se frotter à la neige, se frotter dans la neige, du côté de Bogève dans le Bas Chablais, une portion de la Vallée Verte. Le temps aujourd’hui y est propice, ciel bleu dégagé, 3 ou 4 degrés au dessus de zéro et un bon paquet d’enneigement. Le plan de Joux est un lieu de pratique du ski de fond et de bob avec de grands champs blancs à 1249 m d’altitude au parking. Il y a pas mal de bagnoles  et bus scolaires stationnés là, mais en fait l’ambiance est très feutrée, loin du brouhaha des télésièges et des queues d’attente, pas de musique sur les pistes, le son est absorbé par le manteaux neigeux, la vue sur le cirque des montagnes est dégagé à l’infini… trop bon. Pour Brijou et moi c’est la première fois depuis plus de 10 ans que nous marchons dans la neige, et pour un p’tit gars comme moué né dans une contrée où à l’époque l’enneigement pouvait dépasser sa hauteur c’est la boule de neige de Proust qui lui revient en mémoire. Boules que nous ne pouvons nous empêcher de nous jeter, à jouer avec et comme des gosses, mmmmhhh le plaisir éprouvé des doigts congelés qu’on réchauffe en soufflant dans le trou espacé entre les deux pouces de nos mains réunies, j’adore. Seb loue un bob en plastoc bleu pour initier Hugo à la glisse assise, on se fait quelques descentes les uns après les autres en compagnie du chti mec, on part s’aventurer dans les champs à côté en peinant à avancer sans s’enfoncer jusqu’au genoux et rouler bouler. Les sports d’hiver quoi ! mais à pas cher siouplé. On évoque avec le frangin notre impossibilité et notre quasi refus à l’un comme à l’autre de nous remettre aux skis de descente, les coûts étant devenus vraiment très élevés même en individuel, alors en famille. Je serais assez tenté par expérimenter la marche en raquettes un de ces quatre dans les alpes du sud pas très loin de chez nous. A voir. Nous redescendons dans la vallée après ce bon bol d’air frais avec les joues rougies. Le soleil découpe et teinte les nuages en moutons orangés qui gambadent autours de la silhouette crénelée des montagnes, la route serpente en virage serré jusqu’au lac, Hugo s’est endormi épuisé. Seb s’est arrêté à la fruitière locale pour acheter de la raclette du cru et du beurre d’Abondance, c’est le nom d’un bled d’ici, si si, une confiserie à lui tout seul qui pousse au vice, c’est à dire quand tu te laisses aller à faire des tartines dans lesquelles tu laisseras la trace de tes dents dans la couche épaisse du nectar… Soirée fromage fondu donc, mais aussi atelier couture pour la maman et la marraine qui conçoivent de concert un doudou « varan » pour le ptiot en plein dans sa phase dinosaures, pendant  que daddy et uncle sirotent quelques raretés spiritueuses, gyn, rhum, armagnac, non sans avoir raconter l’histoire du dodo à junior et fait la vaisselle. On n’est pas des sauvages tout de même.

Mercredi 13/02.

Ce matin nous irons nous balader dans les bois de feuillus dénudés derrière la résidence sur des sentiers boueux ou à peine saisis par le gèle nocturne. La journée sera encore aujourd’hui très ensoleillée, how lucky we are! Nous poussons jusqu’à une clairière où se trouve un étang aménagé avec des oies sauvages en liberté. Le proprio des 90 hectares environnants laisse l’accès libre à son terrain, prévient juste sur des panneaux de faire gaffe à ne pas tomber dans l’eau. On le rencontre alors qu’il s’apprête à aller déposer de la paille sur l’ilot central pour les volatiles imposants qui nous explique t-il ne vont pas tarder à pondre. Le monsieur est un retraité des « eaux et forêts » très sympa et jovial qui chouchoute son plan d’eau depuis trente ans et le partage généreusement avec les visiteurs. On apprécie ce havre et en faisons le tour en embourbant nos semelles qui alourdissent dangereusement nos pompes.

Après un encas vite fait sur le gaz on se dit au revoir pour prendre la route plein Ouest et aller saluer mon autre frère, Julien, à Cluny, 71, Saône et Loire, à 200 km d’ici. Visite éclair non programmée en fait car nous ne resterons près de lui qu’une petite heure le temps d’un gouter rapide. Il vient juste de se lever pour occuper son fauteuil quand nous arrivons avec quelques pâtisseries crémeuses que Brijou lui fera déguster, au point de me becqueter la mienne. Il semble aller bien et on est content de se retrouver même pour un bref instant. C’est comme çà cette fois ci. Sa maman aussi est là et c’est chouette de s’être fait cette surprise. Nous reprenons la route par monts et par vaux de cette région du charolais bourguignon, plein Est cette fois ci, journée en zig zag, pour notre dernière étape du jour en Bresse profonde à Lescherou où nous attende pour la soirée nos très intimes Phil et Lolo. Ils occupent une longère au bout du bout d’un chemin, une maison très chaleureuse et un coin magnifique sous le soleil, mystérieux par brouillard, et c’est souvent le cas par ici. La moto BMW 1200 GS avec ses 320 000 km attend sagement sous son porche la prochaine virée, fidèle coursière aux harnachements d’aluminium. L’un et l’autre bossent demain tôt, très tôt même et nous passons rapidement à table pour nous régaler d’un chaleureux bouillon de pot au feu et d’une montagne de makis maison. Nous nous sommes vu récemment pour nouvel an, et ces aventuriers dans l’âme et le corps nous confirment leur prochain voyage de l’été, un raid à moto d’ici en Iran… puisque je vous le disais que la bécane n’attendait que çà devant ! Allez zou, au dodo, il y en a qui bosse demain.

Episode #2

Le soleil filtre à travers la brume, les champs tout doucement vallonnés sont blanchis de givre, la « noiraude » en est toute recouverte. La maison comme la nature sont parfaitement silencieuses, nos hôtes ont quitté la maison bien avant que nous soyons capables de les entendre. Nous déambulons ci et là, intérieur extérieur, photo ou internet. Je dois ce matin envoyé des documents par mail au cabinet du notaire qui règle le testament de mon parrain, la succession de mes grand-parents. Leur maison a trouvée acquéreur, un jeune couple venu du Nord. Ils signent aujourd’hui, je suis soulagé que cette affaire trouve un aboutissement assez facilement in fine. Brijou et moi avons hérités par mon parrain de la « noiraude », une jolie petite citadine impeccable avec laquelle le papy n’avait pas fait plus de 300 bornes, il nous la réservait, et on va lui faire voir du pays, c’est sûr.

Nous recevons quelques commentaires en retour des premiers bouts de récit que j’ai publié dernièrement, invitations à passer voir d’autres proches que nous avons déjà frôlés, déjà dépassés, ou qui s’attendent à notre incursion. Nous ne pourrons tous vous voir hélas, obligés que nous avons été de faire des choix de trajet au regard du temps de congés qui nous est imparti, nous n’évitons pas plus Lyon que Paris ou Quesaisje, y ayant une palanquée d’entre vous que nous aimons tout autant, surtout dans cette dernière. Nous trouverons d’autres temps, peut être viendrez vous à nous ?

Nous quittons l’Ain , 01, et la Bresse pour nous rendre à Dijon , 21, Côte d’Or, visiter le temps d’un bouchon bourguignon une des doyennes de notre périple, Annie, la douce maman d’un de nos « JC ». Elle a emménagé récemment dans un nouvel appartement plus adapté à ses besoins, en rez de chaussée, un lumineux deux pièces propret des 70’s, dans le quartier où elle vécut toute sa vie à quelques rues environnantes près dans différents lieux, histoire de garder des repères dans ce centre ville tranquille et cossu, historique même dirais-je. Avec ces 88 printemps elle se porte plutôt bien, a encore un bon coup de fourchette entrée-plat-dessert et ne recule pas ni devant une tite Suze ni un verre de Haute Côte de Nuit, soigne sa mémoire qu’elle cherche un peu parfois tout en discutant généreusement avec ce sympathique accent bourguignon qui roule légèrement les R . Brijou remémore avec elle les aventures vécues ensemble et son fils, on épluche les calendriers avec photo de famille jusqu’aux petits enfants blondinets derniers, un magazine papier autoédité dans lequel chaque membre de la famille donne de ses nouvelles illustrées d’une photo façon journal de bord familiale très sympa est beaucoup plus communicatif que tout modèle de e-réseau social, famille qui ne manque pas de s’occuper d’elle et de donner des nouvelles, alleluia. On embrasse tendrement la bonne dame, qui vient nous saluer une dernière fois de derrière les vitres de sa fenêtre de cuisine coté rue au dessus du jardinet, fenêtres exemptes de rideaux qui lui permettent de mieux voir les gens passés sur les trottoirs, en contact avec l’extérieur.

Vroum. Direction territoire de Belfort, 90, Anjoutey, à 150 km de là aux abords du Lac de Malsaucy, c’est à dire le théâtre des Eurockéennes. Un peu tôt pour la saison, et donc non pas pour s’y rendre au festival bien sûr mais pour retrouver un couple d’amis de Brijou de la fac de psycho de Besac, une amitié aussi longue que les premiers « festival des ballons » comme ils s’appelaient alors. Nous débarquons pour la soirée chez Catchou et Pascal et sommes accueillis par force aboiements dissuasifs crocs en avant par Link, leur berger australien qui fait son boulot de gardien. Le molosse s’avérera vite être une bonne pâte collante, très collante et joueuse, waouf ! C’est la Saint Valentin aujourd’hui ! Alors bonne fête, nous dit Catchou qui annonce un repas de lover… Leur maison de village est au bord d’un canal avec un grand jardin à l’arrière de la maison au pied des ballons, pas loin en tout cas, qui dessinent l’horizon à l’Ouest. Ils travaillent l’un et l’autre en région de Belfort, lui a son cabinet et elle travaille pour la région. Me voici donc entouré d’un trio de psy, et que font les psy lorsqu’ils rencontrent d’autres psy ? … Normal ! On se fini sur la terrasse devant un feu, emmitouflés chaudement, bonnets rivés sur les oreilles, une dernière tite goutte pour la route. Un jacuzzi est prêt, là juste à coté, 37°, si ça vous branche ? On verra demain matin.

Vendredi 15/02.

Encore une fois on nous aura confié les clefs pour fermer la maison après notre départ, les copains sont partis au boulot, mais avant cela nous profiterons du plaisir suédois bouillonnant et massant… Il fait 4° ce matin malgré le soleil et c’est tout simplement génial de se délasser une heure durant, farniente complet avant de reprendre la route.

Nous avons cette fois ci rendez vous avec mon cousin et mon oncle, Pierrou et Bernard à 50 km à Blamant  vers Montbéliard, Doubs, 25, rencontre des plus rares sur toute une vie puisque c’est la première fois je crois que je prend l’initiative de venir les rencontrer sur leur terre. Première fois… Ils ont réservé une table dans ce joli petit bled proche de la frontière suisse, juste de l’autre côté des collines à l’Est derrière la forêt. L’occasion de la succession familiale en cours est un prétexte à discuter de l’histoire de la famille, ses versants pile et face, des branches et des filiations révélées, des intrigues insoupçonnées, ces versions différentes ou nuancées du point de vue de mon oncle, le frère de maman, son cadet de 2 ans dont, jeune, il était très complice. Il nous dresse un portrait de mon grand père maternelle, Victor Martin, son père qu’il a très peu connu et tenté de rencontrer dans les années soixante, un personnage mystérieux pour moi dont ma grand mère m’avait une fois, une seule, évoqué le souvenir, des pétillements dans les yeux, son portrait à elle tatoué sur l’épaule et un serpent dans le dos, il avait été prisonnier de guerre, absent par la force des choses, et j’aurais pu naitre aux états unis quelques décennies plus tard…

On promet de se revoir, cette fois ils viendront voir la maison à L’Estaque.

Abdel sera notre passager co-voituré de Montbéliard à Strasbourg notre prochaine étape. Il a 40 ans vit à Paris et est venu faire un chantier de désamiantage. Il nous raconte le grand n’importe quoi des conditions de travail dans lesquelles il évolue, il a sa certification pour travailler sur ce type de chantier de dépollution mais dénonce le non respect des processus par les entreprises mêmes qui embauchent au black des ouvriers européens non qualifiés sous payés avec des inspecteurs rares et tolérants, laxistes, bakchichés ??? Grrrrr… L

Nous faisons une incursion par l’Allemagne à partir de Mulhouse pour prendre l’autoroute gratuite mais chargée en file continue jusqu’à Kehl et le pont de l’Europe pour entrer dans Strass, 67, Bas Rhin.

En entrant par cet Est là je ne reconnais rien, plus rien de ces quartiers des quais de l’Ill où les immeubles hightech ont remplacé les entrepôts et ont poussé et poussent encore comme des champignons. J’ai l’impression d’être Charlton Heston dans « La planète des singes », d’avoir zappé dans un espace temps futuriste, le sommet de la tour de la cathédrale gothique se dessinant loin à l’horizon remplaçant la statue de la liberté newyorkaise  du film, effondrée et ensevelie dans le sable après une catastrophe nucléaire, vous voyez la scène ? Je suis littéralement déboussolé malgré les indications satellitaires du GPS qui lui trouve tout ça normal. Fascinant. Mais très content d’être ici dans ma première vraie ville d’adoption, dont je suis toujours un peu nostalgique. On laisse notre passager à une station de tram, il nous invite à l’occasion à passer dans sa famille à Ouarzazate, ‘chala, et nous rendons dans le quartier de Neudorf au Sud Est de la ville. Nous sommes attendu pour le week-end chez Sabine et Claude et leurs boys, Hippolyte et Anatole, ma famille alsacienne de coeur. On s’y est rencontré il  y a plus de trente ans lorsque j’étais étudiant ici dans les années 80, noctambules et habitués des bars et salles de concerts de la scène rock alternative, amitié indéfectible tissée dans le réseau associatif et des engagements forts à faire bouger les limites d’ici pour construire un lieu qui nous ressemble, rock, autogéré, solidaire et anti facho. Le bébé s’appelle CAJ Molodoï et fonctionne toujours, vous trouverez tout sur le net si vous voulez en savoir plus. J’ose dire que c’est là et avec eux que j’ai fini de peaufiner ma personnalité d’homme responsable dans des valeurs qui me portent toujours. C’est un peu solennel dit comme ça mais sincère. Les occasions de nous revoir le plus régulièrement possible ici où ailleurs sont toujours des retrouvailles fraternelles, emplies de discussions argumentées et critiques sur notre drôle de monde, autours de force bières, vins, repas, fumées… Ce soir Claude nous a mitonné un succulent repas « libanais » de derrière les fagots dont il a le secret et le tourne main, miam.

Les garçons que j’ai vu naitre deviennent de jeunes hommes, c’est touchant. L’ainé est entré avec sa première barbe en première année de fac de psycho, ce qui fait de lui un interlocuteur privilégié pour Brijou, il continue de jouer de la guitare après déjà de solides études classiques, se sent dans le moment plutôt une âme country blues, Johnny Cash en ligne de mire, alors que son cadet excelle dans sa première année de lycée, ceint qui plus est dans un nouveau grade marron de karaté. Force tranquille qui ne va pas manquer de s’affirmer. Chaud devant.

Samedi 16/02.

Il fait encore une fois une journée de printemps magnifique, le soleil ne nous a pas quitté depuis le départ, on est presque tenté de croire que c’est nous qui l’avons emmené dans nos valises, nan ? Après le marché du matin et la transformation du contenu des cabas en diner savoureux, nous partons pour une balade en ville à pied, faisant la visite d’une expo de la biennale d’art contemporain, installée dans les locaux désaffectés de l’immense ancienne poste du quartier Neustadt, c’est à dire celui construit par les allemands après 1870, patrimoine classé, bureau de poste qui fut le théâtre du premier « braquage du siècle »  dans les années 1970 par le « gang des postiches ». L’expo vidéo et art numérique « touch me » tourne autours d’un questionnement sur l’influence du 2.0 et de la communication effrénée et omniprésente à travers nos écrans et les mondes virtuels, surveillance des individus… Seules deux ou trois réalisations plus immédiates réussirent à nous accrocher, le reste étant très hermétique et nécessitant des explications fastidieuses, comme souvent, un peu frustrant . Bref, that’s it. Non loin une expo du célèbre illustrateur alsacien Tomy Ungerer, récemment disparu attire une foule conséquente, dont la queue d’attente à l’entrée nous dissuade de patienter.

Nous remontons vers le centre ville par la Rue des Juifs où se déroula le soit disant dernier attentat terroriste, en fait bien plus sûrement l’œuvre d’un déséquilibré délinquant récidiviste notoire et haineux que d’un soldat illuminé explosif téléguidé. Plus de trace ici maintenant de cette macabre journée, et le flot des touristes dans ce quartier chiquement commerçant et historique de la cathédrale à retrouver son important débit. Après une bonne bière locale Météor nous rentrons de nos quelques 5 heures de marche pour une soirée peinards en famille.

Dimanche 17/02.

Si si il fait toujours beau, incredibeul but trou. Aujourd’hui on va se la jouer tranquille et changer de braquet. Nous sortons en proche périphérie de la ville pour nous rendre au Parc du Château de Pourtalès, au Nord Est, envie d’essayer d’y trouver de beaux arbres et « remarquables » si possible. Lieux affectionnés par les locaux on vient s’y balader en famille, courir et faire du vélo, s’allonger dans l’herbe, se poser sur les bancs loin de tout bruit. Je cherche à retrouver des sculptures de Ernest-Pignon-Ernest « Les Arbrorigènes » qui avaient été installées là en 88. Fichées dans les arbres ces figures humanoïdes sont littéralement désagrégées par le temps et ne laissent plus voir que d’informes masses de mousse jaunâtre dégueulasse. Nous sommes très surpris et déçus que rien n’ait été fait pour conserver les œuvres de cet artiste célèbre. Nous terminons la visite par une chouette petite expo de photographies d’arbres mis en scène par de savant éclairages leur donnant un aspect surnaturel.

On récupère les garçons à l’appart en fin de journée et filons pour une ultime sortie nous empiffrer goulument de parfaites « flamenkueche » traditionnelles.

Fin de la première semaine. Et 1 kg de plus, 1 !

Récit de voyage : un tour de France en « Noiraude », épisode #3.

Lundi 18/02.

8:00 , debout pour faire bye-bye à nos hôtes, c’est toujours un peu triste de se quitter, mais toujours rassurant en sachant qu’un prochain rendez vous va se caler. See U amigos.

Nous devons récupérer un passager, Martin, jeune lycéen mosellan venu passer le week end avec sa dulcinée. Nous le co-voiturons jusqu’à Varize, entre Sarreguemines et Metz. Le logiciel de Blablacar nous avait même calé une récupération d’une autre passagère depuis Sarreguemines, mais jusqu’à Nancy ! pas du tout sur notre route cette histoire ! Un bug qui nous oblige en rencontrant la miss à lui demander de trouver un autre moyen pour se rendre à destination. Va falloir que je sois plus vigilant sur les feuilles de route qui nous sont proposées au risque de se retrouver dans des situations embarrassantes alors que l’idée de départ est celle d’une entraide gagnant-gagnant, et d’une alternative à peu près efficace. Pas genre sncf… L

A Metz c’est pour visiter son musée Beaubourg décentralisé et ouvert depuis 2010 que nous nous rendons, sur notre route en direction du Nord. Comme la plupart de ces grosses machines culturelles contemporaines implantées en province ça a été l’occasion pour la ville de redynamiser son centre autour de la gare et de restructurer et construire autour une partie ville nouvelle, à coup de centres commerciaux, tram et voies piétonnes. Le musée très contemporain dans son audace formelle, avec une sorte de voile tendue en guise de couverture sur une charpente de bois ondulante défiant les lois de l’équilibre et de la résistance est l’œuvre d’une collaboration sino-anglo-française d’architectes dont je n’ai pas retenu le nom. La déambulation y est très agréable et lumineuse, aérienne. Nous y parcourons en particulier une magnifique expo intitulée « Peindre la nuit » qui présente de manière très éclectique sur une déclinaison du thème une bonne centaine d’œuvres d’artistes tout azimut, du masque rituel d’une tribu indienne aux avant-gardes conceptuelles du numérique. Je suis très ému en rencontrant l’œuvre de Piet Mondrian qui y est présentée, car je n’en connaissais comme vous sûrement que les oeuvres abstraites géométriques et froides, blanches, rouges, bleus, jaunes cernées de noir, reprises sans vergognes par les designers des cosmétiques de l’Oréal…vous voyez ? Hors là c’est une peinture de 1909, d’avant cette révolution abstraite qu’il entama peu après qui est présentée : assez grand format, 1,50 sur 1 mètre, un paysage crépusculaire entre chien et loup dans les marrons et jaunâtres  aux formes brumeuses dans lesquelles on devine vaguement la silhouette d’un gros arbre à l’orée d’une forêt dans un ciel nocturne nuageux, aux limites de l’abstraction, excepté le disque lunaire, réduit à sa plus simple expression, un rond, dans une épaisse et savamment pétrie couche de peinture à l’huile. Un mix digéré entre les paysages des tempêtes de William Turner, les  aurores d’un Jean François Millet et les impressions de Claude Monet. J’en ai limite la chaire de poule, trop beau et si rare, … je sais, je suis un grand sensible et romantique qui plus est, contre certaines apparences. Le beau m’attendri, voire me fait fondre parfois jusqu’aux larmes, intimement. Mais Dieu que c’est bon de l’éprouver. Et de mesurer là par l’exemple quelle volte face le bonhomme fit pour en arriver à sa rupture radicale géométrico anti nature augmente mon émotion, à une période où on roulait rarement en voiture, début du téléphone et de la radio etc, c’est à dire oser tout renier, tout oublier, pour faire du neuf, une révolution ! une vraie ! de celle qui change la vision du monde et de son avenir. Chapeau l’artiste ! Les politiciens feraient bien d’en prendre de la graine.

Nous récupérons un ptit couple d’étudiant  en marketing que nous transportons jusqu’à Reims, notre prochaine escale pour la nuit. Ils révisent dans la voiture leurs partiels du lendemain, Brijou leur tricote un bracelet porte bonheur, voilà que ça lui reprend 😉 . On traverse le paysage ondulé et presque plat des Ardennes, champs de batails de la « grande guerre » 14-18. J’imagine dans cette lumière du couchant les âmes errantes perdues ici de cette chaire à canon sacrifiée, c’est facilement encore perceptible… Sur un panneau : « Verdun capitale de la paix ». Ca nous fait une belle jambe, de bois. Quand je pense que l’autre boucher syrien d’El Assad est de nouveau en place ça me fait gerber, toute cette hypocrisie.

Mardi 19/02.

Reims, parce que cathédrale gothique ! Et pas des moindres, voire parmi le top ten des vaisseaux de la chrétienté. On fait presque l’ouverture, à 9 :00. L’endroit est déserté, quasi, conditions idéales pour y déambuler, la tête penchée en arrière à la limite de la douleur quand tu insistes pour admirer les voutes, sculptures et vitraux. Quel chef d’œuvre, quel génie humain, quelle invention et maitrise technique dans ces réalisations démesurées qui à coup sûr forcèrent à la dévotion. Moi je m’y sens bien et ça me suffit, j’apprécie le beau boulot et encore une fois tire mon chapeau aux artistes. Les vitraux multicolores ou en grisaille laissent pénétrer des jeux de lumières chatoyants depuis les deux rosaces immenses du fronton, et à l’opposé dans l’abside on peut contempler ceux de Chagall et d’un artiste contemporain allemand qui donne une touche de modernité à cette vieille dame qui a subit les vicissitudes du temps, et des conflits humains, largement malmenée et en partie détruite lors de la révolution et par les bombardements en 1944. 

Deux cent cinquante km plus loin nous débarquons sur les plages de Fort Mahon-Plages, où nous commençons chaussés de nos bottes de caoutchouc sous le soleil et dans le vent une après midi de balade à marée basse dans le sable dur et les galets, étendues à perte de vue dans la platitude de la baie de Somme, de cabotage en cabotage, Le Crotoy, Ste Valéry, pour nous poser pour la soirée à L’Hôtel de Calais sur le port de pêche du Tréport qui fini de se vider de son reflux, laissant échouées sur leur flanc les barcasses blanches et bleues, alors que les chalutiers qui ne sont pas sortis se sont amarrés en rang serrés et dodelinant de l’autre côté de l’écluse qui les maintient à flot jusqu’au retour de la marée haute dans six heures, éternité du rythme de l’océan d’ici.

Mercredi 20/02.

Au matin après un petit déj avec vue plongeante sur la sortie du port, de nouveau vidé de son eau mais se remplissant à vue d’œil, nous visitons l’église de St Jacques le Majeur, celui de Compostelle, coquilles locales oblige, très attaquée par les embruns marins, les sculptures rognées et presque méconnaissables. Puis direction Etretat dans le Calvados, j’en rêve depuis des années imprégné des histoires en noir et blanc d’Arsène Lupin qu’incarnait à la TV Georges Descrière lorsque j’étais minot sur fond de générique de Dutronc, « C’est le plus grand des voleurs, oui mais c’est un gentleman, il s’empare de vos valeurs sans vous menacer d’une arme, quand il détrousse une femme, il lui fait porter des fleurs, gentleman cambrioleur est un vrai seigneur … ». Nous faisons un crochet par Varengeville sur Mer, pour nous rendre sur la tombe de Georges Braque, celui là même qui vint vers 1910 à L’Estaque, chez nous quoi, peindre sur le motif le quartier des Riaux et y inventer le cubisme, encore une autre révolution dans la naissance de l’art moderne. Il est inhumé là avec sa femme dans un cimetière marin, c’est à dire avec vue sur mer et l’au delà. Je ne sais rien pour l’au delà, mais pour la vue mer, waouh le délire ! Perché au dessus des falaises orienté Est Ouest avec une chapelle juste trop magnifique , fondation romane, charpente en bois, intérieur dépouillé et décoré de tableaux et de vitraux modernes et abstraits ou à la figuration géométrique dont un de Braque, très lumineuse, un havre de paix parfait, dans un décor de bocage et de nature arborée et verdoyante.

Puis Etretat donc où nous avons rendez vous avec Diane et Eric, qui d’un coup de voiture depuis Paris en 2 heures nous y rejoindront, « Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi ! » comme disait le bossus du film. Chouette alors !

Le site avec ces falaises connues de part le monde pour ses étrangetés sculpturales comme « L’Aiguille » ou « L’Eléphant » est éminemment évidemment touristique, mais pas trop in fine à cette saison. Le soleil toujours généreux continue à y inciter aux balades. Eric et Diane nous attendent dans un bar du front de mer et le temps d’un truc avalé sur le pouce nous partons rapidement mais à pas lents sur les sentiers très aménagés qui nous mèneront au dessus des falaises, plus ou moins 80 m de haut et de gaz sous nos pieds et nos yeux attirés vertigineusement par ce vide. Je me penche un peu par dessus, et au delà de ce que mon cerveau m’a signifié comme limite, histoire de, mais pas trop hein car je ne suis pas si téméraire avec ces expériences sans filet. Le ciel est juste nuageux comme il faut pour être animé et jouer avec les rayons du soleil sur la mer, le site est effectivement grandiose, éternellement indémodable, et nous sommes là, les quatre en admiration. J’aimerais descendre sur les plages de galets au pied des falaises, mais le jour décline déjà et je propose de remettre ça à demain matin si la marée est favorable pour y accéder. Par où reste à savoir. Nous avons loué un gite qui nous permet de passer une bonne partie de la soirée à nous retrouver, nous ne nous sommes pas vu depuis plus d’un an et demi, dans le petit salon pour discuter longuement autours de tisanes et de Baba au rhum qu’ils nous ont ramené d’Italie. Dehors le temps d’un cigare je trouve au dessus de mes yeux juste pile poil d’en l’encadrement des murs de la courrée de notre logement la Grande Ours qui scintille dans cette nuit de pleine lune, je sais ou trouver le Nord et je pense aux parties de navigations que j’aimerais bien venir faire ici. Un jour peut être.

Jeudi 21/02.

Clefs rendues, bagages rangés dans les coffres, nous décidons de partir à pied de l’autre côté du site, à l’Est, pour monter voir la chapelle qui domine la bourgade, et qui se nome, je vous le donne en mille, Notre Dame De La Garde ! Fan de tchichoun va! ! La marée est haute et le ciel brumeux très humide avec un soleil timide qui tente de percer cette fine couche. La mer est vert d’eau et les vagues bien formées déferlent en faisant raisonner les galets dans une mélodie de roulement cristallin. L’ascension n’est pas très longue jusqu’à la chapelle, fermée et sans intérêt particulier de l’extérieur, mais le point de vue y est tout aussi époustouflant que depuis l’autre côté de la baie. Nous empruntons un chemin abrupte pavé d’escaliers qui nous mèneront jusqu’aux plages de galets tout en bas. Un tunnel-goulet percé de main d’homme dans la roche sur une quarantaine de mètres permet d’accéder à une petite crique d’où on à l’impression d’être seuls au monde. Je m’imagine bien là quelques jours à ne rien faire, méditer ou en tout cas faire le vide, et manger des boites de sardines à l’huile avec du beurre salé et du macros au vin blanc avec un petit muscadet sur lie. Et des huitres. Faire le vide quoi. Et du cidre. Zen. Yiiooommmm. (…)

En route cette fois ci pour une après midi à Honfleur avec nos deux voitures respectives mais en alternant les passagères, le temps d’un côte à côte. C’est tout d’abord pour visiter le musée Eugène Boudin que je veux me rendre là, ne connaissant rien de l’aspect de la ville si ce n’est une vague image de carte postale d’un quai de port avec de jolies maisons. En fait la claque va venir de là, côté gauche puis côté droit en aller retour ! Le centre ville historique classé présente préservées une quantité remarquable de bâtisses normandes typiques à ossature bois en colombage façon « petite France » alsacienne, mais moins éco musée et plus vivante, sur une colline aux ruelles pavées autours d’un petit port à écluse. L’église Saint Catherine et son clocher sur la place du marché, tout en bois et bardeaux noircis nous plonge dans une ambiance moyenâgeuse, hormis la présence des voitures. C’est simple, il n’y a rien qui ne soit beau. Le musée très provinciale est d’un intérêt relatif mais permet toutefois d’y découvrir des toiles paysagères marines très intéressantes d’Eugène Boudin, peintre du coin, de Claude Monet son copain, et de Gustave Courbet notre peintre franc-comtois lui même, les 3 comparses s’ingéniant ici a inventer une nouvelle manière de peindre ces « marines » en plaçant le centre de leur sujet sur la Nature plus que les bateaux, dans un geste très enlevé, précurseurs des « Impressionnistes ». Je me serais bien ramené le Courbet sous le bras, magnifique !

On se boit un petit cruchon de cidre paysan sur le quai du bassin du port, et nous disons à la prochaine, très bientôt espérons le. Brijou et moi allons poser nos valises dans un petit hôtel douillet du centre historique, puis déguster les crêpes du coin et cidre rosé aux pommes sanguines. Perfect.

Demain on traverse la frontière normando-bretonne pour rejoindre ker-cousin Patrice et Isabelle à Dol, de Bretagne. Kenavo !

Récit de voyage. Un tour de France en « Noiraude », épisode#4.

Vendredi 22/02

En quittant Honfleur ce matin nous nous orientons non loin de là vers Trouville sur Mer. La campagne environnante est complètement plongée dans le brouillard, le soleil est là, juste derrière et la lumière est du coup très diffuse, toutes formes faisant silhouettes fantomatiques. En descendant sur le littoral de Trouville nous allons marcher sur la plage, d’où en fait ne se distingue aucun horizon, tout est sable-mer-ciel. Seul le bruit du ressac fait frontière sonore entre ces éléments. En se retournant on distingue à peine les contours des villas balnéaires luxueuses du site, les rayons du soleil qui les prennent à contre jour découpent leurs masses imposantes façon manoir hanté. Ci et là apparaissent et disparaissent des formes humanoïdes trainant le pied ou trottinant leur jogging matinal accompagnées de leurs fidèles poilus à quatre pattes que je tente d’interpeller presque systématiquement en sifflotant deux notes ou d’un « kkkkk » histoire de faire connaissance avec leur truffe et de passer la main dans leur pelage, c’est un tic chez moi, j’en pince. Je m’assois sur un des bancs bleu ciel plantés dans le sable, le mien s’appelle « Marcel Proust », les voisins « Margueritte Duras », « Eugène Boudin », « Gustave Courbet »,…, regardent la mer, tous illustres touristes du passé hantant encore ces lieux inspirants. Brijou musarde au bord de l’eau en quête d’une plume, d’un coquillage, d’un galet en forme de coeur ou d’un bout de plastique qu’elle saura transformer en grigri porte bonheur. Puis le soleil fini de faire fondre les brumes et de lever le voile sur le décor : pffff, c’est à la fois beau et écrasant de richesse, et le charme s’envole avec le sentiment de ne pas être à ma place, un autre monde. Je n’avais pas capté que Trouville était la banlieue résidentielle des plus huppés des résidents occasionnels de Deauville, un Monaco normand, c’est vous dire. On file de là, filons, direction Dol de Bretagne à 2 heures de route, entre Mont Saint Michel et Saint Malo.

Nous arrivons chez les cousins de Brijou, Patrice et Isabelle, devenus les miens. Lui, en pause, est rocker dans l’âme et collectionneur de disques, dénicheur de perles rares, elle psy, on est du même âge, c’est vous dire l’aisance de connexion de nos atomes crochus. Cécile leur cadette, ils ont aussi deux garçons, Léo et Juju, qui revient tout juste de six mois de stage à Manchester est là aussi, chouette présence. On part flâner dans la rue principale de cette jolie petite ville bretonne de six milles habitants, traversons la cathédrale gothique qui connut ses heures de gloire et d’influence sur la région et bien au delà, et atterrissons au pub pour déguster bières locales et cidres du cru, bouchés ou paysans. La soirée s’étirera comme elle avait commencée, dans les vapeurs.

Samedi 23/02.

Pendant le ptit dej Patrice gratte sur sa guitare des airs de sa composition inspirés de riff d’un rock australien dont il est très amateur, moi aussi, sur lesquels je propose de poser des lignes de basse quand tout cela sera enregistré avec sa future carte son. Puis nous partons reprendre nos esprits en allant parcourir le beau marché du Samedi. Brijou et moi nous requinquons d’une « saucisse galette » typique,  puis nous irons finir de prendre l’air l’après midi tous les cinq sur la côte entre Concarneau et Saint Malo vers la baie du Lupin. Aujourd’hui c’est grande marée et la mer découvre là d’immenses plages de sable pentues enserrées dans des reliefs de granit rond. Un archipel d’ilots sous marins pointent son nez et jalonne toute la côte. J’estime combien le lieu ne doit pas être facile à naviguer à la voile au risque de talonner de la quille sans connaissance précise de cette multitude de récifs et d’un calcul savant des hautes et basses eaux comme des courants. Tellement rien à voir avec la navigation en méditerranée que je pratique dans la baie de L’Estaque, qui a ses autres difficultés et non des moindres et notamment celle de l’imprévisibilité du temps. Il me tarde de venir sillonner ici pour compléter mon apprentissage. D’ici deux ans ? Après une bonne balade, un peu les pieds dans l’eau à 11°, brrr, sentiers avec de jolis points de vue en hauteur nous nous posons en terrasse d’un bar dominant la baie pour apprécier le soleil couchant. Féérique. Ce soir cousin Patrice a prévu huitres et araignées, on a acheté ce matin cidre et bons vins de circonstance, mmmhhh, slurp et glou et glou et glou !  

Dimanche 24/02.

Les cousins prennent la route tôt pour la Franche Comté dont Isabelle est aussi originaire, une Chevalier de Nods entre Besac et Pontus pour être très précis, à dix heures de route de là. Nous prenons de notre côté au sud la direction de l’Ile de Groix au large de Lorient, Bretagne Sud pour y rendre visite à la deuxième doyenne du périple, « Tata Paulette », la maman de Patrice, une groisillone pure souche. Il fait toujours aussi beau temps ensoleillé, l’anticyclone est très installé. Nous commençons en fait notre redescente vers le sud déjà. Ayant un peu débordé sur le temps et bousculé le planning prévu nous corrigeons nos prochains rendez vous. Je n’irai pas cette fois ci au « bout du monde », ce Finistère littéralement « où la terre se fini », qui m’attire depuis si longtemps. Mais une prochaine virée entre mecs avec Patrice est presque dans les clous pour un séjour à Brest. Yessss.

Sur la route nous traversons la forêt magique de Brocéliande, on s’y arrête pour y saluer un chêne remarquable de 500 ans trônant dans une magnifique forêt d’autres congénères, nous y perdre un peu à la recherche du tombeau de Merlin, en vain, coquin, joli tour de sa part.

A 17:00 à Lorient nous embarquons sur le « Saint Tudy », 45 minutes de traversée pour Port Tudy à Groix. Paulette nous y attend sur le quai, toute pimpante et coquette, comme d’habitude. Elle nous conduit en voiture en faisant pas mal patiner l’embrayage au travers du dédale de rues à sens uniques de l’île jusque dans la maison familiale que son grand père, entrepreneur dans le bâtiment a construite, peut être autours de 1850 en le lieux dit Lomerné. 

Tata Paulette, 84 printemps, 1935 comme Jojo mon papa, qu’elle porte de manière incroyable. Une pêche d’enfer, un tonus au top, une mémoire infaillible, veuve du tonton François le frère du Marius, le père de Brijou. Voilà pour la filiation. Groisillone de souche comme je disais elle en est la mémoire vivante. Et en cette île qui subit des modifications et changements de population à vitesse grand V depuis quelques années cette mémoire est précieuse, et nous avons le privilège d’en écouter les anecdotes à chaque prétexte au détours d’une rue, d’une maison, d’une passante. Femme de militaire de la marine souvent en campagne elle a appris à être indépendante et à se débrouiller avec ses 4 garçons, Patrice en est le dernier. Aujourd’hui elle revendique fort cette autonomie et dans sa maison comme sur son île ne se voit pas vivre ailleurs, « elle n’est pas belle ma Bretagne ? ». Oh que si, ce coin protégé et encore sauvage est un havre de paix. En cette saison ! Hélas ici les groisillons se sentent envahis par les touristes sans gêne de mai à août, mois le plus redouté, et attendent avec impatience le retour de septembre. Nous apprécions la chance exceptionnelle d’avoir un temps ensoleillé de début de printemps, mais « on risque de le payer en Mars ou Avril » affirment les locaux. Paulette ce n’est pas que la mémoire du coin, elle connaît tout le monde ici et la revue nécrologique de Ouest France la tient au courant des dernières destinations lointaines des gens qu’elle a connus, mais elle est aussi celle de la famille et comme elle est plutôt du genre très bavarde nous profitons de ce court passage pour l’écouter retisser l’histoire de cette famille nombreuse, un arbre généalogique complexe dans lequel elle saute de branche en branche sans se tromper d’une seule date, où je me perd d’emblée dans la longue liste des prénoms. Brijou déjà bien au courant pose mille questions sur tel ou telle, les intrigues, les non-dits et secrets de famille, qui est devenu quoi et comment vont celui ci et celle là ? Ces histoires nous amènerons un jour sûrement à voyager jusqu’en vallée « d’Imagna », au nord de Bergame dont sont originaires les parents de Brijou, et mon parrain.

Lundi 25/02.

Sur l’île nous irons randonner tranquilou de Port Melite à La Pointe des Chats. Le sentier pédestre tout autours de l’île classée en protection « Natura 2000 » nous amène de plages en criques rocheuses jusqu’au phare où déferlent des vagues de plus de 3 mètres de haut. Le grand air nous emplie et nous épuise. Envie de sieste et de farniente au soleil à l’abri du vent, ce que nous ne manquerons pas de faire cet aprem. Le soleil déclinant, Paulette nous emmène faire un petit tour sur le littoral découpé à côté de la maison, sunset sur fond de ressac tonitruant. En rentrant elle dévoile à Brijou la recette de son gâteau breton, beurre salé généreux oblige, trois goutte d’huile essentielle de Bergamote, selon la tradition groisillone, séance transmission.

Mardi 26/02.

Au plus tôt ce matin nous partons prendre un dernier coup de vent marin du large dans la crique à 10 minutes à pied de la maison à travers la lande et les gazons. Les bourgeons voire les fleurs éclosent déjà. Exceptionnel vous dis-je, bien qu’ici le temps soit très tempéré et que rares sont les gelées. Nous descendons jusque dans la crique pour engouffrer les embruns dans nos poumons, bol de soleil déjà tiède, ne pas se faire mouiller les pieds par une vague plus téméraire que les autres, les schistes sortent de l’eau leurs éperons noirs et coupants sur lesquels vient s’accrocher une mousse épaisse et généreuse d’embruns salés battus en crème fouettée. Faut dire qu’ici la crème ils aiment ça et la mettent à toutes les sauces. La preuve ce midi avec de généreuses coquilles Saint Jacques fraiches dans leur coquille même, suivis de coquilles Saint Jacques toujours fraiches mais à la poêle sur lit de poireaux. Un vrai Gault et Millau ce voyage. Petite séance album photo avant le départ cet aprem et une petite grappa pour la digestion.

15:00, les amarres du Saint Tudy sont larguées, nous venons de laisser « Tata Paulette » sur le quai du port en promettant un prochain séjour plus long. Un mois à Groix ça le ferait bien.

De retour sur le continent nous rentrerons dans le GPS de la « Noiraude » les coordonnées pour Lusanger dans le 44, pour une soirée chez Ben et Tiphaine.

Récit de voyage : un tour de France en « noiraude ».

Episode#5

Mardi 26/02

C’est plein Est à deux heures et demi de Lorient en passant par Redon, que coupe un joli canal de Nantes à Brest, que nous filons en rase campagne bretonne jusqu’au hameaux de  La Chaussée        sur la commune de Lusanger, 44, Loire Atlantique, où nos amis et leur deux ‘ti nenfants se sont installés il y a un an et demi. On se connaît depuis une quinzaine d’année, Ben était le premier chanteur de The HOST lorsque j’ai intégré la formation en 2004, et avec Tiphaine ils avaient tous deux été préparés à un concours de « musicien intervenant » à Chalon par Marie, ma sœur. Leur parcours de musiciens d’abord les amenés à naviguer en région parisienne puis finalement s’installer en Bretagne d’où Tiphaine est originaire, Ben larguant la musique pour des activités plus lucratives, larguées elles aussi depuis peu pour la reprise d’un petit restaurant « eat in or take away ? » de pâtes fraiches dans une bourgade environnante. Rien à voir avec la choucroute donc, mais une nouvelle aventure qui commence pour lui, beaucoup plus heureux et en phase avec son tempérament jovial. Ils retapent une longère rurale avec grande cour et jardin dans un hameau avec quelques autres masures plus ou moins abandonnées ou en cours de restauration par des « néo », hangars agricoles abritant des moissonneuses et des tracteurs, une seule rue traversante sans éclairage public ni commerce, un ptit bled bien bien calme quoi. Erine 6 ans et Mathias 3 ans peuvent y batifoler sans risques, un choix de cadre de vie que les parents assument pleinement. Les écoles ou leur lieux de travail ne sont en fait qu’à 10, 15 minutes, bien moins loin en temps que ce que beaucoup de citadins des grandes villes ont à se coltiner au quotidien pour survivre dans leur jungle urbaine. Après que les enfants et papa nous aient fait faire le tour du propriétaire, des nouvelles réalisations et des chantiers à venir, Ben nous accueillera dans la cuisine devenue son domaine où tout en discutant et buvant des coups il nous préparera le repas du soir, pas des pâtes hein ! mais un classique et simple filet mignon patates sautées salades en attendant le retour de maman qui bosse tard. Ben semble là vraiment dans son élément autours du plan de travail de sa cuisine moderne et très ergonomique en s’y afférant calmement pendant que les gosses nous tournent autours. Tiphaine rentrée nous ne quitterons pas ce lieux chaleureux jusqu’au « dijo » pris dans le jardin toutes lumières éteintes dans une nuit noire sous un ciel étoilé limpide et exempt de toute pollution lumineuse, très beau. On y installerait bien un petit télescope là nan ?

Mercredi 27/02.

Notre passage sera bref ici, une nuit et hop ! on the road again, direction Bordeaux, ciao amigos, à la revoyure.

On blablacare, du verbe blablacarer, un gaillard de Nantes à Niort, la digue la digue-eu, Xavier, informaticien qui a droit à une séance de conseils pédopsychothérapeutique par Brigitte pour trouver des solutions pour les problèmes relationnels de son petit fiston, c’est compris dans le tarif du co-voiturage, tracasse gars.

Puis filons jusqu’à Louchats, 33, Gironde, en périphérie de Bordeaux, avant dernière étape de notre périple. Nous y sommes attendus par Thomas, Sophie et juniorette, Olivia, zédeuzanedmi,  qui attend impatiemment « Tati Brijou ». Primo acquérants d’une maison depuis un an, un placement avant de peut être aller voir ailleurs s’ils y sont, ils habitent eux également à la campagne, ce petit village très tranquille entourés de forêts de pins des landes en forte exploitation, dans les terres de « grave », because forte présence de graviers, et bien sûr dans les vignobles du même nom que cette terre, les Bordeaux Grave, CQFD. Thomas, mon frère, musicien batteur, avec qui je partage et vis depuis 15 ans, 15 ans dedieu ! le projet de The HOST est venu là avec sa petite famille il y a deux ans pour une double mutation du boulot depuis Marseille. That’s life ! Il rentre d’une semaine de surf au Portugal, sa nouvelle passion, et a encore la tête dans les vagues, bien plus qu’au boulot. Avec Sophie ils sont tous les deux aussi, décidément, en pleine réflexion de reconversion professionnelle, quitter le monde des assurances pour des projets plus personnels, plus proche de la nature et des vrais relations humaines, alleluia ! La vie n’est pas un long fleuve tranquille, ils le savent bien, et les épreuves que nous traversons nous amènent parfois, fort heureusement, vers ces remises en question, à faire des choix de ce qui est bon pour nous pour un avenir plus sain, plus centré sur nous même. Je prie pour qu’ils y réussissent. Leur maison récente à structure bois est ultra fonctionnelle avec un joli terrain et une grande dépendance dans laquelle Thomas a installé sa batterie, dans une grande boite. De grands arbres, acacias dénudés à cette saison, font une séparation agréable avec le village. Ici aussi, tout est calme. Là haut un vol migratoire de centaines de grues cendrées en formation escadron cherche sa route vers une direction magnétique qui le guide de territoires en territoires sans frontière depuis la nuit des temps, vision d’un voyage libre et nécessaire qui me touche au plus profond.

Jeudi 28/02.

Thomas reste à la maison pour une journée de télé-travail, au moins on l’aura sous la main et pour le repas de midi. Nous partons avec la petiote et Sirius le berger australien qui sert à rien mais qu’on aime qu’en même, dans la forêt environnante de Migelane. Nous y découvrons à l’entrée du parc aménagé en parcours découvertes un chêne de 400 ans, dit de « Montesquieu » sous lequel l’homme historique venait cogiter, peut être sur un futur projet de grand débat national ? Le gros pépère a subit les assauts du temps et présente une cime tombée à bas le sol, comme décapité et tendant ses bras malingres, noueux et fripés au ciel en une ultime prière. Pour autant avec ses presque 7 mètres de circonférence le vieux a encore de quoi puiser de l’énergie dans ce sol familier dans lequel il s’est répandu en sous terrain, et il n’y a pas de doute qu’il nous résiste encore pour quelques générations. Dans la forêt c’est majoritairement des pins des Landes de plus de trente mètres de haut qui couvrent le territoire, le sous bois couvert d’un tapis de fougères sèches et de ronces entremêlées défi toute velléité de sortie du sentier balisé. Le chien ne s’y trompe pas non plus, qui reste à proximité de nous et enfouie sa truffe dans les taupinières fraichement émergées. On est très vigilant à l’environnement qu’il va flairer car ici les chenilles processionnaires écloses depuis décembre font un carnage dans les arbres et sont un véritable fléaux aussi pour les chiens qui s’y frottent la gueule sur leur chapelet croisés sur les sentiers qu’elles traversent à la queue leu leu, au risque d’amputation des parties de la gueule brulées par leur venin.

Après une quiche lorraine d’une douceur digne d’une pâtisserie préparée par Thomy ce sera un aprem tranquille pépère à la maison, l’un au bureau, les maman et fille siestantes, Brijou bossant au téléphone enfermée dans la noiraude, pendant que je moi je vous écris. Une fois que Thomy ait e-pointé sa fin de labeur quotidien nous partons pour une balade en forêt et au bord d’un lac juste à côté. Soleil couchant sur les eaux sombres dans lesquelles Olivia rit à y jeter des cailloux et bouts de bois qu’on a glané pour elle. Il fait incroyablement doux encore ce soir et c’est chouette de se balader là en sous bois dans ce décor « canadien », se courir après et chahuter, en famille, on est bien là hein Tintin ? vivants.

Et ce soir, couscous ! mais de la mer !

Vendredi 1/03.

Encore quelques heures ce matin à flâner ici et jouer par terre avec Olivia, puis départ pour Estaing, 12, Aveyron, au nord de Rodez, avec un petit transit à Toulouse histoire de couper cette longue ultime étape, et faire une boutique pour de nouvelles lunettes pour Bribri. Estaing c’est un village médiéval sur le Lot et étape du chemin de Saint Jacques de Compostelle au départ du Puy en Velay. C’est d’ici que Giscard, 92 ans maintenant !, acheta son titre de noblesse sans successeur, un « d’» pour devenir le « d’Estaing » présidentiel, puis acheta le château pour s’y croire. On l’y croise plusieurs fois dans l’année, car messire daigne bien, notre ultra rentier de la 5ème république depuis 38 ans…   Mais fort heureusement nous ne sommes pas venu pour lui, que neni, mais pour y retrouver Béné, Laka, et Vikou, nos amis franco-srilankais de retour en France pour plusieurs mois et en vacances chez les parents paysans de Béné. Peut être vous rappelez vous, Laka, c’est l’homme aux éco-briques faites à la main pour reconstruire toute la maison familiale à Ratota, Sri Lanka, dont je narrai dans mon précédent récit l’aventure à laquelle je participai modestement lors de notre deuxième voyage sur cette île si magnifique. On rediscute de tout ça autours d’une table de restaurant dans un village aux environs. Le chantier est en stand by pour des histoires de famille, et de sous, mais Laka est déjà content d’avoir su prouver ne serait ce qu’à ses amis et voisins que éco construire là bas et très solidement et à pas cher était possible, militant dans l’âme, révolté patient. Il vient ici aussi pour faire des traductions en direct lors de forums organisés par la confédération paysanne, il y représente même parfois ses amis campessinos srilankais, dans leur lutte face aux gros exploitants. Il s’intéresse toujours aux démarches de notre coopérative d’ici, avide et impatient de présenter ce projet « équitable » à ses amis là bas pour faire germer des communautés similaires et lutter contre le tourisme de masse ravageur qui déferle par vagues et tombereaux de béton sur cet Eden depuis que la « paix » civile est revenue il y a 10 ans. Ya du boulot. Béné continue d’élever le petit Vikou très librement, il a deux ans et demi et de crêche-école lui sert un espace en pleine nature avec quelques autres garnements encadrés par des parents qui les laissent faire ce qu’ils veulent pour apprendre façon Montessori, de la graine d’anarchistes, du côté de Perpignan où ils vivent. Laka va y apprendre le français, il a progressé très vite. Il espère intégrer ici un stage en agriculture bio, la maitrise relative de la langue est nécessaire. Béné le repas terminé nous ramène à notre chambre d’hôte à 60 km heure par les routes sinueuses plongées dans la nuit noire, ce soir il y a des nuages.

Samedi 02/03.

Nous nous rendons ce matin à la très modeste et rustique ferme parentale, comme ses occupants aux corps burinés par le labeur. Je ne me rappelle pas avoir serré une main d’homme aussi calleuses de travail que celle du père de Béné, un homme de la terre. Laka nous y prépare un curry de pomme de terre et riz, ça change de l’Aligot du cru. Dehors il pleut dru et fin, signe que c’est notre dernier jour de vacances ?

Cet après midi nous allons ensemble faire la visite du tout récent musée Soulages à Rodez, dédié exclusivement à l’enfant du pays, ce peintre abstrait qui vit la peinture en noire toute au long de sa carrière. Observer l’œuvre dans cette rétrospective montrant l’évolution de tout son processus créatif prouve bien le génie du bonhomme à décliner la matière noire à toutes les sauces, ce qui me réconcilie in fine avec ce que je considérais à tort comme une œuvre systématique et répétitive. Chapeau l’artiste.

Nous nous quittons en imaginant nous revoir avant leur retour au Sri Lanka, avant notre prochain séjour là bas.

Un dernier passager en co-voiturage jusqu’à Salon de Provence en la personne de Monsieur Mustapha, marocain, 61 ans et usager habitué de ce réseau pour rendre visite à ces enfants entre Agen,Rodez et Avignon. Les voyages gardent la jeunesse !

Nous retrouvons notre maison ce soir, vers 21 :00. Pas de jet-lag cette fois ci, à peine fourbus de ces quelques 3000 km, sans embuches, brave « noiraude » va.

Demain ce sera grand nettoyage de la maison pour accueillir à leur tour des passagers, avec qui nous aurons sûrement plaisir à faire connaissance. Demain ça sera diète et début de régime aussi pour tenter de perdre un peu de rondeur…

Merci à vous pour votre accueil, vos plats et vos lits, vos serviettes de bains et vos câlins. A bientôt et une prochaine ou inversement.

Vous savez aussi où on habite, nan?

On vous embrasse.

V&B

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