Sri Lanka 2018

Sri Lanka, 2018.
Épisode #1
Du 27 au 28/01, Jour 1.

Salut à tous.
Éh éh, 2 ans après jour pour jour pour ceux qui s’en souviendraient, hhhmmmm j’en doute, nous voici repartis pour une destination connue, l’île du Sri Lanka. Deviendrions nous obsessionnels? Ou est ce un hasard du calendrier ? En tout cas une période propice pour nous deux, un mois favorable et ce même dans le nouvel horoscope chinois que Masami vient de me profiler pour les douze ans à venir! Aligato Mama.
Un retour ici car cette terre et ceux que nous y avions rencontrés nous avaient marqués profondément…peut être même boulversés. D’ailleurs c’est depuis ce voyage là que je me suis mis à boire du thé, celui de Ceylan of course, devenu mon plus fort apport aqueux quotidien et matinal, loin devant la bière et le « Pontarlier Anis », c’est dire le changement nan? J’ai même parfois aussi des tendances végétariennes, intermittentes, quand ça me prend quoi. Si c’est pas un signe ça. Et pis pour enfoncer le clou j’ai même la boule à Z comme un monk. Nous ne pouvions qu’y revenir c’était écrit. Mais surtout l’occasion d’y retrouver des connaissances locales faites lors du premier voyage avec qui nous avons entretenu le lien par des échanges réguliers, courriers, photo, sms, mails et visio Skype ou WhatsApp appropriés tout azimut, présents, avec de jeunes couples et parents parrainés en simple amitié. Le bon timing pour venir voir les tous jeunes, grandis et le nouveau né et y retrouver aussi un couple franco sri lankais accueilli à la maison il y a quelques mois. L’occasion aussi d’y visiter la moitié nord et est du pays que nous avions laissé de côté à l’époque, districts encore sous le coup de mise en garde aux voyageurs étrangers par les ambassades sur les risques encourus à traverser ces terres encore très meurtries de la dernière guerre civile entre cingalais et tamouls…champs minés, structures touristiques détruites… Ce qui n’est semble-t-il plus tout à fait le cas en ces temps de coupe-coupes et haches de guerre maintenant enterrées et serait même une destination paisible et des plus fortes pour voyageurs en quête de rencontres, d’histoires et d’authenticités, mais demeure une région qu’on ne visite que seul ou à deux, faudrait pas devenir trop voyants ni indiscrets tout de même, l’Histoire est encore fraîche, les blessures se pansent lentement ! Faisait on déjà du tourisme en Normandie en 47? J’en doute. Il y fera chaud et si nous en rentrons hâlés ce ne sera que de peu de tourisme balnéaire inexistant là bas. Ceci juste pour vous introduire le truc. Et pour ceux qui voudraient du récit court, bah vous n’aurez qu’à lire en diagonale.
À nos marques ? Prêts ? Partons!

Ce sont nos amis et voisins Janine et Gérard qui nous accompagneront cette fois ci à l’aéroport de Marignane, le trajet à travers les collines de la Galline derrière chez nous pour y arriver étant déjà un préambule aux chemins de traverses que nous aimons comme eux emprunter, le voyage commence là en évitant l’autoroute. Ils nous accompagnent une bonne demi heure dans la queue de l’enregistrement, le temps de nous raconter un peu leur voyage de noces en Inde en 62, grâce à une embauche à la TWA pour l’une qui leur opportunise des billets d’avion à 10% de leur prix, et pour des stages de jeune architecte avec les collaborateurs du Corbusier sur le chantier de Chandi Ghar pour l’autre, énorme !!!…On voyage déjà vous dis-je encore. En retour nous réussissons, facilement, à les convaincre d’un prochain voyage à NY, elle en rêve depuis longtemps, il y consent, enfin, à temps. C’est formidable.
Nous décollons à 17:55 tapantes dans un Boeing 737 flambant de la Turkish Airline, ferons une escale de 3 heures à l’Ataturk Airport d’Istambul que nous re-reconnaissons bien maintenant, Ze plate-forme rotonde pour le soleil levant. Brijou sait où y fumer en terrasse, je sais où l’y attendre devant une pils avant le décollage à 2:00, destination Colombo via une ultime escale aux Maldives prévue vers 12:00… En classe économique oblige d’un Airbus A 300 et quelques, c’est d’une bonne préparation psychologique surtout dont on a besoin pour endurer l’inconfort d’une nuit étroitement passée. Je ne devais pas être bien préparé, en venant presque à maudire le couple de jeunes parents derrière moi, avec leur chiard de moins de 2 ans qui ne paie pas sa place puisqu’il n’en prend pas et qui dort du coup allongé sur les genoux de ses géniteurs inconséquents, m’empêchant un long moment scrupuleux d’abaisser mon siège dans sa soit disant position couchette, économique à 75 °. J’ai craqué à 4 heures du mat, ne me souciant même plus de commettre un infanticide, et abattu le dossier meurtrier, crouic, z’avaient ka pas d’abord! Et puis, rien, même pas le grognement d’un père protecteur, i ronquaient comme des bûches, ouf ça allait être mon tour…Grâce mat jusqu’à 8:00, la fête quoi! Nous survolerons comme prévu les Maldives vers 12:00, tournoyant comme des oiseaux de mauvais augures au dessus de leur proie durant presque 45′ avant que le pilote ne se décide à plonger sur l’unique piste d’atterrissage de cet étrange et magnifique archipel. Ce long temps de tournoiement nous donna l’occasion de bien cerner le lieu d’en haut, véritable curiosité géologique émergée à raz de mer et présentant une chaîne circulaire et plate d’îles, îlots et rochers isolés dont les lagons intérieurs d’un bleu harpic, sans majuscule car c’est devenu un adjectif évocateur, sont parcourus de pontons au bout desquels sont plantés alignés des bungalows sur pilotis, finalement pas si attirants vu comme ça, et pourtant la destination finale et de loin préférée des 5/6éme de nos compagnons de fortune qui dévalèrent sur l’île principale pour y remplir en majorité sûrement la forêt de bâtiments hôteliers aperçus depuis le tarmac. Nous allions pouvoir étendre nos jambes tout du long dans le zingue pour le dernier saut plein est vers Colombo, sans plus changer de latitude, à quelques degrés au nord de l’équateur en frôlant l’Inde par son cap sud, à plus que seulement 1200 km de là. Le ciel d’abord parsemé de nuages devint moutonnant puis couvert d’un gris clair uniforme, nous atterririons par 30°C nous annonça le commandant en chef, et en turc, sous une couche un peu filtrante et salvatrice pour les blanc-becs que nous sommes.
Nos sacs à dos récupérés en deux deux, du change à 182 roupies l’euro pour gonfler nos fouilles, et même pas le temps de se faire harponner par un rabatteur de tuk tuk que notre ami Nishanta et sa fille Iruni, 7 ans, nous tombaient dans les bras, venus nous cherché avec deux jolis petits bouquets de fleurs locales et le tuk tuk vert flambant neuf de papa. A peine l’instant d’une petite suée, atterrissage en légèreté, débarquement princier! On en dirait presque un Haïku. Leur maison est à 20´ de là, à Negombo, où nous retrouvons le reste de la petite tribu, Samanthi et Rashami, maman et la petite dernière d’à peine plus de 2 ans. Les salamalecs cingalais durent bien 30′, puis c’est le moment du thé au gingembre et du déballage de petits cadeaux qui emplissent un bon tiers de nos sacs à dos, de la moutarde de Dijon, de la pâte à tartiner,(…)aux crayons de couleurs en passant par un pc portable reconditionné au contenu ludique et pédagogique siouplé, série de cartoons et méthode audio visuelle de FLE, français langue étrangère par l’anglais, please. Ravissement de tous et poilade assurée à se tordre la bouche avec cette fichue vieille langue imprononçable, bonyouyeuchuéschrilonkêzeucommentaleuvu…Le plus facile, impeccable du premier coup même prononcé par la maman, fut « bon appétit » qui se trouve être ici une marque de lait en poudre. Et dire que certain s’inquiète de l’état de santé de la francophonie et de sa diffusion. Tracasse lol! à défaut d’étagères de bibliothèques ou de librairies il reste les présentoirs de supermarchés. Après le repas du soir Samanthi veux nous emmener voir le « catholique festival » célébrant dans une débauche de guirlandes électriques, feux d’artifices intempestifs et stands de fête foraine déjà depuis plus d’une semaine San Sebastian. C’est celui martyrisé à coup de flêches, que je suppose être prié et adoré contre les piqûres de moustiques, et si ça marche ne serait ce que relativement c’est déjà bien vu qu’on meure toujours aussi ici de la dengue et du paludisme. On va sagement doubler nos chances à coups de spray de notre côté. Á 6 dans le tuk tuk nous ne ferons qu’approcher la fête, la petite, prise de vomissements bénins, nécessitant tout de même une visite au dispensaire gratuit et ouvert 24/24 pour l’administration de quelques « tablets ». Nous rentrons finalement directement, de toutes façons épuisés du voyage et du décalage horaire de 4h30. Nous sommes hébergés dans le quartier, Guruge Garden Flower, chez la tante de Samanthi, dans une grande villa cossue, carrelage imitation marbre et rambarde en inox un peu à l’italienne, où l’un des cousins nous libère sa chambre pour les 3 premières nuits. Il va falloir s’acclimater, la température ne descendant pas d’un degré…

29/01, jour#2. Negombo.
Nous voulons passer les prochaines 48h avec la petite famille, qui nous considère comme la sienne, tata tonton, marraine parrain, et ne pas faire grand chose d’autre. Nishanta se dispense d’aller travailler à conduire son tuk tuk pour nous balader un peu. Nous commençons toutefois ce farniente par une séance de massages dans un joli centre ayurvédique, très bon, sur le coup, pour dénouer les tensions et fatigues, mais attention aux courbatures…je me fais avoir chaque année. Pour le repas nous retrouverons Bénédicte, du couple franco sri lankais, son fils Wiku 2 ans et une de leur amie en vacances et intervenante pour l’occasion auprès d’une coopérative paysanne locale sur le traitement des déchets dans un développement durable. Nous nous régalons d’un riz-frit-poisson-curry-ananas, et papayes cueillies fièrement dans le jardin de cette petite modeste mais si précieuse propriété. Déroulement du farniente tout au long de la journée avec les gosses qui jouent, les vaches qui rentrent, les corneilles qui zyeutent ce qui pourrait bien tomber de notre bec, on sirote du whisky black label offert par le beau frère parti gagner mieux sa vie à Napoli, fragment d’histoire contemporaine d’une diaspora sri lankaise, assis sur des chaises en plastique autour de cette table basse sur une terrasse qui deviendra sûrement prochainement salon véranda comme nous le montre Nishanta sur ces plans agréés par le gouvernement il y a bientôt 10 ans, petit à petit l’oiseau fait son nid. Quel bon moment que cette intimité là, quelle chance d’être ici.

30/01 jour#2. Necombo.

Première séance photo pour Brijou au marché aux poissons, aussi indescriptible visuellement qu’olfactivement, en gros vivant et grouillant, avec de vrais gens, marqués d’une vie rude et laborieuse. Nez et regards chiquets s’abstenir. En longeant le port on devine s’ouvrir la lagune et sa mangrove, visitable par bateau à moteur. L’un des amis de Nishanta peut le faire, nous proposons de faire la surprise aux gamines et de tous les y embarquer ce soir, si le temps le permet, car le ciel est toujours couvert, à mon grand soulagement, j’en bave déjà assez de ce décalage horaire et de courbatures du massage, attendues. Après une bonne sieste nous nous retrouvons en fin d’aprem pour emmener toute la famille naviguer à travers la mangrove, qu’ils découvrent quasiment eux mêmes. Première fois aussi que nous réussissons à sortir tous ensemble après cette Saint Sébastien ratée. Les gamines dévorent tout des yeux, on va jeter des fruits à des singes, elles trônent sur la proue du bateau, tout le monde est trop content, le tout dans une atmosphère paisible de fin de journée en gris clair, déjà entre chien et loup. Nous finissons la soirée dans un restaurant spacieux et quasi déserté, histoire de laisser courir la turbulence des gamines. Demain nous partirons pour le sud.

31/01 Jour#3, de Negombo à Polhena.
Nous quittons notre chambre non sans avoir salué toute notre famille d’accueil, Brijou échangeant une dernière fois sur cette culture et cette foi catholique partagée avec eux, lieux de pèlerinage, saints, eaux sanctifiées, icônes miraculeuses, que sais-je, devant un petit hôtel votif très garni, en tek pur cru d’un bel ouvrage. Nous irons même à notre retour avant envol visiter ensemble une église miraculée grâce à l’intercession d’une icône aux yeux soudainement sanglants…Si si ! Que même l’archevêque il est venu pour un selfie à l’intention des cabinets papaux. Chapeaux! Mitres alors!
Nous embarquons dans un bus express climatisé pour Colombo, 1h, puis de là dans un autre bus express non climatisé et tape cul jusqu’à Galle, 4 h au sud. Descendant rapidement sur les injonctions du contrôleur à l’arrêt que nous avions annoncé j’en oubli mon sac de cabine perché dans le râtelier au dessus de ma tête…aïe aïe aïe,

Episode#2
31/01 Jour#3, de Negombo à Polhena.
Nous quittons notre chambre non sans avoir salué toute notre famille d’accueil, Brijou échangeant une dernière fois sur cette culture et cette foi catholique partagée avec eux, lieux de pèlerinage, saints, eaux sanctifiées, icônes miraculeuses, que sais-je, devant un petit autel votif familiale très garni, en tek pur cru d’un bel ouvrage. Nous irons même à notre retour avant envol, promis jurer croix de bois croix de fer, rrkk splach, sinon j’irai en enfer, visiter ensemble une église du quartier distinguée depuis très en haut par une icône aux yeux miraculeusement et soudainement sanglants de larmes…Si si ! Que même l’archevêque il est venu pour un selfie à l’intention des cabinets papaux. Chapeaux! Mitres alors!
10:00, nous embarquons dans un bus express climatisé pour Colombo, 1h, puis de là dans un autre bus express mais non climatisé et tape cul jusqu’à Galle, 4 h au sud. La route côtière Est peine d’abord à nous faire sortir de Colombo, capitale qui se répand, s’étiole mais n’a de cesse en se transformant en d’autres agglomérations sans discontinuer de nous empêcher d’apercevoir les rouleaux de l’océan indien pourtant à seulement quelques dizaines de mètre de notre fenêtre coulissante grande ouverte, sur notre droite. Seuls les alignements des cimes de cocotiers dessinent un horizon que l’on sait être celui du littoral. C’est une sorte de Côte d’Azur qui se dessine vers le Sud, mais en plus trash côté environnement et malgré les quelques bâtiments hôteliers récents ou encore sous les grues. Un tourisme balnéaire bordélique et sûrement construit dans l’anarchie ou corruption foncière. Beaucoup plus pire que la Costa Brava ou la Costa Adriatica. Descendant rapidement du bus sur les injonctions du contrôleur à l’arrêt que nous avions annoncé j’en oubli mon sac de cabine perché dans le râtelier au dessus de ma tête…aïe aïe aïe. En panique 2 secondes, mais le temps de dire ouf et un chauffeur de tuk tuk déboule devant nous, nous demande ce qui se passe, nous intime le conseil de grimper et zouuuu, partons à la poursuite du bus express, arrêté 1 km plus loin. Le tuk tuk lui coupe la route par l’avant pour l’empêcher de repartir, Brijou saute du triporteur, hèle le contrôleur, monte dans le bus, récupère le sac, le tout en moins de 10′! Incredibeul, on aurait dit un James Bond ou un Chaplin. God is with you! nous lance Ravi, notre nouveau super copain. Comme nous nous étions planté d’arrêt d’un bon 30 bornes nous ne pouvons pas faire moins que de demander à notre sauveur une course pour finir le trajet jusqu’à notre prochaine chambre à Polhena/Matara. Le trajet est rythmé par un traffic dense et rapide ou tout le monde slalome avec tout le monde quelque soit la taille du véhicule et le nombre de roues ou de chevaux. Brijou se prend au jeu de photographier un gamin avec maman et mamy installés dans la benne d’un pick up bâché qui nous précède puis que nous doublons et qui nous redouble etc aux grands rires du minot qui s’est fait une copine de ma clown d’épouse. Ravi dans une acrobatie de pilotage digne de Fast and Furious#7 colle par l’arrière aux poursuivis à moins de 10 cm et par plus de 70 km/h pour jeter au p’tiot de sa main gauche, conduisant donc avec un guidon de sa seule main droite, une tablette de chocolat français sûrement un peu fondue que Madam’ lui a relayée. Dingo mais qué rigolo! L’image suivante est celle du marmot hilare les dents et les doigts noirs du délicieux fondant. Ravi nous dépose au Sabina Resort où nous avions déjà eu précédemment l’occasion de boire une bière en bord de plage, et observer des tortues. Magali et Alain y étaient venu aussi en août dernier et nous conseillèrent d’y séjourner cette fois. Je paie notre course et double la mise pour le service rendu, et m’en tire encore à très bon compte car si j’avais perdu mon sac…Ravi, ravi, me laisse sa carte, nous prévoyons de retourner à Galle après demain, on se reverra peut être.
Ce resort est un lieu qui ne paie pas de mine où l’on bulle, boit, fume, surfe et compte les vagues, à 12€ la nuit…pile poil ! La bande son est écrite au rythme des vagues, des chants de paons, martin pêcheurs ou perruches, couinements des lénas, petits écureuils pullulants ici. Premières têtes dans l’océan avec masques et tubas en quêtes des tortues, en vain, mais on observe quelques beaux et gros spécimens de poissons multicolores bariolés voire déguisés nichés sous les rochers. Le soleil est resté derrière les nuages mais pour autant les rayons ont semblé darder comme des fréquences de micros ondes. Aujourd’hui c’est jour férié bouddhiste, Poya Day, la pleine lune cette nuit. Nous traquons silencieusement une possible tortue pondeuse en allers et retours dans le sable balayant la plage des faisceaux de nos frontales accompagnés d’un vieux bonhomme édenté en sarong chargé de prévenir les résidents du resort voisin si une belle pointe son museau. Not lucky tonight. Petite séance de méditation face aux vagues et sous une lune pleine et auréolée telle une pupille et son iris. Récompensés. Les crabes et autres crustacés de sable à coquille eux sont de sortie et grouillent autours des déchets de cuisine dont ils se font un festin. À défaut de grive on mange du merle.
Haïku du jour:
Métronome des vagues
Donne la mesure de l’instant présent.

Iris du ciel
Lune encerclée
Guette la tortue

01/02. jour#4. Polhena.
Patatrac, la journée commença pour moi à 4h du mat lorsque mon sommier en planches de tek mal ajustées et même pas fixées s’effondra avec mézigue lors d’un retournement pour changer de côté de tâlures, les matelas étant bofbof. Les 4 fers en l’air et maugréant je n’avais malgré le barouf même pas réveillée mon ingrate de voisine dans son lit jumeaux. Et lorsqu’elle s’en aperçoit plutôt que de s’inquiéter de l’état de ma carcasse part en rigolade, la vache! Je me rendort tant bien que mal dans le lit d’appoint. Heureusement que nous avions décidé de ne rien faire aujourd’hui, ça allait limiter les risques d’accident. Donc voilà on bulle, on fait des ronds dans l’eau, je finis le premier épisode de ce récit que je vous enverrai le soir, Brijou coud et bouquine, on matte les nuages, les vagues très formées, pleine lune oblige, les surfeurs aux jumelles, je m’inscris à ma première leçon de glisse pour la fin de journée puis finalement pour après demain, aujourd’hui n’étant vraiment pas approprié pour débuter avec des vagues de 2 m, avec un jeune du coin taillé comme un nerf de bœuf qui est sûrement lui né sur une planche, c’est un mode de vie ici. Puis le soleil se coucher derrière une épaisse couche de chantilly. Demain lever tôt pour prendre le train, pour une visite de Galle. Rideaux.

Haïku du jour:
Fourmis en farandole
Par le gecko
Croquées.

L’envers du miroir
Révèle le gecko aux aguets.

02/02 Jour#5. Galle.
Cracboumhue! Cette fois c’est au tour de Brijou de commencer la journée par un accident. Le chauffeur du tuk tuk qui doit nous déposer à la gare, pile et fait une embardée pour soit disant éviter un chat, déjà que les bouddhistes s’interdisent d’écraser une fourmi des fois que ça soit la belle mère réincarnée, alors un chat ! Dans l’arrêt buffet mouvementé Brijou s’érafle assez profondément l’avant bras sur une barre métallique et se met à saigner. C’est relativement bénin, pas besoin de point mais suppose quand même un bon pansement et comme fait exprès notre trousse est restée à la chambre. On improvise un pansement et on ira à la pharmacie à Galle, mais dommage elle sera privée de baignade quelques jours, l’important ici étant que ça ne s’infecte pas et cicatrise vite. La gare et le train nous paraissent presque d’un autre temps, entretenus dans leur jus. Avec tous ces passagers et personnels le cadre est absolument photogénique et Brijou se régale à saisir décors et portraits, surtout d’enfants adorablement souriants avec qui elle partage ses clichés, dans une complicité très spontanée. Les mômes se prêtent au jeu de la pause. Le décor qui défile dans les fenêtres en bois à guillotine, ouvertes, alterne entre rizières, jungle, mangrove, ruines, maisons coloniales vérolées et périphérie urbaine crade…Les passages à niveaux sont la plupart du temps matérialisés par une ficelle tendue par un bougre de préposé pieds nus et en sarong. Arrivés à Galle nous retrouvons notre Ravi, qui n’est pas simplet du tout, les marseillais amateurs de crèche aux santons comprendront la précision, que j’avais recontacté par sms. Il nous emmène directos dans un estaminet qui fait office de pharmacie pour acheter de quoi panser le bras de Brijou plus conséquemment. Ceci fait il nous dépose à l’entrée de la ville historique, the Dutch Fort, le fort hollandais cerné de remparts à la Vauban et de la même période, XVIIeme, je vous ressors là ma science d’ancien guide des fortifications du château de Joux, et qui présente en son sein un quartier de la taille de la Petite France de Starsbourg, (et hop pirouette cacahuète en moins de 10 lignes j’aurai fait le tour des clins d’œil aux copains des 2/3 de cette mailing list), où nous déambulerons dans un petit dédale de ruelles, pour visiter et traverser ces vieilles bâtisses coloniales souvent prolongées d’un arrière jardin ou de patio, aux huisseries en tek plus solides que les murs, restaurées en boutiques chics, branchées, souvenirs d’artisanats locaux, guesthouse et resto, ou ruines en devenir, voire désuète école, le mot est faible, mais école Montessori et gratuite pour les gamins et gamines jusqu’à 6 ans. Une donation dans la boîte à chaussures fendue est bien venue.
A midi nous sommes invités par Ravi à manger chez lui, on ne peut pas refuser. Il nous fait légèrement sortir du centre ville et nous serons accueillis dans sa maison par femme et enfants, charmants. Le temps d’une Lion Lager Beer nous finissons les présentations et album de photo aidant nous remontons jusqu’aux grand-parents, mariage, funérailles de la grand mère à 52 ans, portrait de la même à vingt ans noir et blanc cheveux tirés courts, grosse lunettes noires en écaille très sixties façon Suprems et Motown, saoul rythm’n blues black…, bougie du premier anniversaire de Boumi leur fille cadette, 6 ans, et bulletin d’excellence de l’aîné de 10 ans, fiers parents. Madame est plus que réservée, femme mère au foyer, qui ne parle que cingalais, c’est plus compliqué. Le repas est pour nous seuls, ils ont déjà mangés, Ravi se joint qu’en même à nous, je me suis mis comme lui en mode cingalais et mange avec les doigts le riz que l’on mélange avec les accommodements, coco, herbes, curry, lentilles, j’adore. Ça va peut être paraître niant niant mais, ce n’est pas la première fois que je le remarque, les parents nourrissent les gosses aussi avec les doigts, à la volée, ce que fait Ravi avec Boumi, et à ce moment précis il y a quelque chose de vraiment beau du lien qui est fait, contact physique dans ce simple geste très intime. Bref, voilà c’est dit. Nous découvrons en dessert le Kiri, yaourt fromage blanc en terrine servi nappé de mélasse, succulent. Nous prenons congés de notre hôtesse, Ravi nous ramène au centre ville. Nous longeons un canal navigable à l’époque hollandaise, aujourd’hui égout putride et noir comme l’enfer, idéal pour faire dissoudre un voisin chiant, un témoin gênant. Brrrrrr. Nous faisons un dernier tour dans la vieille ville en quête de la maison de ses rêves pour Brijou, qui a du rester trop longtemps au soleil… Nous reprenons le train, « express ». A l’arrêt d’une gare, Brijou et un passager trouvent un sac en plastique rempli de je ne sais quoi sur un siège vide, se concertent et interpellent le chef de gare pour le lui tendre, croyant dans un élan de BA qu’il pourra le rendre à son propriétaire descendu sans. Le train repart, un bonhomme sort des lavatory, regarde le siège, vide, et…oops ! Devinez quoi. Si si ! No lucky!
Nous rentrons à la nuit tombée, on se fait quelques tentatives de haïku. Demain première leçon de surf…

Haïku du jour:
Sorties du grand noir
Elles deviennent une à une
Les lucioles
Des étoiles.

Moustiquaire
Trouée
QQ piqués.

Episode#3 03/03 Jour #6 De Polhena à Tangalle.

Haïku du jour: Monte sur la planche Glisse Et plouf.
4 perruches S’invitent Au petit déj.
Pieds qui s’étalent Et deviennent Palmes.
Larme d’océan Dans ses yeux, Retrouvé.

Les 3 nuits de pleine lune étant passées je constate au réveil que l’océan est plus calme et à cette heure matinale la marée basse, conditions beaucoup plus favorables pour que je puisse confirmer ma première leçon de surf. M’enfin…je connais un peu la mer, et je sens que ça va être un peu sportif. Je retrouve mon jeune athlète de prof à 9:30 pour une séance annoncée de 1,5h de cours. Il me fournit un t-shirt manche longue ajusté très seyant, faudrait bien que je brûle au moins 5 kg dediou, une paire de chaussons pour ne pas me blesser la plante des pieds sur les rochers ou les oursins, et accessoirement une très grande et large planche de surf en polystyrène dense que je suppose et espère assez stable. First Time? Ahahan, good! Let’s go! Me dit il accompagnant l’appel d’une rotation vers l’avant de son long bras filiforme et d’un sourire accueillant d’une dentition parfaite et immensément blanche d’autant contrastée qu’il fait parti de ces sri lankais à la peau très noire. La leçon débute sur la plage par l’apprentissage et la répétition une petite dizaine de fois des 6 gestes de base, crawler allongé sur le surf pieds posés à la limite arrière de la planche, bien regarder devant soit, redresser le buste en s’appuyant sur les bras tendus, sauter en ramenant perpendiculairement le pied avant au milieu du surf et celui à l’arrière au dernier quart de la planche, fléchir les genoux, souples, et trouver l’équilibre avec les bras, l’un visant l’avant l’autre fléchi à l’horizontale sur le côté, un peu comme dans les peintures égyptiennes en quelque sorte. Voilà, méthode sri lankaise, vous en savez autant que moi, ça fera 3000 roupies, 16 €, merci. Et pour une fois presque le même tarif qu’en club en France, c’pas Thomas? Mon mono s’équipe de palmes et nous partons à l’eau. D’entrée je peine à trouver l’équilibre allongé, la planche tangue aux moindres mouvements du corps et de l’eau, surtout, et des vagues océaniques qui plus est, ça bouge ! c’est une évidence je sais, mais une évidence ressentie dans toute la carcasse c’est bien différent d’un vague concept mathématique archimédéen. Waoouuh… On s’éloigne comme je peux d’un bonne cinquantaine de mètres, Rajan, c’est son nom, a encore pied là et me place en position face à la plage, attend la vague propice, me lance « the next, ready? Padle, padle, padle!!! Et me vlà lancé dans l’écume, concentré, je développe mon corps athlétique de cinquantenaire peu entraîné et dodu, et hop pif paf pouf du premier coup je me redresse et glisse sur mes premières dizaines de mètres, j’entend les youhou contents et encourageants de Rajan derrière moi, je flippe un peu à l’idée de tomber en m’arrêtant, il y a qu’en même pas mal de rochers submergés ci et là, je ralenti avec la vague qui meurt, le nez du surf se lève, et plouf je pars en arrière sur le côté en essayant de rattraper le surf dans ma chute afin qu’il me serve au plus vite de flotteur. Ouf pas de bobo. Trop content, pas très stylé mais trop content. Je pense à mes 4 neveux parisiens et à leur aisance de dauphin, tous surfeurs…Je me retourne et je vois Rajan les bras encore en l’air de félicitations, il ne s’est passé en fait qu’une dizaines de secondes depuis qu’il m’a lâché … Tout ça pour ça! La remontée à contre vague en crawlant s’avère très épuisante et, bien que la quelque douzaine de glissades que je fis furent très honorablement voire de mieux en mieux exécutées, au bout d’1 h j’avais mon compte et nous en restâmes là. À peine terminé que j’ai les côtes talées et déjà des courbatures partout à des muscles dont je ne soupçonnais pas l’existence ! Je vais me pencher sur l’invention d’un système de tire-surf, peut être serait ce « bankable » ici ? Mais avec un système économique équitable et solidaire bien sûr! Genre un câble au large en boucle avec la côte relié à une barge ancrée et à chacun son tour de tirer pour ramener le copain, nan? Station de surf, la voilà mon idée d’implantation sri lankaise! Ne me la piquez pas hein! On boucle nos sac à dos, réglons notre ardoise et prenons un tuk tuk jusqu’à la gare routière pour un bus direction Tangalle, en théorie moins de 50 bornes à l’Est , mais 2 h de route au final vu qu’on ratisse tous les bleds environnants avec un chauffeur complètement barjot dans un bus aux couleurs de l’OM mais en mode kitch de fête foraine. Là nous retrouverons Tharindu, Dassun Kumara, au Ganesh Garden, un hôtel avec cabanes en bois sur la plage assez chic à 60 € la nuit avec petit dej’, standing et cadre valant 3 fois ce prix chez nous, dans lequel notre ami travail en tant que serveur du restaurant. Nous prenons un tuk tuk commandé à un ami par Tharindu depuis la gare et rejoignons l’hôtel par la route intérieure, la route côtière ayant été défoncée par les pluies torrentielles il y a 9 mois, la maison familiale de notre ami non loin avait été inondée jusqu’à 1,7 m, déjà qu’ils n’ont pas grand chose, là ils n’avaient plus rien !!! Les retrouvailles sont chaleureuses et émouvantes, nous nous attendions, réciproquement. Embrassades brouillonnes, car ici on ne se fait pas la bise, et hug généreux avec ce jeune homme de 25 ans, devenu mari et papa depuis notre précédent voyage. Nous sommes les amis français et ses collègues dont son frère nous accueille d’autant plus sympathiquement. Nous n’avons rien prévu de faire à part rester disponibles dans le peu de temps que notre ami aura entre les services pour aller rencontrer sa petite famille et ses parents qui habitent ensemble à 2 km de là de l’autre côté du lagon cerné de mangrove. Ce ne sera pas pour aujourd’hui. Nous prenons possessions de notre cabane et irons marcher sur la plage à défaut de baignade, car ici les plages ont beau être belles elles ne sont pas surveillées et l’océan est très dangereux même calme ce qui de toutes façons n’est pas le cas ces temps ci. On admire d’ailleurs longtemps ces masses d’eaux puissantes déferler, encore hautes de 5 mètres parfois dans les 20 derniers, des murs qui s’abattent sur le sable et les récifs, marée haute de fin de journée en attendant la petit bière qui va bien pour l’apéro du soleil couchant.
04/02 Jour#7 Tangalle
La nuit plutôt douce, calme et sonore du sac et ressac des vagues et des couinements d’écureuils laissera la place à un jour très ensoleillé, on est prévenu ça va cogner. D’ailleurs je refuse presque de bouger des ombres des cocotiers, on attendra la fin de journée pour s’aventurer sur la plage. Aujourd’hui Tharindu s’est arrangé pour ne pas être de service à midi et vient nous chercher pour aller manger en famille. On emprunte un scooter à un de ses collègues, il prend le sien et nous allons par la route défoncée jusque chez lui. La maison des plus modeste est planté sur un vaste terrain arboré en bord de lagon. Le soubassement jaunâtre témoigne des dernières inondations jusqu’à hauteur d’homme. Nous faisons la connaissance d’Aamanda son épouse, belle comme le jour et de Chetya son bout de choux d’1 ans espiègle comme pas deux, et des grands parents. Les ayoubowam et salutations de mise penchées mains jointes n’en finissent plus, j’espère qu’ils ne vont pas se baissé trop bas j’ai encore mal au dos du surf, nous étions attendus il n’y a pas de doute. Seul Tharindu parle anglais, il traduit nos banalités en cingalais, nous remerciant toutes les 3 phrases d’avoir accepté l’invitation. Nous retraçons l’histoire de la famille grâce aux albums photo et bribes d’anecdotes en commençant par grignoter quelques gâteaux préparer par Aamanda, puis nous passons à table. Cette fois encore nous sommes obligés d’insister pour que nous ne soyons pas les seuls à déguster tout ce qui a été préparer par les deux femmes de la maison et allons chercher les chaises en plastique pour faire cercle autours du festin. Nous y allons de bon cœur avec les doigts roulant le riz dans légumes, curry, poisson et coconut. Brijou très british reste le petit doigt levé avec sa fourchette. Aamanda est très jeune, 19 ans. Cloîtrée est certainement trop fort mais on sent bien qu’elle est assignée ici pour s’occuper du petiot et des beaux parents pendant que son mari ramène le salaire de toute la communauté. Et avec 350€ les meilleurs mois, 80 les moins bons, les rêves d’escapades sont remisés avec le lot des autres frustrations. Tharindu m’explique qu’il préfère qu’elle n’aille pas travailler pour un salaire de misère et que ce qu’elle fait ici est très important pour le fonctionnement de cette cellule familiale. Certes. Mais on sent bien qu’elle aimerait sortir de ce lieu, elle nous pose des questions sur notre provenance, sur le voyage qu’on est en train de faire, dit en rigolant qu’elle s’envolera avec nous… On est un peu fissuré, mais que faire? On va continuer de les parrainer pour les aider un peu c’est sûr, ça améliore le quotidien facilement. Mais quoi d’autre? On pense à une petite bourse d’école, d’étude pour le gamin, pourquoi pas pour eux, apprendre l’anglais, le français… Tharindu évoque de transformer la propriété en guesthouse avec 2 cabanes, cuisine familiale, avec son frangin qui habite juste à coté, ils connaissent le boulot, why not? Maîtriser à minima l’anglais est alors fondamental. Nous retournons à notre hôtel au moment où Tharindu reprend son service vers 16:00. Le soleil commence à décliner car s’il fait jour assez tôt, 6:30, il fait nuit noire à 19:00. Nous allons deux heures durant sur la plage, marée basse, chercher des coquillages, des yeux de Lucie qui portent chance et que nous offrirons, mais surtout des petits coquillages érodés par les vagues au point d’être percés afin que Brijou en face des bracelets et guirlandes liés au crochet par des dizaines de petits noeuds. Vachement productif comme occupation. Un bon moment très tranquille en tout cas. Je remarque en face de nous un récif couvert d’algues d’une cinquantaine de m2 qui découvre à marée basse. En m’en approchant je repère deux chenaux de moins de 1 m de large à travers la roche qui font bassins de la profondeur d’une baignoire alimentés par les derniers courants des vagues mourantes. L’eau est limpide et en m’y avançant à hauteur de genoux je perçois que ça grouille de petits poissons. Si mes prévisions sont bonnes avec ce que j’ai pu observer les jours précédents demain vers 9:30 nous serons de nouveau à marée basse. Je reviendrai alors mieux équipé.
05/02 Jours #8 Tangalle. Juste après un petit dej salé sucré copieux, riz, œuf, curry, coco, crêpes, banane, papaye et ananas le tout inondé de thé, je file sur le récif pour une séance de plongée apnée avec mon masque dans ces baignoires aquariums. Vu de la plage je pense que les marcheurs et locaux ont dû me prendre pour un timbré car je suis resté plus d’une heure allongé dans la flotte sans bouger, protégé d’un T-shirt manche longue et d’un bob rivé sur l’arrière du crâne à observer ces microcosmes marins. De toutes les couleurs, de toutes les rayures, de toutes les formes, j’ai pu compter au moins une vingtaine d’espèces de poissons dont le plus grand ne devait pas faire 15 cm et le plus petit était vraiment petit même déformé par l’effet loupe de mon hublot, poissons qui m’avaient presque adopté ou en tout cas ne s’enfuyaient plus devant ma présence. Je restai là tel une huître accroché à mon rocher pour me stabiliser, spectateur comme au cinéma dans un film muet de ce ballet aquatique, Brigitte pataugeant elle aussi, derrière moi, le bras droit levé au dessus de la tête pas encore suffisamment cicatrisé pour le trempé, qui plus est dans l’eau salée. C’est seulement quand la peau de mes doigts devint vraiment fripée que je lâchai prise, à regret. Faut dire qu’avec une eau à 27, 28° et une température extérieure sous le soleil dépassant les 40 largement on ne sent pas le temps passer. Mais bon toutes les bonnes choses ont une fin. Par laquelle allions nous bien pouvoir continuer ce farniente? Bah du farniente tout simplement, j’écrivi, elle crocheta, nous allâmes faire nos adieux à la petite famille munis de 2 bières et d’une guirlande de coquillages fraîche du jour, nous bûmes un apéro bien et longuement tassé de sri lankan arrak, un rhum de noix de coco en compagnie de notre ami, et pi dodo à minuit sans manger, enfin seulement quelques tranches d’ananas frais tout de même pour éponger, …
06/02 Jour #9 De Tangalle à Kirinda. Nous refaisons nos sacs à dos, un peu plus légers en théorie maintenant que nous avons distribués tous les cadeaux apportés, en tout cas moins chargés pour accueillir d’autres choses à ramener. Nous retrouvons Tharindu pour des aux revoirs très émus, on reste en contact, on s’écrit etc. Moment un peu difficile pour Brijou qui s’est particulièrement prise d’affection pour cette famille, mais on reviendra c’est sûr, c’est promis. De la gare routière de Tangalle nous partons à l’Est en bus pour Kirinda à 2 heures et demi de là, 350 roupies , 2 €, toujours proche de l’océan mais surtout aux portes du Yala National Park où nous programmons un safari sur une demi journée. Nous suivons un rabatteur dès le bus avant l’arrivée à Kirinda, à Tisa pour être plus précis, qui nous book notre safari jeep pour demain matin, rendez vous à 4:30. Glurp, va falloir mettre le réveil. Nous débarquons dans une chouette petite maison d’hôtes toute simple et très clean sur un joli terrain arboré dans un quartier calme de ce village pas du tout touristique, au JCGuesthouse tenue par Champa, la quarantaine tout sourire, charmante tout simplement, on se sent chez nous. Elle est originaire de Tangalle dans le quartier où nous étions. Famille devenue pauvre à cause d’un père pêcheur alcoolique qui dilapida le bien foncier familiale en bouteilles, elle a appris l’anglais sur la plage en incitant les touristes à venir se restaurer chez sa mère, autodidacte talentueuse elle parle très bien l’anglais. Après le tsunami de 2004 le reste des terres du littoral qui leur appartenaient encore à été vendu à des hôteliers. Héritant plus tard d’un pécule elle est venu faire construire cette petite guesthouse saisonnière qu’elle gère seule depuis 2012. Une femme seule ici c’est la première fois que nous en rencontrons. Son frère habite juste à côté et avec son 4×4 vit des Safari au parc national. Champa nous prête deux vélos pour aller découvrir le bled en fin de journée, facilement car c’est presque plat. Nous allons visiter un petit temple bouddhiste percher sur un promontoire de mégalithes granitiques tous ronds tomber du ciel dans la mer et sur la plage. Point de vue splendide au dessus d’un océan très agité, une Bretagne tropicale, je sais le rapprochement n’est pas facile mais c’est ce que je dis sur le coup à Brijou. Nous faisons une marche sur la plage déserte et sauvage ponctuée de ces mastodontes dodus autours desquels les vagues viennent s’entourer. C’est étrange comme on dirait le dos d’éléphants, mêmes courbes, même marbrures, même granulosité. J’apprendrai demain que ma comparaison n’est pas si éloignée, demain c’est Yala, Yala!

Épisode #4
07/02 Jour#10 Kirinda/Tisa

4:00…Le réveil sonne pour la première fois depuis longtemps. Heureusement que nous avons digéré le décalage horaire, car il n’est pas tout à fait minuit pour vous là bas au loin, ça aurait été duraille boudiou ! Une douche fraîche vite fait pour finir de sortir des limbes et nous partons à la frontale rejoindre la route principale non loin où le Jeep Safari est sensé nous récupérer, à 4:30… Sans m´impatienter je donne qu’en même un coup de téléphone au gaillard qui nous a vendu la presta après 20′ d’attente, on ne sait jamais. Il décroche tardivement et semble tomber de son lit, oops. Give me 5′ my friend… Ok ok No problemo man. Sachant que leur base est à déjà 15′ de là je m’attend plutôt à ce que nous poirotions encore une bonne demi heure. Champa nous avait un peu inquiétés en nous disant que beaucoup de ces rabatteurs n’étaient pas fiables et proposaient des presta à la vite fait et au prix fort. Bah on verra bien. Moins de 5′ après mon appel un 4×4 pointe ses phares et s’arrête près de nous, j’ai cru qu’un nouveau lascar allait nous proposer de compléter son convoi. On avait avancé des arrhes alors on attendrait les loustiques. Et pi nan, du véhicule descendit un petit bonhomme squelettique en sarong et le sourire rouge du bétel dèjà mâché, me montre un bout de carton avec le nom de notre guesthouse et le solde à payer, il était bien là pour nous, alors zou on embarque en compagnie, enfin si on peut dire, d’un couple de japonais amorphes, la cinquantaine. Le pick up capoté est équipé de 6 sièges de bagnoles fixés dans la tôle et surélevés si bien qu’on se retrouve assis avec une vision à bien 2 m de hauteur. Le soleil se lèvera dans une heure au moins, il y a une bonne demi heure de route avant l’entrée du parc. De nombreux ralentisseurs jalonnent la route pour protéger la traversée des potentiels animaux, des panneaux d’information déclarent qu’ici la jungle leur appartient. On est prévenu, nous entrons en terre de vie sauvage, et ne sommes pas autorisés à nous aventurer en dehors de nos engins. Les formalités d’entrée prennent encore bien 1 demi heure, et à 6:00 la colonne de 4×4 peut commencer à pénétrer le sanctuaire, le plus grand parc du Sri Lanka. Le guide nous adresse ses informations depuis la lunette arrière non vitrée de sa cabine et très vite s’avère avoir un œil de lynx et être très expérimenté derrière son air de rien. Le moindre piaf ne lui échappe pas, même petit et à 50 m, pour mon grand plaisir d’ornithologue en plume qui n’y connaît pas grand chose, juste admirateur rivé derrière mes super jumelles d’approches que je partage avec Brijou. On espère comme tous ici rencontrer sa majesté le léopard, c’est rare il faut de la chance. Mais le déroulement du safari en attendant est plutôt riche, on croise un jeune éléphant, des croco, des buffles, des facochères, des antilopes, varans, iguanes, mangoustes, une palanquée d’espèces d’oiseaux de toutes les tailles et couleurs, ibis, grues, pélicans, paons, coqs de bruillère, péruches, aigles, hibou, martin pêcheurs , cormorans, pigeons, toucans… Au loin à l’horizon se détache une chaîne granitique au milieu de laquelle trône part peut être 200 m de haut Elephant Roc qui vu d’ici montre la silhouette parfaite de profil du roi de la savane avec pli de la cuisse arrière, faille de l’oreille plaquée contre le poitrail, bosse du crâne prolongé par une trompe pendante. On distinguerait presque un œil. La cime des arbres devant nous en masquant le bas on imagine aisément les 4 pattes du pachyderme, surprenante sculpture naturelle à deux doigts de se mouvoir. Les nuances de gris et d’ocre du rocher ajoutant à la confusion parfaite. Et puis soudain tout s’immobilise, enfin euh je veux dire les 4/4 s’immobilisent, et ce rassemblement silencieux d’une quinzaine de véhicules n’est pas anodin : un guide a repéré un léopard? Oui probablement. Le notre s’immisce, se glisse entre(..:-) le peu de place que ses compères lui font, et on zyeute tous dans la même direction, vers la droite de notre perchoir. C’est une étendue de savane, dans laquelle paisse un troupeaux de buffles, au bord d’un étang. Logiquement ça veut dire que si il y a un léopard là ce n’est pas pour venir taper le poker avec les bœufs mais qu’il y a anguille sous roche ou plutôt félin tapi. L’ambiance est tendue, on observe, ceux qui ont vu quelque chose indiquent une vague direction, je tente comme je peux d’orienter mes jumelles dans ce champ de vision là. Ça dure comme ça bien 20′, sans rien qui ne bouge à part ces naïfs bovidés qui continuent de brouter. Notre guide n’est pas dupe et très attentif, je le guète car ça sera mon meilleur œil, si ça bouge il le saura il est trop aguerri le chef. Et pi ça s’accélère d’un coup, il tend un doigt, un dos moucheté se lève des touffes d’herbes où il se planquait, masse souple et puissante qui bondit et saute sur un jeune buffalo, le choppe au garrot et en moins de temps qu’il ne faut pour dire ouf le hisse dans le V de la jonction d’une branche d’arbre et de son tronc à 50 m de nous, se pose, immobilise sa proie qui tremble des pattes dans ses derniers réflexes, le chasseur impassible le laisse agoniser, 15′, c’est fini, il ne reste plus au puissant et magnifique félin qu’à descendre de son perchoir pour entraîner dans un fourré son repas à dévorer. On est tous resté là scotché à guetter le moindre développement du funeste déroulement de la scène d’une belle cruauté naturelle, le troupeau de bœufs s’étant ébroué dès le début de l’attaque, la mère revenant seule sur les lieux du forfait, humant le sang de son sang fatalement anéanti, puis repartant résignée la queue basse rejoindre ses congénères. Lucky lucky nous confirme notre guide, c’est exceptionnel d’assister à une telle scène, il traîne son sarong depuis 30 ans dans le parc et pourtant sort de cette scène avec des yeux de novice.
On poursuit notre tour déjà bien rempli en demandant à notre guide de nous dénicher des éléphants, il secoue la tête de ce mouvement si caractéristique de la communication non verbale sri lankaise qui consiste en une sorte d’ondulation qui part du cou au menton et monte au sommet du crâne et qui est en gros leur « ptêt ben que oui ptêt ben que non » national. Il nous les trouvera par deux fois aux abords de lacs couverts de lotus et hérissés d’arbres morts au bois gris derrière lesquels les gros malins croient s’être caché. En même temps que nous les scrutons chacun notre tour derrière nos jumelles Brijou remarque un buffle mâle qui semble dormir. Intrigué par sa position je regarde plus attentivement et je ne lui trouve pas une posture de sieste du tout mais plutôt de mort, ça a beau être un buffle j’ai déjà vu des vaches dormir elles ont plus de tenue ces bestioles. Si si c’est comme ça qu’ils dorment me dit le guide. J’insiste dans mon observation et d’un seul coup le tronc d’arbre mort couché à côté de lui se met à bouger et ouvre une gueule immense qu’il referme sur la carcasse, et puis deux , trois, quatre, cinq troncs s’y mettent aussi, punaise l’hallu! J’assistais à un dépeçage en direct et en bonnes et dues formes commis par cinq bons vieux gros croco, incredibeul. La vie sauvage. Nous ferons une pause en bord d’océan une petite demi heure dans le seul endroit où l’on est autorisé à descendre du véhicule pour se dégourdir et se soulager la vessie. Cet enclos où viennent s’arrêter tous les visiteurs fut dévasté par le tsunami de 2004, 47 visiteurs et une dizaine de chauffeurs dont 2 amis de notre guide y laissèrent leur peau, lui était plus haut dans la jungle profonde me raconte t-il. Terrible. Un monument fait de 4 tôles ondulées dressées symbolisant les 4 vagues dévastatrices successives rappelle cette catastrophe naturelle. Nous nous redirigeons progressivement vers la sortie après presque 6 heures de virée croisant encore ci et là un éléphant, une mangouste, des échassiers,…très contents de cette visite, rassasiés et harassés. Pas comme nos deux fantômes de passagers nippons dont je ne comprend toujours pas la présence, lui passant son temps à dormir ou à consulter ses deux téléphones portables incrustées dans chacune des mains tout en reniflant bruyamment, manquait plus qu’il pète ce muffle. Seule sa bonne femme cachée derrière son énorme visière voilée semblant un peu animée, et encore sur des sollicitations de Brijou ou du guide qui eurent un peu pitié d’elle… Et dire qu’ils n’ont qu’une semaine de congés par an, quelle vie de con. No more comment et sayonara. De retour à la guesthouse nous prenons un petit déjeuner copieux et succulent et nous piquons une sieste. Nous finissons la journée avec Sossenta notre chauffeur de tuk tuk, à qui Brijou raconte sa blague favorite maintenant en montrant son pansement et faisant croire qu’elle s’est fait mordre par un divya, le léopard de Yala, en balade dans la ville de Tisa pour aller observer de fameux arbres géants en bord de lac à l’intérieur desquels cohabitent des centaines d’oiseaux et d’énormes chauves souris d’eau moins un mètre d’envergure comme celles de la grotte de Batman. Quelques achats en ville dont un pot de Kiri pour les gamines de notre driver, et une dernière visite au petit temple bouddhiste. Le soir je prends le temps avec Champa de lui télécharger la méthode de français langue étrangère, petite leçon particulière, elle est très douée et demandeuse, me trouve bon professeur, on fait le même boulot et échangeons sur nos expériences, elle écoute et approuve le peu de conseils que je me permet de lui suggérer, un chouette moment.

08/02 Jour #11 De Kirinda à Nuwara Elya.

Nous prenons un dernier long moment ce matin d’échange avec Champa, sur sa vie quotidienne, la politique ici et les magouilles, on est en pleine campagne électorale municipale ce week end et cette région est le berceau de l’ancien président déchu et attaqué en justice qui arrosa généreusement les potes du coin et fit construire des chantiers pharaoniques inutiles pour la région, aéroport et port marchand inadaptés construits puis rétro cédés à des consortiums chinois, sa petite entreprise à elle au milieu de ce merdier, la concurrence grandissante dans ce pays où d’énorme capitaux étrangers sont investis sauvagement dans le tourisme, le mépris de clients qui avec leur monnaie plus forte se prennent pour des rois radins qui veulent tout pour rien et ne cessent de négocier la moindre miette, la roupie étant quotidiennement de plus en plus faible. D’un tempérament inquiet elle se plie en quatre pour rendre le meilleur service, ne cesse de s’excuser, craint les moindres commentaires négatifs publiés sur les réseaux sociaux qui lui seraient fatals, ceux qui tuent le petit commerce déjà fragilisé, pratique des tarifs au raz des pâquerettes qui lui permettent de fonctionner tout juste surtout dans cette partie de l’île où la saison touristique est plutôt courte, 5 à 6 mois maximum assujettie à une fréquentation du parc de Yala fermé en période d’intense sécheresse et chaleur pendant laquelle les animaux sont invisibles, et la période des fortes pluies où les touristes ne viennent pas de toutes façons. Je m’engage à lui filer un petit coup de main pour lui réaliser une jolie plaquette annonçant tous ses tarifs et ses prestations qu’elle n’affiche nulle part et qui du coup sont l’occasion opportuniste pour ses mauvais payeurs de négociations à la baisse, gageant avec elle qu’avec cette rigueur affichée les borderline casse bonbons insatisfaits par nature y réfléchiront par deux fois avant de se plaindre, Brijou y allant de son chapitre pour enfoncer le clou. Elle se sent comprise et soutenue, ça la rassure, on se quitte amis et engagés à se donner d’autres coups de mains et se donner des nouvelles. Embrassades chaleureuses. Sossenta vient nous chercher pour nous déposer à Tisa où nous prendrons un taxi collectif avec 3 autres passagers jusqu’à Ella à une centaine de km au nord d’ici, puis pour nous seuls jusqu’à Nuwara Elyia à 75 km au nord ouest, pour 20 € chacun en 5 h. On aura essuyé en chemin une bonne grosse averse tropicale et pris 2000 mètres d’altitude dans cette région de jungle montagneuse tempérée. On ressort les pulls pour débarquer dans cette belle ville que nous connaissons déjà et où nous venons saluer des connaissances au King Fern Cottage. D’emblée ce qui nous surprend c’est le nombre de chantiers en cours et de nouvelles constructions d’hôtellerie qui ont poussées comme des champignons, ainsi que le nombre important d’asiatiques qui sillonnent les rues. Ici les panneaux publicitaires gigantesques vantent les qualités du fer à béton ou de la tuile mécanique, c’est dire. On retrouve en fin de journée une partie de la bande de joyeux drilles de notre hôtel, Nishan le patron pacha rasta et ses sbires en pleine fin d’apéro qui a dû commencer hier soir après leur dernier concert, ils nous tombent dans les bras, my friend! Sister! Nous voilà embarqués pour des retrouvailles convivialement arrosées… Brijou est super contente de retrouver Sitara, la femme du boss avec qui elle passa de bons moments à cuisiner et papoter dans une paillote en pleine jungle il y a deux ans dans un autre lieu en cours de construction à l’époque vers Ella, ouvert maintenant et devenu le Nirvâna Eco Cottage, projet délirant avec 10 bungalows autours d’un lac artificiel … Magnifique sur les photo. Un businessman ce rasta là, qui connaît sans y toucher quelques élus influents du gouvernement actuel, droite libérale, le Green Party. Il a peut être bien tiré quelques ficelles à l’époque pour obtenir son permis de construire. Bref. Ce soir le maire, sa femme, et le petit prince descendent même au bar pour se faire serrer la pince, avec déférence. Dans 2 jours ce sont les élections municipales ! Sitara nous invite pour le repas de midi demain dans leur maison, l’occasion pour Brijou de perfectionner ses curry lors d’une petite leçon de cuisine.

09/02 Jour #12. Nuwara Elyia.
On descend en ville, faire du change à la National Bank à coté de cette vieille poste so british en brique rouge. C’est un peu le quartier historique de la période des colons anglais, cette ville en était le lieu de villégiature préférée à cause de son climat tempéré. Il y a encore des clubs avec carte de membre obligatoire pour y prendre un thé dans un décor de la grande époque, nous n’irons pas cette fois. Pour les mêmes raisons climatiques cette région est devenu le grenier à fruits, légumes et fleurs du Sri Lanka, des experts en culture en terrasse, en plus du thé qui aura sculpté littéralement le reste du paysage et lui donnant sa couleur d’un vert lumineux. Nous retournons dans une boutique de fringue sports wear espérant recroiser le sympathique vendeur de la fois dernière juste histoire de le saluer, et bingo non seulement il était là mais se rappelait de nous et même de ce que Brijou avait acheté, pourtant pas grand chose et à pas cher. Quelle présence le gars. On tchatche un bon moment. Il va se marier, on lui souhaite le meilleur et pi tout. Un bon gars vraiment. Bye et à la prochaine. On achète un gros bouquet composé de fleurs blanches pour notre hôtesse et on file en tuk tuk sur les hauteurs de la ville avec Nishan rejoindre Sitara qui attend Brijou pour cuisiner. La maison, avec une belle vue panoramique sur les montagnes et ce creux dans lequel se niche la ville, conséquente en volume n’est pas terminée comme beaucoup d’autres ici, la priorité étant d’avoir un toit et des murs et accessoirement des portes et fenêtres à peu près étanches. Seul le salon à l’entrée semble achevé avec déco bien kitch. Ces dames nous préparent un Fish and Rice and Curry du meilleur cru dont on se lèche les doigts, disposé sur la grande table du salon aux chaises en tek qui pèsent un âne mort. Le taulier part faire une sieste, on donne rendez vous à Sitara pour se dire au revoir demain et on redescend à pied flâner en ville en traversant le terrain de golf que jouxte le bidon ville des cueilleuses de thé pour lesquelles monsieur le maire n’a vraisemblablement rien fait depuis deux ans, pas sûre qu’elles votent pour lui après demain. On s’achète une crêpe et allons faire un tour dans le Victoria Parc pour y poser nos fesses dans le gazon sous un de ses magnifiques arbres gigantesques. Sieste pour moi, confection de bracelets pour Brijou, toute l’équipe du King Fern en aura un. A l’apéro on retrouve également Kana qui ne bosse plus ici en tant que chauffeur, avec qui on avait bien branché et qui nous avait emmené faire notre rando pèlerinage à l’Adam’s Pic. C’est à lui tout d’abord que j’avais promis cette méthode de langue, que je distribue aussi souvent que possible maintenant. On se donne rendez vous demain pour boire un thé chez lui, peut être même sera t-il de nouveau notre chauffeur pour nous emmener demain à Rattota notre prochaine étape, car comme c’est un jour férié pour cause d’élection nous n’aurons sûrement pas de bus. À suivre.

Épisode #5
10/02 Jour #13 De Nuwara Elyia à Rattota.

Ce matin on boucle nos sacs et faisons nos aux revoirs à l’équipe du King Fern et on monte une dernière fois saluer Sitara qui repartira avec nous pour aller voter. C’est le chauffeur du King Fern qui nous conduira finalement jusqu’à notre prochaine destination à Rattota, notre ami Kana initialement prévu s’étant fait mal au dos dans la nuit. Il nous emmène pour autant avant notre départ visiter sa maison et y boire un thé. C’est en fait dans une courrée familiale qu’il habite, entendez un regroupement de maisonnettes de plein pied disposées de part et d’autre d’une courre intérieure étroite en forme de L, autours de laquelle s’organise la vie de plusieurs familles. Tout le monde s’y croise, on passe d’une maison ouverte à une autre, on y est tous frères, cousins, tantes, amis d’enfance…c’est si simple. Chacun son tour vient passer la tête dans la porte plus ou moins timidement pour voir celles des deux invités, Kana nous présente comme ses amis français, poignées de mains , courbettes, salutations. Rju, moniteur de golf svelte qui fait partie du clan, nous retrouve avec beaucoup de joie après ces deux ans, un très chouette type qui dégage une fichue énergie souriante. Accompagnateur de touristes sur le green pour qui il doit sûrement porter les sacs de potes à ces bandes de faignasses à visière et pantalons plissés, caddy on dit je crois, il nous montre fièrement en photo son équipe de minots qu’il entraîne bénévolement. Il est juste un peu déçu de ne pas avoir été prévenu plus tôt de notre arrivée et nous fait promettre que la prochaine fois on se verra plus longtemps. Il vient de se marier, mariage familiale arrangé comme souvent ici, la relation se construit à posteriori du coup avec cette épouse mais tout se passe bien et il est content. On fait des photos, on échange les contacts cette fois ci et puis c’est déjà l’heure de partir.
Notre taxi prévoit 3 heures de route, avec les poses nous arriverons à Rattota en milieu d’après-midi. La route qui sillonne jusqu’à Kandy est limite nauséeuse. On fait un arrêt pour reprendre nos esprits dans un jardin de plantes ayurvédique, spice garden, pour un détour aux toilettes qui se prolonge par une visite du jardin où un guide nous explique les vertus de chaque plante et leur transformation en huiles et baumes qu’il essaiera de nous vendre à la sortie, normal. On achète un soin contre les rhumatismes pour notre ami le rasta et une pâte à sucer vitaminée énergisante pour nous. Après un rapide massage revigorant nous reprenons la route. Arrivés à destination c’est dans la maison familiale de Lak(pri)a, le compagnon de notre amie perpignanaise et père du petit Viku que nous sommes attendus. De maison familiale il ne reste en fait que deux parties debout qui servent de cuisine et de chambre et entre les deux les fondations de la future maison sur les bases de l’ancienne détruite et dont les gravats jonchent le pourtour de la propriété cernée d’un jungle haute aux abords de cette ville de quinze milles habitants, presque au centre du pays. Laka après deux ans en France est revenu en terre maternelle, dans cette ruine de maison près de Manelle sa mère. Plus ou moins ingénieur agronome de formation il projette de relancer ici une petite exploitation en permaculture. Avec Bene et Viku ils envisagent des allers retours plus ou moins réguliers entre ici et la France selon les moyens. Pas facile de vivre dans un pays quand la politique qui y est menée ne te convient pas, et que tu risques presque ta vie quand tu es dans l’opposition contestataire. Laka est né comme mes deux frangins en 73, lui a connu la guerre civile, très impliqué à « gauche » dans les milieux réformistes et fut sans aucun doute plus proche des causes révolutionnaires tamoules que des militaires cingalais, en particulier à travers les mouvements paysans revendiquant la restitution de leurs terres squeezées par l’état pour l’armée, ou sur l’égalité d’accès aux études pour toutes les ethnies et communautés, point de départ de la guerre civile dans les années 90. Nous prenons ici une leçon d’histoire du pays avec ce qu’il peut nous en résumer pour expliquer la situation actuelle, colonies, religions, éducations, économies libérales dans une république « socialiste » dirigée par des népotes nationalistes semblables à nos FN européens, mais en plus dramatique car là on est sur une histoire contemporaine avec 300 000 victimes… Outre le fait de venir boire ces témoignages qui nous imprègnent encore plus de ce pays un des objectifs de notre venue parmi eux était le temps de ce court séjour que je file un coup de main à Laka pour fabriquer des éco-briques pour leur future maison. Car bien sûr, non seulement gaucho, bientôt ouvrier paysan et plutôt très pro décroissance, le bonhomme et écologico compatible jusqu’au boutiste, et bien décidé à réaliser lui même les quelques 6000 parpaings nécessaires à sa maison dont il est sûr des bien meilleures qualités isolantes et de leur moindre impact environnemental quant aux procédés et matériaux utilisés que ceux vendus dans le commerce par ces de toutes façons salopards de Lafarge & cie! Coûte que coûte, un vrai « teston ». Mais ça ne sera pas pour aujourd’hui, le soleil décline déjà, nous partageons le repas succulent préparé par Manelle et regagnons notre guesthouse à vingt minutes de là à pied et à la frontale aux limites de la ville, entre jungle et rizières. Mmmmh trop beau.

11/02 Jour#14 Rattota.

Notre guesthouse qui ne l’est pas encore officiellement est une maison de famille vidée de ses propriétaires mais dont le fils unique héritier, Nizane, veut rafraîchir l’aspect général pour obtenir l’agrément des autorités touristiques et en faire une coquette maison d’hôtes et un complément de salaire plus qu’appréciable. Il la loue pour l’instant surtout à des travailleurs de passage et des connaissances, c’est un ami de la famille de Laka. Il se dégage une atmosphère très nostalgique de cette maison, comme si le temps s’y était arrêté soudainement et que ses occupants s’étaient évanouis. Les couleurs sont passées, tons sur tons vert violet et jaune, les crépis un peu croûtés, le mobilier d’époque en tek au design sobre, exceptées ces horreurs de chaises en plastique imitation bois, le sol en ciment peint lie de vin patiné. Les volumes sont très spacieux et le terrain ouvre une vue sur les rizières et une vallée au fond de laquelle coule…une rivière, bien sûr ! On imagine aisément l’un et l’autre comment aménager le lieu sans presque rien en modifier de l’ambiance vintage. Pourvu qu’il n’est pas la mauvaise idée de moderniser ce bel endroit. Bref. Nous redescendons en ville à pied, Brijou fait un crochet par l’église pour l’office dominical où elle retrouve « achi Manelle » pianiste de formation qui œuvre à l’orgue pour accompagner les choristes fervents. J’en profites pour écrire un peu. Nous retournons chez Laka où nous attendrons Bene et Viku qui rentrent d’un petit périple à 100 bornes d’ici dans une coopérative paysanne alternative et réellement solidaire où l’on expérimente d’autres modèles économiques de commerce et d’échanges, de compétences par exemple. De toutes façons quand on n’a pas de tune ni de subvention il faut bien trouver d’autres manières de fonctionner. A ce titre Laka et Bene me demanderont de leur expliquer les raisons sociales et le fonctionnement de notre coopérative à Marseille, en quête de solutions et de modèles pour développer une accueil touristique voire patrimoniale avec vente de produits en direct et une gestion collective. Je fais de mon mieux dans un anglais parfois approximatif, mais Bene m’assiste dans les traductions de mots qui me manquent et dans l’ensemble Laka qui pourrait être le porteur de projet du développement de cette structure acquiesce intéressé. C’est un premier échange. L’idée serait d’étoffer une intervention prochaine à deux ou trois voix avec traducteurs sur le site avec les acteurs mêmes. Avec un budget équivalent à zéro roupie… Le lieu où plutôt la zone agricole, dite zone H, était dans les années 70 une terre vierge à défricher sur lesquelles des familles entières étaient parachutées « volontairement » en échange du don des parcelles mêmes, réparties anarchiquement entre les familles déplacées là et venant des 4 coins de l’île, vous voyez ce côté socialiste coco autoritaire. Ces zones A, B, C, etc…n’étaient pas des goulags mais l’enfer tout de même car les pauvres bougres y étaient livrés à eux mêmes dans une jungle hostile et sauvage, au point que seuls les chefs de famille y tentaient l’aventure, vivant dans les arbres pour se protéger de la faune, transformant la terre en rizières irriguées sans outils mécaniques. Aujourd’hui après des milliers de galères au sens le plus strict ils deviennent une coopérative et préfèrent le partage au profit. Prenons en de la graine, respect.
Cet aprem je me lance dans la fabrication des éco-briques. Processus. Deux point. A la bêche on récolte la terre graniteuse du terrain même, que l’on tamise et qui servira de sable. Enfin je dis « on » pour la formule car je bosse seul vu que Laka c’est fait une entorse à la cheville…On, donc, prépare toujours sans machine un mélange ciment terre et eau très sec, qui sera versé pelletés par pelletés dans une compresseuse mécanique mais toujours manuelle, grande comme un baril de lessive Omo sur 4 pieds sellés dans le sol, actionnée par un grand levier métallique de 4 m qui va permettre à la force des biceps et même du poids de tout le corps de mouler et démouler une par une des sortes de Légos pour adulte de 3kg qui seront ensuite précautionneusement décollés de leur matrice pour être stockés sur des planches, laissés séchés à l’air libre pendant un mois, tout en étant arrosés 3 fois par jour durant les quinze premiers jours…En gros toutes manipulations faites comptez 20´pour chaque brique, peut être 15′ quand tu es super entraîné, sans compter l’arrosage quotidien et les déplacements à répétitions des alignements de parpaings pour faire place aux nouveaux, il en faut 6000 pour faire la maison, je vous laisse calculer le temps passé. Et après il faudra construire les murs !!! Modestement j’en ai fait une dizaine en 3 heures…avec 30 °c à l’ombre et une pose black tea gâteau cake. Ultra physique boulot de maçon, je dormirai sûrement facilement ce soir, juste un peu…fourbu et sceptique. Les filles, elles, auront passé un bon moment à la rivière avec le petiot, il me tarde de découvrir l’endroit. Vivement demain qu’ « on » remette ça, :-(.

12/02 Jour #14 Rattota.
Aujourd’hui on prend les mêmes et on recommence. Manelle nous à préparer pour le breakfast du porridge fait de tapioca et de haricots genre petits pois flageolets légèrement sucrés, arrosé de « honey » qui n’est en fait pas du tout du miel d’abeille comme pourrait y prêter à confusion la traduction mais un sirop végétale obtenu par réduction lente à son septième du jus d’un fruit dont on ne récolte que le liquide comme pour l’eau de la noix de coco. Là c’est un autre fruit provenant d’un très haut palmier dont je n’ai pas retenu le nom mais ici tout le monde en raffole. On réduit ce liquide même parfois jusqu’à obtenir une pâte sèche qui sert de sucre que l’on croque en buvant du thé. Et comme cela se fait dans une marmite à même le foyer d’un cheminée le nectar est légèrement fumée. Mmmmhhh, fameux!
J’attaque et boucle avec entrain et plein de calories à cramer avant le lunch une première mixture de terre et ciment et en complète autonomie, je veux dire en bossant seul, achève honorablement ma douzaine de parpaings dans un meilleur temps qu’hier! Yes, des deux poings serrés! Il paraît, il paraît je dis bien, qu’un ami de Laka en fait cent dans la journée! Il doit être vraiment plus jeune et beaucoup, beaucoup, beaucoup plus expérimenté et musclé que moi le titan. En même temps moi, je suis en vacances, nan? C’est un peu comme si je m’amusais à faire des châteaux de sable moulé en retournant des seaux sur la plage finalement, isn’t it? Pause lunch tardif, rice and curry, et pour se délasser nous descendons nous baigner dans la rivière en contrebas toujours à travers jungle et rizières, toujours aussi magique. Brijou y amoncèledes équilibres zen de galets. Des locaux s’y lavent et font leur lessive. Des jeunes m’invitent à nager dans leur bassin et me demande de faire des selfies avec eux, genre on a trouvé un drôle de singe tout blanc avec des dessins partout sur le corps :-). Au retour, téméraire et requinqué je me coltine une deuxième tournée de parpaings totalisant l’exploit personnel de 23 pièces dans la journée. La B A du jour. Manelle et Brijou se mettent à la cheminée pour cuisiner dans des pots très culottés de suie de merveilleux curry, mélangeant une rencontre culinaire intuitive srilanko-française du meilleur goût, que l’on déguste assis en rond sur des chaises dépareillées sans table dans cet espace très réduit et tellement intime de quelques 9 m2, la chance. Le repos du guerrier m’est offert avec phase digestive du repu. Vivement demain qu’ « on » recommence, bis :-(.

13/02 Jour#15 Rattota.
Ce matin nous allons en tuk tuk avec Bene et Vicu jusqu’aux Bambara Kiri Ella, des cascades à 6, 7 km d’ici. On y accède par un joli pont suspendu avec ses planches disjointes, le balancement de nos poids sur les câbles est un peu déséquilibrant mais sans risque, Brijou le franchi allègrement, bel exploit personnel. On reste là deux bonnes heures à patauger au pied des chutes d’eau d’une dizaine de mètres qui déboulent d’entre deux énormes rochers. Un joli bassin les réceptionne en bouillonnant où quelques hommes se baignent, plus téméraire que moi qui aujourd’hui ai un mal de tronche persistant…coup de soleil? Fatigue? De ce premier bassin l’eau s’échappe en une nouvelle cascade qui passe en dessous du pont suspendu sous lequel des jeunes viennent faire des selfies entre mecs ou en amoureux. En repartant nous nous arrêtons devant une cahute où nous commandons du thé et des roti, gros pancake tartinés d’épices servis sur feuille de bananier. Brijou à la demande crochète des bracelets avec coquillage pour les tenanciers de l’estaminet. De retour à la maison, sur le chantier devrais je dire, je me fais aborder par Manelle qui me demande ce que je pense de la tournure de l’entreprise du fiston, je lui répond sans détours que perso je ne me serais jamais lancé dans ce chantier de cette manière là, que mes calculs, car j’en ai faits, m’auraient amener à d’autres options, mais qu’en même temps les choix de son fils sont sûrement les bons pour lui et que je n’ai pas à en juger en fait, je lui souhaite d’être patiente, elle dodeline du chef résignée mais je sent bien qu’elle est d’accord avec moi…mais c’est son fils et le seul qui soit resté à la maison alors elle le laisse faire en lui faisant qu’en même confiance. Mais à 73 ans elle a un sacré courage de vivre au milieu de ce foutoir, qui durera bien 2 ans à mon avis, malgré les prévisions plus optimistes du fiston rêveur. En attendant on fait comme si on était dans le salon ou sur une terrasse en aménageant avec des briques et des planches des espaces virtuels fonctionnels seulement délimités par les arases des sous-bassements des fondations, niveau zéro de la bâtisse, je mime l’ouverture et la fermeture d’une porte pour passer de l’un à l’autre, on en rigole avec Bene, Laka sourit. Après le repas j’entame ma dernière douzaine d’éco-brique, ma part de colibri dans cette aventure. Et ce malgré un mal de tronche dont je n’arrive pas à me défaire, surtout lancinant sous l’effort, je pense à une petite insolation, vivement une bonne douche fraîche et un peu de repos.
Aujourd’hui dans cette commune majoritairement tamoule c’est la fin d’une semaine de cérémonies religieuses hindoues et la fête de Shiva. Nous irons au temple un moment assister à quelques danses par les enfants, ce soir mêmes les mécréants ont droit d’assister au spectacle, haut en couleurs. Demain nous prendrons la direction du Nord Ouest, bus et train pour la presqu’île de Mannar.

Épisode #6
14/02 Jour#16 De Rattota à Mannar

Je m’aperçois en reprenant la suite de ce récit que je commence involontairement à en décaler les dates d’un jour en arrière, plus de la moitié du séjour c’est déjà écoulé et c’est comme si je voulais maintenant en ralentir le compte à rebours du retour…
Nous quittons Rattota tôt, 🙂 pas facile à dire la bouche pleine! Nos amis nous on rejoint à la gare routière pour nous dire au revoir. Brijou depuis le marche- pied leur file un peu d’argent pour l’achat de 5 sacs de ciment et les 350 prochaines éco-briques en souriant et leur souhaitant une bonne Saint Valentin, « Good Day of Love ». Laka s’assure de notre bon voyage et demande au vendeur de tickets de bien nous signaler le bon arrêt à Mattale, la grande ville proche, où nous devrons chopper au passage un AC Bus venant de Kandy pour Anuradapura et de là un train pour la presqu’île de Mannar. Transit et transports en commun donc au programme d’aujourd’hui car même s’il n’y a que 150 km à parcourir la journée sera nécessaire pour rallier notre prochaine destination. Mais on aime encore bien ça, surtout le train, même chaotique et lent car il permet de se déplacer, de se dégourdir les jambes, de mater le paysage et surtout de rencontrer les gens. On le prendra donc à Anuradapura après 3 heures d’attentes au buffet de la gare encore une fois dans son jus d’un autre temps, et où l’on se restaure succulemment . Depuis ce vieux train aux fenêtre en bois le paysage est maintenant absolument plat et clairsemé de bosquets de palmiers alternants avec des rizières et des étangs, des marais salants, une Camargue ou une plaine du Pô tropicales, avec mêmes des flamands roses, les mêmes peut être. Dans le train Brijou avec son appareil photo fait des portraits qu’elle montre aux portraiturés pour entrer en contact, jeunes ou vieux ça marche à tous les coups et cela devient parfois l’attraction du compartiment, vive l’instantané du numérique. Pour le coup ce jour là nous étions dans un wagon peu occupé et nous liâmes contact avec un jeune garçon d’une dizaine d’année, Lahiru, tout câlin et une dame qui l’accompagne, ainsi que Bernard la cinquantaine, jovial et très amical, tous trois ne se connaissant pas ou vaguement de vue, habitants du même village de Madhuroad dans lequel le sieur Bernard s’avére être officier de police. Avant de nous quitter nous échangeons nos numéros de téléphones, il nous invite à venir le voir demain au poste pour nous emmener visiter Madhu Church, fameuse église vraisemblablement ici. Un poste de police et une église waouh quel programme ! Il est catholique, Brijou aussi, ça les rapprochent, tout le monde ici est membre au moins d’une religion quand c’est pas trois, et moi je suis, ça me fait déjà bien assez cogiter et ça me suffit. On ne promet rien et on s’appellera si on a l’occasion de passer dans le coin. Il insiste. On verra, on verra, car on est qu’en même logés à 40 km de là et on ne sait pas encore ce qu’on fera de toutes façons. Nos trois compagnons nous saluent longuement depuis le quai, hasta la vista. Nous descendrons du train à Todaveli, un village situé juste après la ville de Mannar qui pas plus que la presqu’île ne sont citées dans le Routard. On est un peu surpris de cet oubli car le lieu et cette presqu’île furent historiquement importants, point de passage depuis l’Inde par l’Adam’s Bridge, occupés stratégiquement, par tous les colons successifs, fortifié, et tristement lieu d’affrontements de la dernière guerre civile… Aujourd’hui sanctuaire ornithologique. Descendus du train, nous sommes accueillis par surprise sur le quai même, « Mister Vincent? », par Sir Lawrence, notre hôte tout sourire du Four Tees Rest, dont l’établissement est juste à côté de la gare. Il n’y a qu’un train dans l’après midi, nous ne pouvions être que dans celui là, les seuls blanc becs à en descendre, belle déduction et joli coup de sa part comme effet d’accueil. Le soleil décline déjà, nous n’avons le temps que de nous installer tranquillement.

15/02 Jour#17 Mannar
Nous sommes presque seuls dans cet hôtel qui compte huit chambres alignées avec petites terrasses sur un très grand terrain récemment arboré. L’immense hangar restaurant très impersonnel pourrait faire office de réfectoire pour un collège, on s’y sent un peu perdu. L’accueil de l’équipe des trois gars de service n’en est pas moins très chaleureux. Nous louons un scooter et partons visiter Mannar à sept km de là. Je redouble de précautions le temps de m’habituer à la circulation à gauche, mais avec un guidon entre les mains et l’aisance que l’on a à zigzaguer sur la largeur de la chaussée avec des règles de conduites intuitives qui n’existent dans aucun code de la route c’est plutôt facile comparé à un quatre roues. J’espère qu’un jour je pourrai revenir ici pour parcourir le pays à moto, avec une des miennes pourquoi pas, faire la route des épices par l’Inde, waooh un vrai kiff de motard, hein GG, Thomas, Phil ? Quinze milles bornes, six mois aller retour…
A Mannar en s’approchant du port de pêche et d’un ponton on se fait recadrer par la Navy qui nous interdit de trop nous avancer, zone surveillée. On nous avait prévenu, à partir de cette zone du district nord où la guerre civile se déroula nous allions rencontrer beaucoup plus de camps et garnisons de l’armée, enclos de barbelés qui occupent des terres qui appartenaient aux rebelles tamoules la plupart du temps. Un rapide tour dans le bastion en ruine du Dutch Fort puis de l’église Santa Lucia en restauration puis nous enfilons la digue du Mannar’s Bridge pour retrouver Nanar le policier catholique à 35 km de là. Il n’y a que très peu de circulation et même avec un petit 50cc nous allons bon train. Arrivés au poste de police de Madhuroad, qu’en même faut que je l’écrive pour y croire, Nanar trop content de nous revoir nous présente à tous ces collègues du plus petit jusqu’au plus grand, courbettes et politesses curieuses, interrompant même une réunion avec le boss. Il est encore en civil et ne travaille pas mais s’empresse d’aller enfiler son uniforme de service kaki et ceinture blanche, fière comme un bar tabac, sans son flingue, ouf, on dirait pour un peu qu’il sort du film « Le gendarme de St Tropez », pour nous emmener visiter avec un de ses collègues en civil lui, la célèbre Madhu Church à 10 km d’ici, lieu de pèlerinage récemment honoré de la visite papale. Mouais, personnellement je n’ai rien ressenti bien que très sensible habituellement aux architectures chargées, là le lieu ne me parle pas, il n’est même pas beau et n’a certainement pas été l’objet d’une quelconque recherche esthétique. L’histoire n’est pas la même, les pratiques et les moyens différents, les catho d’ici sont très fervents et largement aussi idolâtres que les bouddhistes et hindouistes et c’est sûrement dans les prêches et rituels liturgiques qu’ils cultivent leur foi, pas dans l’élévation esthétique. Ce grand ensemble peut accueillir des milliers de pèlerins avec des aires extérieures aménagées pour des célébrations de taille, des hébergements conséquents dans des baraquements, cantines, une réplique en béton du rocher de la grotte de Lourdes, etc. Fonctionnel avant tout. Eux trouvent ça beau, en tout cas ils en sont fiers. Perso…mmmmhh. Bref. On quitte notre Nanard, point trop n’en faut, après avoir récupéré notre deux roues on rebrousse chemin pour nous rendre à 60 km à la pointe de la presqu’île de Mannar, plein Nord Ouest, Adam’s Bridge, bancs de sable et archipel qui relie en pointillé le SriLanka à l’Inde. La légende raconte qu’Adam et Ève seraient passé par là pour venir finir d’y couler des jours heureux dans cet Eden perdu. Encore une fois nous nous cassons le nez sur des zones inaccessibles et occupées par l’armée, c’est déjà moins édénique comme vision, on ira tout de même où on peut pour patauger dans une eau à 28 30° dans ce détroit du bout d’un monde, presque seuls, sans rien voir de ce pont naturel, les distances étant sûrement beaucoup plus grandes que ce que j’imaginais et les reliefs trop plats pour percevoir des terres émergées. On file ensuite comme on peut vu l’état des routes défoncées sur les plages près de notre hôtel pour une ultime pause au soleil couchant. À l’abri du vent l’océan y est absolument plat, les vaguelettes venant à peine lécher le sable, un lac étal infini comme je n’en avais jamais vu dans un cadre d’un calme absolu, des barques de pécheurs glissent sur l’eau, nous attendons la nuit tomber…

16/02 Jour #18 De Mannar à Jaffna.
Today we are going to Jaffna, you know zat? Me dit Brijou à peine réveillée. Yes yes I know. Rodés à boucler les sacs à dos en deux deux, nous prenons assez tôt un bus pour Jaffna depuis Mannar. Sir Lawrence m’a annoncé 2 heures de trajet, j’en compte 4 avec la marge et la marche normale d’ici. J’en suis convaincu maintenant, ils n’ont entre autre pas la même notion du temps que nous, la durée est très approximative, mais de deux choses l’une , soit ils s’en moquent pas mal, les choses devant prendre le temps qu’elles doivent et personne ne s’en plaint, soit il y a une forme de résignation de ces pauvres gens à accepter que les transports publics disfonctionnent, soient archaïques souvent, les routes défoncées etc. C’est paraît il un des arguments principaux de bilan électoral, « regardez là j’ai fait construire une belle route ». Mais si les transports publics ne sont pas à la hauteur il n’y a que les véhicules modernes de ceux qui eux ont les moyens et les bus de touristes qui en profitent. Et c’est exactement pareil pour l’école, au rabais en service public et « high-tech level » en privé payant où on enseigne l’économie des « gagnants » de préférence, j’ai vu en bibliothèque publique alignés cinq exemplaires d’une monographie du patron de Ebay!, plus que les sciences humaines évidemment. Le libéralisme outrancier sous couvert d’un régime d’une république dite socialiste!!! Débat ouvert à notre retour. Je ne sais pas, je me sens un peu énervé à l’heure où je vous écris…tant d’injustice ici. Fin de la parenthèse. Où en étais je? Nous sommes donc maintenant en route pour Jaffna, capitale historique de la communauté tamoule, 100 000 habitants, 600 000 pour l’agglomération très étendue, aucun bâtiment ne dépasse ici deux étages. Et en effet d’emblée on a ce sentiment d’horizontalité d’une petite ville de province très arborée en parcourant les rues, peu de circulation, très calme en apparence . Notre guesthouse est à 30′ à pied du centre ville où l’on se rend pour visiter le Dutch Fort, un de plus, le même qu’à Mannar, dix fois plus grand mais aussi délabré, sans grand intérêt si ce n’est d’observé du haut des remparts deux équipes amateurs de criquet s’affronter sur un bout de gazon crâmé et tenter de comprendre les règles de ce sport national, bof…ça ne vaut pas le tournoi des 6 nations de rrrugueuby ( là je faillote avec mon père). Le bâtiment de la bibliothèque public mérite un détour d’après les guides, mais c’est en fait pour nous l’occasion de se rendre compte de la vétusté des installations et de la ringardise des collections ouvertes au public, genre la monographie du boss d’Ebay dont je parlais plus haut. A l’entrée une espèce de collection d’objets présente sous vitrines et étagères de tout et du n’importe quoi, de la poupée miniature en plastique ramasse poussière à un vieux téléphone en Bakélite en passant par une assiette peinte à l’iconographie catho plantée dans un morceaux de polystyrène d’emballage de…machine à laver peut être? Dans les rayons d’une des salles d’emprunt je dégotte au hasard à ma grande surprise presque tous les romans de Tom Sharp, auteur anglais cynique à l’humour décapant que j’adore et qui s’il était lu par tous les sri lankais en ferait de potentiels anarchistes révolutionnaires. Mais les autorités ne doivent pas savoir que leurs conservateurs sont des subversifs sous leurs airs de fonctionnaires loyaux pas rigolos, et ne l’ont d’ailleurs sûrement pas lu sinon ça les aurait déridé un tantinet ces pas beaux en costards et uniformes. Brijou elle au rayon psychologie trouve qu’en même un livre d’Edckart Toll, une référence dans le domaine des sciences humaines. Je me renseigne auprès d’une conservatrice en sari de rigueur pour consulter un atlas du Sri Lanka voir m’en procurer un. Elle me dégotte un bel ouvrage complet et assez récent que je feuillette pour parcourir des cartes très détaillées de où nous sommes précisément, un peu de géologie et des reliefs côtiers, emplacement des frictions tectoniques pour saisir d’où est parti le tsunami de 2004, ça m’intrigue, le pays fut très touché avec plus de 30 000 morts, et cette catastrophe est encore très présente dans les esprits et dans les paysages que nous allons visiter. Quant à un book shop, il n’y a que deux librairies dans la ville qui vendent des manuels scolaires, des cahiers à colorier et des ultra condensés d’encyclopédies généralistes illustrées en format dépliant…Je renonce à mon atlas.

17/02 Jour#19 Jaffna, île de Naitnativu.
Une des particularités de ce Finistère sri lankais est d’être parsemé d’îles au sein d’un grand golf, reliées par des digues à travers des marais ou reliables par « ferry » au travers de la lagune, tout est histoire de profondeur. Nous optons pour une visite de l’île de Naitnativu, Tempele Island, sur laquelle sont construits un temple bouddhiste, peu nombreux ici, et un temple hindouiste très majoritaire dans cette partie du pays qui compte 75% de fidèles. Le trajet en bus qui part de Jaffna traverse des marais grace à des digues étroites guère plus hautes d’un mètre au dessus du niveau de l’eau ce qui donne l’impression en étant assis dans le bus de rouler sur l’eau. L’endroit regorge d’oiseaux très variés du martin pêcheur à de grands échassiers à grosses têtes orangées que j’en ai pas encore identifiés. Puis on embarque pour Nainativu dans une grosse barque à moteur couverte d’un pont le tout en bois, sous lequel nous nous glissons entassés comme dans un bus bondé, on est bien cinquante dans le rafiot qu’ils appellent ici ferry. Debout j’ai la ligne de flottaison à hauteur de poitrine et la sensation d’être cette fois ci plongé dans l’eau comme depuis l’intérieur d’un voilier. On fait confiance, pas le choix, et tout se passe bien. Nous visitons d’abord le temple bouddhiste sans grand intérêt si ce n’est peut être la salle contenant une collection d’objets personnels ayant appartenu à un vénérable mahatma, vieux postes à galènes, photos jaunies, sculptures traditionnelles, léopard empaillé miteux… Cinq cents mètres nous séparent du temple hindoue que nous rejoignons en ayant la chance de tomber en pleine cérémonie pouja pendant laquelle à grands coups de cloches et de trompette complètement dissonante on déplace une statue toute noire de Shiva histoire de lui faire faire sa promenade quotidienne dans un tintamarre joyeux, accompagnée des prêtres et fidèles noyés dans un nuage d’encens. Murs et plafonds sont richement sculptés et colorés de tout le panthéon délirant de cette religion de laquelle je ne pipe absolument rien. Mais c’est vraiment beau et très joyeux. On se fait repérer étant les seuls blanc becs, d’autant que je suis torse nu comme l’oblige l’accès au temple, et accueillir par des gars très sympathiques qui viennent nous bénir en nous appliquant sur le front des maquillages d’indien, blanc et rouge, on fait parti de la tribu maintenant, et nous sommes invités à partager le riz sucré tiède et délicieux distribué à pleine main et englouti avec les doigts. Ils accompagnent des classes de collégiens venus de Matara au sud qui me tombent dessus pour faire des selfies, mon quart d’heure de célébrité. Moment de partage franchement très chaleureux, c’est chouette. De retour sur Jaffna on visite le grand temple hindoue qui n’est pas du tout à la hauteur de ce que les guides nous annonçait, grand certes mais banal comparé à celui de Naitnativu. Le chauffeur de tuk tuk qui nous raccompagne à notre guesthouse nous propose pour demain de faire un tour de quelques sites qui valent le détour, tout en nous déposant à notre nouvelle destination à 25 km au Nord Est de Jaffna, Point Pedro. Top là mon gars.

18/02 Jour#20 De Jaffna à Point Pedro.
C’est donc en tuk tuk que nous passerons quasiment la journée à sillonner cette lande de terre autours de Jaffna qui doit faire approximativement 30 km d’Est en Ouest et une quinzaine du Nord au Sud. Nous visitons un site archéologique datant du IIIème siècle de notre ère, regroupement d’une trentaine de stupas bouddhiques, dômes de pierres contenant les reliques de moines, puis quelques temples hindoues de belle facture, une piscine circulaire en pierres de taille en bord de mer dans laquelle s’ébrouent toute une bande de lascars qui nous interpellent gentiment, traversons une région de ruines de maisons ayant appartenues à des familles tamoules, détruites par la Navy cingalaise par des bombardements tirés depuis la mer, sinistre lieu où les autorités ont maintenant installé des garnisons et des lotissements sans âmes au milieu de nulle part pour reloger les vaincus, humiliés… Nous assistons fort heureusement juste après pour nous redonner le moral à une cérémonie de « baptême » hindoue dans le bassin d’un immense puits naturel où un homme se fait badigeonner de pigments par un prêtre puis arroser de lait de coco et liquides très colorés, couvrir d’offrandes de pétales de fleurs transformant le bassin en minestrone dans lequel une fois la cérémonie terminée tous les gars présents vont plonger du haut des 5 mètres des murs qui en constituent l’enceinte, et tout le monde s’arrose à coup de seaux d’eau en rigolant de ce joyeux bordel spectaculaire. Une religion vivante et gaie que cet hindouisme là. Nous arrivons finalement à Point Pedro et tentons notre chance au Tulip Hotel que j’avais repéré sur le net mais sans pouvoir réserver. Nous sommes chanceux encore et Suresh le gérant du lieu nous propose une chambre très clean « à pas cher »dans cette grande bâtisse fraîchement restaurée. Bingo. Pour finir la journée nous nous faisons déposer sur une des plages du village, crade des rejets marins et des déchets des usagers négligents comme sur tout le littoral ici, où je vais me frotter aux beaux gros roulots dans un océan indien lui très clean, sous les regards curieux des autochtones qui regardent l’eau de loin où ne s’y trempent que légèrement les pieds, faut dire qu’à part les surfeurs dans le sud ils n’ont pas l’air très bons nageurs à ce que j’ai pu observer jusqu’à maintenant. Encore une fois c’est une bande de garçons et filles curieux et très aimables qui viennent à nous pour entamer la conversation et prendre quelques selfies, décidément. Brijou le leur rend bien qui leur tire le portrait, jolis moments de rigolades à se regarder sur l’écran instantanément, on prend les contacts et c’est promis on fera passer nos clichés. Serviables ils nous déposeront avec leur van non loin de notre chambre. Wanacom wanacom ! Nanndri nanndri.

Épisode #7.
19/02 Jour 21. Point Pedro.

C’est le nord du nord cette fois ci qui s’offre à nous. Un bout du monde en face du golf du Bengale. Pas de touriste dans ce coin là à cette saison et guère plus plus tard, l’ambiance est très calme. Il n’y a ici en fait quasiment que des familles de pêcheurs, des garnisons et la Navy qui surveillent les côtes contre le trafic de cocaïne qui débarque d’Inde à destination de Colombo. Éh oui la coco ici ce n’est pas que ce qui tombe des arbres plein de bon lait… Nous louons auprès de Suresh notre hôte des vélos qu’il ira chercher à droite et à gauche. Ce sont des Lumala, magnifiques vélos typiquement indiens en bon acier et chrome bien lourds. Celui de Brijou nous posera quelques problèmes car il n’arrête pas de crever, la chambre à air est foutue, ce qui aura pour principale conséquence de nous limiter à un parcours de…500 m, un aller retour de 1 km dans l’après-midi avec ce vélo là, autant dire épuisant pour Brijou. It’s a joke, car elle a en fait plutôt un bon coup de pédale habituellement. On se balade sur le littoral rocheux, pas du tout balnéaire, d’où le nom de ce village  » la pointe des pierres ». Sur les cinquante premiers mètres en direction du large les fonds sont très peu profonds et plus ou moins aménagés par les pêcheurs en petits ports et cheneaux d’accès à la mer. La frange entre terre et eau est jonchée de déchets dont la plupart sont issus de l’activité même des pêcheurs, flotteurs, cordages, filets, polystyrène, fragments d’épaves en résine, mais aussi de poissons échoués ou de carcasses dépecées et livrées aux centaines de corneilles, charognards nettoyeurs, le tout complété par les inévitables déchets d’objets ménagers. Vu comme ça ce n’est pas très ragoûtant, mais comme me dit Brijou il suffit de regarder au loin pour voir la beauté des lieux, car en effet cette côte est très belle et finalement ces déchets passés à la machine à laver des vagues perpétuelles retrouvent presque une beauté, voire une propreté, si si. Et pis déjà minot moi j’adorais aller fouiner dans la déchetterie de Pontarlier, encore à ciel ouvert à l’époque, où l’on dénichait avec les copains pleins de trésors, j’en sens encore l’odeur de putréfaction et de fumée de plastique brûlé. On partage assez facilement ça avec Brijou, ce goût pour la récup’ et fouiner, et ce spectacle certes désolant, tu te dis que là encore il y a un fichu boulot à faire, ne nous empêche pas de nous balader, elle fait des photos et ramasse des « trucs » pendant que je de scrute l’horizon et les bateaux ou les piaffes aux jumelles.
Nous rencontrons sur le littoral de jeunes pêcheurs à qui je prête mes jumelles, waaahh, ils ont l’impression d’halluciner et c’est sûrement la première fois qu’ils en ont entre les mains, et comme elles sont très grossissantes et nettes certains font mine d’attraper de la main ce qu’ils observent sur la mer. Brijou leur tire le portrait, le groupe s’étoffe, ils sont bientôt une dizaine, elle commence à filer un bracelet avec coquillage à l’un, puis tous en réclament. Contact établi avec ces gars de la balle dont certains doivent déjà avoir eut une vie très rude, comme leur parents. Sans oublier que ce secteur était un des fiefs du LTT, mouvement des Tigres Tamoules, et que l’histoire des affrontements comme de la répression encore fraîche a marqué au fer rouge l’esprit des gens d’ici. Je vous le redis ce secteur a été bombardé par sa propre armée jusqu’à il y a à peine une dizaine d’années. Ces gars ont entre 17 et 30 ans et ont potentiellement tous vécus ces événements dans leur famille, ils sont tous frères, cousins, beau-frères, oncles. La période est pacifiée mais ils avouent facilement qu’ils n’aiment ni la Navy ni l’armée de terre qui occupent la leur. En passant devant un préau une autre bande de pêcheurs m’invitent à les rejoindre et à entamer une partie de billard sri lankais. Assis en tailleur autours d’une table carré de 80 cm de côté le jeu consiste à pousser une vingtaine de pions comme ceux de nos Dames dans les trous situées aux angles, en les heurtant avec un autre pion que l’on projette du doigt comme en jouant aux billes. Je gagne avec mon partenaire une partie sur les deux jouées puis laisse ma place de perdant. Brijou s’est faite un pote en la personne de Suresh, un deuxième, en bon gros gaillard moustachu la quarantaine, un jeunot quoi, qui lui réclame un bracelet coquillage! On dirait que tout le village c’est passé le mot, alors elle crochète à la chaîne ces petits cadeaux, une bonne trentaine dans la journée. Suresh lui ramène à son tour des coquillages et d’un fil de plastique qu’il dénoue d’un bout de corde trainant lui fabrique un bracelet similaire, à sa façon, chaînon de noeuds agilement tricotés entre ses grosses mains potelées de marin, une des extrémités de l’ouvrage maintenue entre son gros orteil. Échange de bons procédés. Il en fait un pour moi aussi, en même temps qu’il montre à Brijou comment faire, elle relève le défi aisément. Il y a quelque chose de très attentionné dans la manière de Suresh de nous aborder, doux et gentil. On échange nos numéros de téléphones, il sera auprès de sa famille à Trincomalee dès demain pour cinq jours, nous y serons dans deux jours, we keep in touch.
Nous partons ensuite en balade sur la côte, à bicyclette, Brijou assise en amazone sur le porte bagage qui ne manquera de lui taler les fesses à chaque bosse de cette route abîmée. On part en quête d’un soleil couchant puis renonçons au bout d’une dizaine de bornes car je me rend compte qu’il n’y a pas de lumière sur le vélo et qu’avec une route pareille et des chauffeurs encore bien assez speed ici aussi le retour pourrait être périlleux. De retour à l’hôtel nous buvons un coup sur la terrasse avec Suresh, l’autre, qui nous raconte un peu sa vie. Il gère seul cet établissement qui appartient à un sri lankais expatrié en Hollande, et qui vient un peu le relayer tous les 6 mois. Il est originaire de Nuwara Elyia et connaît bien nos amis de là bas. On appelle Kana, ils échangent un moment. Sa famille vit à Baticaloa sur la côte Est. Il a quatre enfants, un garçon et trois filles, dont la première porte le prénom du leader des LTT… Son fils lui, 16 ans, vit cloîtré chez eux, pas d’école, pas de copain, juste pleins d’animaux domestiques pour l’accompagner, il est cardiaque, après avoir survécu à quatre ans à un bombardement de son école ainsi que de la nurserie voisine par l’armée cingalaise, enseveli sous les décombres pendant trois heures, ranimé, rescapé, sûrement toujours en état de choc d’après Brijou, sans aucun soin psychologique. 72 enfants sont morts ce jour là, là bas, c’était en 2006. On perçoit sourdre la colère de ce père en apparence résigné, en apparence. La bière a une drôle d’amertume ce soir.

20/02 Jour #22 Point Pedro.
Cette fois le vélo de Brijou est opérationnel, nous pouvons donc partir sur la main road, plus à l’Ouest en direction de plages qui nous ont été recommandées hier. On s’arrête ci et là puis pour faire trempette et une pause à l’ombre du haut vent d’un tout petit temple hindoue face à la mer. L’endroit n’est toujours pas plus clean sur cette frange en bordure, la roche en fragment est en fait du vieux corail qui se mêle aux débris. Les baraques environnantes sont abandonnées, écroulées parfois. Bombardements ? Tsunami? Des vaches ont repris possession de ces ruines et se prélassent sous les cocotiers quand elles n’errent pas sur les routes. Ont atteint les plages visées au bout de presque deux heures, peut être bien à vingt kilomètres de Point Pedro. L’endroit a dû être aménagé mais est maintenant à l’abandon ou presque, c’est assez moche et après avoir grignoté un bout on rebrousse chemin, un peu déçu, pour nous arrêter non loin du petit temple précédent et aller littéralement se poser sur un banc de sable dans trente centimètres d’eau, s’est rafraîchissant. Encore dix kilomètres pour le retour avec un bon vent d’Est qui s’est levé, donc de pleine face, suffisamment fort pour finir de nous épuiser de cette journée la plus sportive du séjour :-). Ce soir Suresh nous cuisine de succulentes crevettes juste grillées à l’aïl, mmmmhhh. Nous boirons ensuite et pour la première fois du Toddy, un jus fermenté tiré de la fleur de noix de coco, une sorte de cidre aux vertus anti cholestérol voire amaigrissante, 100% naturel. Vu le profil de Suresh qui est gros comme un coup de trique ça doit être ultra efficace. C’est peut être ça qu’il va falloir qu’on ramène plutôt que de l’huile de coco, même vierge…

21/02 Jour#23 De Point Pedro à Trincomalee.
Ce matin nous quitterons Point Pedro en ayant loué les services d’un taxi plutôt que de prendre un bus dans l’idée de gagner du temps et de la fatigue sur les derniers trajets. C’est évidemment plus cher mais un taxi pour deux à 70 balles pour faire 250 bornes en 4 heures ça reste dans nos cordes. La dernière semaine s’entame donc avec cette ultime destination vers Trincomalee, plein Est Nord Est. Nous avons réservé pour quatre nuits au Coconut Beach Lodge, classé chic par le Routard. On va péter le budget avec des nuits à … 30 €. L’endroit est effectivement charmant, notre chambre mignonne et confortable sans être luxueuse, avec long terrain arboré qui débouche sur des plages de sable nettoyées pour que les touristes s’y prélassent à l’ombre de paillotes et s’y baignent, l’océan est ici accessible avec des fonds qui descendent progressivement et des vagues raisonnables. Pourtant c’est ici que les plus fortes vagues du tsunami ont déferlées plein Est, atteignant 5 mètres au dessus du niveaux de la mer avec des niveaux d’encore 3 m dans les maisons jusqu’à 100 mètres du littoral, ce qui fut le cas pour ce lieu lors de ce fameux jour de Noël 2004.
On se pose cet après midi à buller, marcher sur la plage, nager dans les rouleaux. Notre objectif numéro 1 en venant ici est de partir sur Pigeon’s Island juste à côté pour aller y observer non pas des pigeons mais la faune aquatique d’un récif corallien. Rendez vous est pris demain matin 8:30 avec le pilote du petit bateau qui nous y emmènera, il ne nous reste plus qu’à sortir nos masques et tubas du fond de nos sacs.

22/02 Jour#24 Trincomalee.
Nous voici donc bon pied bon œil au rendez vous pour embarquer depuis la plage du lodge vers Pigeon’s Island, à une demi heure de navigation dans une barque de pêcheur accompagnés de deux jeunes filles qui voyagent ensemble, belge et italienne qui vivent en Hollande. L’océan est relativement calme et le bateau saute par dessus les vagues en nous secouant pas mal à la retombée. On débarque sur l’île où 3 4 autres bateaux ont déjà acosté. Notre pilote nous indique les zones de baignade et d’observation autorisées, à l’extérieur du périmètre d’une ligne de flotteurs qui délimite une aire protégée interdite d’accès grande comme un terrain de foot. La plage est jonchée de fragments de coraux, le récif bien que protégé est pas mal abîmé. Nous enfilons masque tuba et palmes et nous aventurons dans le chenal…bloubloubloubloublou. Le fond regorge d’emblée de beaucoup de poissons endémiques ou plus courants qui sont tellement exotiques pour nous. Fins, longs, plats, ronds, rayés, nacrés, bicolores ou arc en ciel, rouges, bleus, jaunes, uniformes ou chamarrés, panthères ou tigrés, isolés ou en ban, curieux ou apeurés, minuscules ou grands comme mes deux mains… Puis par trois mètres de profondeur nous tombons sur une des attractions du site, une tortue de quelques 80 cm qui broute paisiblement, cooooollll. On reste bien dix minutes en observation à distance pour ne pas l’effrayer, on convie d’autres plongeurs et laissons notre place. On palme tranquillement ainsi à continuer d’observer les fonds et poissons quand soudain trois ombres grises à deux mètres de nous passent majestueusement en frôlant le corail, ondulant lentement, seigneurs des lieux des requins à ailerons noirs d’un bon mètre cinquante font leur ronde, inoffensifs. Nous étions venus pour eux, ils sont au rendez vous, quelle chance nous avons. Nous aurons plusieurs fois l’occasion d’en observer, une dizaine en tout, pendant ces deux heures de plongée tout en continuant de profiter du spectacle de toute cette vie subaquatique dans une eau à 28°. Un autre site est accessible de l’autre côté de l’île, je m’y aventure dix minutes le temps d’observer un ban énorme de jolis poissons gris aux nageoires jaunes au travers duquel je nage sans les effrayer, le temps surtout de me faire piquer à la main par une méduse, ouaïe la vache. En même temps je connaissais le risque puisque dès le rivage il y en avait partout, mais ma curiosité l’emporta sur le risque encouru, me restait plus qu’à souffrir en silence… Hormis ce petit accident, nous faisons carton plein et rentrons béats.
En fin d’après-midi nous avons pris rendez vous avec notre copain Suresh, le pêcheur faiseur de bracelet qui nous emmène dans sa maison de famille. Ils vivent là tous ensemble dans ce quartier de pêcheurs, de l’arrière grand mère aux dernières descendantes, maisons ouvertes sans porte ou l’on circulent et passent de l’une à l’autre, proches et solidaires. Nous faisons plus ample connaissance avec Thagum, voisin et ami proche de la famille, la soixantaine qui nous a amené jusqu’ici avec son tuk tuk. Il parle aisément l’anglais et montre une vraie curiosité à échanger avec nous, on sent une bonne culture générale dans ses propos, une vraie connaissance du terrain aussi, il nous raconte ici, avant, maintenant et après, pleins d’espoirs en la jeunesse et la capacité de résilience de son peuple, sa confiance en l’action politique plus que dans les conflits ouverts radicalisés dont ils ont tant soufferts, il y a des morts de proches dans cette histoire racontée, ils veulent tourner la page et avancer, il y est engagé depuis longtemps, il milite depuis de nombreuses années sur la protection de l’environnement, marin en particulier et sur la faune et en particulier les quinze espèces différentes de dauphins qui vivent ici, les sites de baleines à sanctuariser, la pêche à réguler … Belle fin de journée passée là en leur compagnie sous l’éclairage blafard de l’unique ampoule bleutée rafraîchis par le vieux ventilo du plafond. Suresh en nous raccompagnant nous invite à venir dîner samedi soir dans deux jours, vous aimez le poisson? Avec grand plaisir amigo.
Demain sera sûrement encore un grand jour car nous avons pris rendez vous avec notre pilote de bateau de pêche pour assister au lever du soleil en pleine mer et observer au plus près quand ils font surface les molosses qui sillonnent ici les courants et peuplent les très hauts fonds. Yesss !!!

Épisode #8
23/02 Jour #25. Trincomalee
La meilleure heure pour assister au lever du soleil à cette saison c’est à 5:30, pour prendre la mer cap plein Est 90°. L’océan lui non plus ne semble pas encore réveillé, vaguement. Les 40 cc du moteur hors bord de notre barque ronronnent et nous filons en direction des lueurs rosées qui découpent les silhouettes des nuages à l’horizon. C’est la première fois que j’assiste à un lever de soleil émergeant de la limite visible du plat lointain et absolu d’un océan. En France nous n’assistons qu’à des couchants avec un astre plongeant. Progressivement la lumière se fait plus intense et la couleur du ciel comme de l’océan changent sans cesse en déclinant toutes les teintes de l’or qui scintillent sur les vagues, c’est beau il n’y a rien faire. Nous avons bien déjà parcouru 5 km vers le large, je suis en alerte et scrute un signe, celui du rejet de l’eau que font les baleines par leur évent lorsqu’elles remontent à la surface, car c’est bien de ça dont il est question, nous sommes là à fleur d’eau pour observer les baleines. Le site est réputé car après les fonds peu profonds des quelques 6, 7 km du plateau d’où émerge l’île ce sont des tombants vers les grands fonds qui caractérisent le site et en particulier la présence d’une faille abyssale propice au séjour saisonnier des cétacés. Mon attention est récompensée vers 6:30, à tribord je vois et désigne à notre pilote la direction du premier jet craché. Il oriente la barque et en prend la direction à toute berzingue. Ce sera en fait trop loin. Mais fortuitement nous croisons alors des bandes de dauphins qui se dirigent vers nous, prennent la même route que nous, sautent et plongent devant la proue du bateau, le frôlent sur les côtés, s’en vont à gauche, réapparaissent derrière, on ne sait plus où donner de la tête pour ne rien rater de cette rencontre, émus et excités comme des gamins. Ce jeu de cache cache durera bien vingt minutes lorsque j’aperçois beaucoup plus près cette fois ci, une centaine de mètres, trois jets d’eau, donc trois baleines, pas besoin de confirmation pour le pilote qui les a vu lui aussi. Il lance notre barque à fond les manettes devançant légèrement la trajectoire supposée des bestioles. Il ralenti jusqu’à presque s’arrêter lorsque font surface trois baleines bleues à une distance de cinq à dix mètres de nous, elles soufflent et s’enfoncent à répétition pendant presque cinq minutes autours de nous, montrant tantôt une tête, un œil, un aileron et la courbure d’un dos sur lequel s’accroche un poisson pilote, puis une queue qui se dresse et glisse sans bruit vers le fond en s’agitant d’un ultime salut souple et fluide, c’est énorme, c’est exceptionnel, quelle joie, quelle chance, merci, merci. Les conditions sont optimales pour ces observations, un petit bateau agile et une position à fleur d’eau, une mer calme, un temps sublime, et personne d’autre que nous pour venir perturber notre approche, un pilote pêcheur de son état tout aussi excité que nous à poursuivre pacifiquement ces grosses mémères inoffensives. Brijou aimerait même plonger pour nager avec, moi aussi mais bon…pas aujourd’hui , je n’ai pas pris mon maillot de toutes façons, :-). Nous jouons ainsi à la souris et au chat pendant une heure et aurons la très grande chance de croiser en tout une vingtaine de baleines et baleineaux. Très très chanceux vous dis je. Au bout de 3 heures nous rentrons, les baleines se font rares et déjà d’autres bateaux ont pris la suite. Bien qu’il ne soit que 9:00 la journée est déjà suffisamment chargée d’émotion pour que nous ne fassions rien…ou presque. En fin d’après midi nous irons par la plage rendre une petit visite surprise à Suresh et sa famille, histoire de se faire payer un « black ginger tea », 4 km dans le sable à longer ce littoral en proie aux investissements touristiques qui le grignotent progressivement aux détriments des pêcheurs, de leur outil de travail comme de leurs quartiers agglomérés là cahin-caha depuis des générations et qui eux ne figureront jamais sur les cartes postales, à moins qu’ils ne s’organisent pour défendre leur terre et mettent en valeur ce patrimoine, comme ce fut le cas un peu plus au sud à Panama ?

24/02 Jour #26 Trincomalee.
Le temps a changé cette nuit, le vent du nord s’est levé apportant de la grisaille sur l’océan. La lumière toujours très forte, filtrée à travers cette couche nuageuse, teinte le décor en valeurs de gris colorés comme lors d’une éclipse de soleil. Dans l’après-midi nous partons visiter le temple hindou de Trincomalee, dont l’intérêt réside ici en son point de vue imprenable en hauteur sur la baie de la ville. Construit sur une énorme bosse de granite, certains sentiers qui en font le tour offrent des panorama qui plongent vertigineusement dans l’océan qui gronde aujourd’hui en venant déferler dans les failles de la roche. La redescente vers la ville à travers le fort Frédérick se fait à l’ombre d’arbres gigantesques dont la circonférence des branches s’étalant comme des bras étirés peut atteindre quarante mètres. Notamment les badians qui de leurs branches principales laissent descendre verticalement des ramifications secondaires qui deviennent à leur tour des troncs qui étayent les branches mères. La ville très commerçante s’étale à l’horizontal en un dédale de ruelles. Nous peinons un peu depuis ce centre ville à retrouver la maison de Suresh chez qui nous sommes inviter ce soir pour un repas en famille. Nos descriptions n’étant pas très sûres les locaux nous orientent et nous mènent comme ils peuvent à bon port. La lumière du soleil couchant dans ce ciel orageux est cette fois ci passée au filtre jaune tabac, assez irréel. Suresh et sa famille nous accueillent comme des princes dans leur modeste maison, on demande à vite redescendre de ces perchoirs de chaises en plastique pour nous assoir par terre tous ensemble avec femme et enfants et manger sur des nattes en plastique tous les mets préparés, incontournables rice and curry et poissons grillés que le beau frère pêcheur a attrapé ce matin et qu’il défait de ses doigts façonnés par le métier pour nous nourrir presque jusqu’à la bouche comme des gosses, presque, pour nous en éviter les arrêtes, incroyable attention entre adultes. Les discussions vont bon train sur la vie ici, toujours cette histoire de récente guerre civile dans cette ville où les tamoules sont très représentés et ont été impliqués dans la bataille, qu’ils veulent résolument politique maintenant, l’avenir ils le dessinent dans la paix et l’éducation des jeunes générations, ils semblent confiants, ouf. Les autres femmes de la maisonée, tante, sœurs, apparaissent pour présenter les petits derniers, puis disparaissent discrètement, laissant la place aux discussions entre hommes, exceptée la présence et participation de Brijou qui boit de la bière et fume comme un mec et apprend le crochet au fils aîné de douze ans…Les au revoirs sont chaleureux et déjà pleins de promesses de retour.

25/02 Jour #27 de Trincomalee à Negombo.
Jour de départ vers notre prochain envol dans deux jours à Negombo. On a décidé de s’économiser un maximum pour ces derniers jours afin de ne pas rentrer explosés par les derniers trajets. On se prélasse une dernière fois autours de la plage sous un ciel encore gris aujourd’hui, il pleuvra sûrement. On loue de nouveau les services d’un taxi privé pour traverser en diagonale tout le pays d’Est en Ouest, 250 km en 5 heures tout de même. Nous y retrouvons nos amis de Negombo, Nishanta Fernando et sa famille, et serons logés de nouveau chez tonton et tantine dans le quartier.

26/02 Jour #28 Negombo.
Nous refaisons un peu comme à notre arrivée le tour de la ville accompagné par Nishanta dans son tuk tuk, qui nous emmène à gauche et à droite faire quelques emplettes de diverses petites choses à ramener à la maison. Nous avons décidé aussi d’offrir un tricycle à la petite dernière, l’intrépide Rashami, et un vélo junior pour Iruni sa soeur aînée qui, trop grande venait de briser le tricycle en plastique trop fragile de la petiote. Chacune le sien, l’affaire serait réglée, pour soixante balles. On se débrouille pour faire rentrer tout ça plus ou moins sur nos genoux dans le triporteur exigu, une roue laissée à dépasser dans la largeur du petit véhicule et filons à la maison pour préparer la surprise avant la sortie de l’école de la grande à 13 h, où nous irons d’ailleurs la chercher avec son père. A l’école Brijou fait des photos des gamins dans la cour et dans leur classe, ils posent par petits groupes trop contents. La directrice vient toute fois un peu reprocher cette séance de portraits, craignant qu’elles soient faites dans un but lucratif voire crapuleux, il semblerait qu’à l’étranger certains réseaux utilisent ce genre de clichés pour monter des arnaques en récoltant de l’argent auprès de gens naïfs argumentant que les dons sont à destination des écoles, un classique. Nishanta se porte garant de Brijou qu’il présente comme quelqu’un de sa « famille », on sauve la face. Rentrés à la maison la petite a déjà découvert son tricycle et se balade tout joyeuse dans la rue de terre battue qui mène à la maison. La grande déjà trop contente d’avoir été un peu la star de l’école ne s’étonne même pas de ne pas avoir de vélo, elle n’en n’a jamais eu et n’en a jamais réclamé, alors quand le flambant et rutilant biclou violet à rubans pailletés lui est dévoilé c’est une vraie belle surprise à s’en mordre les lèvres. Ben voilà deux heureuses, qui vont passer le reste de la journée à faire la course et expérimenter l’aventure jusqu’au bout de la rue. Chouette. La journée s’achève sur les plages de Negombo ou l’on se rend à 6 dans le tuk tuk, et où l’on retrouve Bénédicte et le petit Viku, venue renouveler un visa pour trois mois, et Laka venu déposer 3 exemplaires des fameuses « éco-briques » dans un office spécialisé et agréé pour des test de résistance ! Décidément une sacrée affaire que ces parpaings là.

27/02 Jour #28 Negombo.
Jour de départ, décollage ce soir pour un retour demain dans la matinée à la maison. Ce super séjour va prendre fin, on est en demi teinte, on prolongerait bien encore un peu, même si on projette déjà de revenir d’ici deux ou trois ans. Surtout qu’on a bien suivi que la météo était qu’en même pas terrible et frisquette au pays. Bah, les batteries photovoltaïques sont bien chargées, ont devrait tenir jusqu’au printemps prochain. On fait encore quelques emplettes de dernières minutes, un bon repas plein de poissons et calamars arrosés généreusement de toddy frais du matin, un peu enivrant tout de même ce jus naturel fermenté, je m’échoue sur un fauteuil en plastique à deviser avec le tonton au gros bidon ancien pêcheur qui nous héberge et à plutôt bien réussit dans son business, un peu pacha. Il fait encore bien un bon 30° à l’ombre, une dernière tête dans l’océan tumultueux pour se rafraîchir « en famille » s’imposera en fin de journée à rigoler avec les gamines, éclaboussés et chahutés par les rouleaux. Une ‘tite douche dans la salle de bain extérieur sous les bananiers, finir de boucler les sacs, embrassades de départ pleines d’émotions et zou, go to the airport…
Et si vous lisez ce dernier épisode c’est que les vents ont été favorables et que nous sommes bien rentrés ! Nos amis Imke et Ezio nous ont préparé un atterrissage en douceur en venant nous chercher à Marignane il y a maintenant trois heures, Ils nous ont préparé l’un la pasta al pommodoro, l’autre la salade composée, on a bu du sake pour célébrer ce retour, on commence à défaire les sacs, une petite sieste s’impose après cette nuit toujours aussi inconfortable en avion et le décalage horaire, ici il fait moins de 10° et tout va bien.
A vous les studios.

28/02 Jour #30 Marseille.

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