Thaïlande Birmanie 2017

Récit de voyage.

Thaïlande – Myanmar. 2017

Épisode #1: Bangkok. Jour 1. 28 janvier 2017

C’est reparti mon kiki.

(…Je commence ce récit de voyage installé en salle d’attente de l’école de massage thaï du What Pho, à Bangkok, le temple Pho, histoire de bien déverrouiller nos carcasses fourbues d’un voyage de 13 h et d’une demie nuit de sommeil naturellement inconfortable, pliés en Z dans les fauteuils de notre turc d’aéroplane à réaction…vvrrrrr)

Déposés à Marignane gentiment par notre Titi marseillais, qui à lui seul vaut plus que 10 titis parisiens (au fait mon gars on revient le 27 à 8:30, si t’es dispo, ou une autre âme charitable et désœuvrée, vers 9h nous en serions soulagés héhé ), 

3h d’attente à Istanbul où nous visionnons des vidéos de Tristan Renaut, rencontré dans l’avion, mon bavard voisin de fauteuil, photographe et documentariste animalier et trekkeur au Népal, un pro du tigre, auteur de polar ethnique en cours d’édition. Intarissable. Pas déjà partis qu’une proposition de voyage futur se présente? Ça démarre fort.

 Nous avons débarqué à Bangkok à l’heure prévue, 8:00 et des brouettes, mais avec 6 h de décalage horaire en moins, lui aussi plus que prévu et même officiellement imposé. On s’adapte. Pour les petits curieux vous pourrez avec ces info très importantes n’est ce pas? calculer à quelle heure nous sommes partis, ça occupe.

 Moi ça me déboussole. Mais je n’en perds pas le nord pour autant et dès les premiers pas dans le tumulte de cette capitale rampante le long des canaux et fleuve sinueux, se redressant pour s’hérisser en forêt de buildings au fur et mesure que l’on se rapproche du centre ville, je m’oriente assez facilement dans ce dédale orthogonal, la boussole solaire dans le coin de l’œil. On fait la rencontre de Sam à la sortie de la gare, un habitué de l’Asie, back paker un peu agité venu pour faire du business et alimenter son stand de forain en France, qui nous conseille et nous accompagne pour prendre un bateau collectif sur un khlong, canal douteux un peu boueux un peu égout que l’imposante embarcation n’a de cesse de brasser de son puissant moteur diesel, éclaboussant dans son sillage les berges jalonnées « d’authentiques » bicoques habitées, délabrées, décrépites et rouillées, misère urbaine banale, nous rapprochant de notre guesthouse à 5 km de là. Lui arrive de Grenoble et a perdu son sac mis en soute, un classique… On se quitte à mi-chemin en se filant peut être rendez-vous pour le lendemain à l’apéro. On verra. On fait la dernière moitié du chemin à pied sous 30° à l’ombre, 35° ressentis à l’aise sous le sac à dos. Brijou râle en silence, fatiguée la mémère, elle veut prendre un tuck tuck, dites « touctouc » ici, alors que je n’ai de cesse de lui dire qu’on est presque arrivé, elle se prépare ses 3 premières ampoules ! 

L’ Arôms Hotel est juste en face du Wat Po. On s’écroule dans le hall d’accueil en attendant que notre chambre se libère. La bâtisse est jolie, en bois, la chambre impec et coquette. Très bruyante mais coquette! Après une douche et une sieste de 2 heures nous traversons la rue pour aller visiter ce magnifique complexe bouddhique d’où se récit démarra : bouddha doré couché géant de 50 m à vue d’œil, dagobas couverts de lotus en céramique en veux tu en voilà, jardins taillés et oiseaux siffleurs sur les bords des toitures des pagodes-écoles aux décors sculptés enflammés, et cette mythique école de massage thaï où nous nous laissons triturer par 2 des quelques trente officiants, dans un décor tout aussi magnifique et serein. Ici on célèbre en ce moment 2 choses. Le deuil du roi depuis 6 mois, le nouvel an chinois depuis hier. Ça en fait du pèlerin. Nous en sortons flânant presque les derniers au soleil couchant, lumière féérique pour ce décor de parc d’attraction. 

Ce soir, même s’il n’est que 13h pour vous et encore un peu pour notre chronobiologie, nous souperons littéralement dans la rue, sur le trottoir du pont d’un petit canal pour être très précis, d’une soupe thaï évidement, cuisinée là par des mamas dans un pot en terre et chauffée à l’aide d’un petit brasero posé à même la table, bouillon que nous agrémentons comme bon nous semble, après qu’une compréhensive cliente nous expliqua comment procéder dans les règles, de pâtes de riz, légumes et bœuf crus, menthe, citronnelle et sauces piquantes. Une Beer Chang pour rafraîchir le feu et roule ma poule, au pot. Premier retour en tuck tuck cette fois consenti à Brijou. 

Bangkok, jour 2. 29 janvier 2017

Au réveil encore en jet lag, à 10:00 mais encore 4:00 dans ma tête, la ville est déjà elle bien agitée, nous sommes dimanche et les touristes et les tuck tuck sont entrés dans la danse. Nous prenons un petit dej de riz épicé coriandre coco délicieux et thé en sachet Lipton de m… et sautons à notre tour dans un triporteur pour nous rendre au Tailing Cham Market à 10 bornes de là pour 500 bats, une quinzaine d’€. Le chauffeur nous dépose après avoir un peu hésité à l’une des entrées de ce marché en parti flottant, c’est à dire au bord de l’eau avec des barques sur lesquels des forains cuisinent sur des barbecues et vendent des plats tous plus appétissants les uns que les autres. Tandis que sur les canaux d’autres barques, dites longues queues à cause de la taille de l’arbre de l’hélice dépassant de plus de trois mètres de leur volumineux et dénudé moteur hors bord vrombissant, promènent des touristes ravis et rivés à leur smartphone en mode j’me photographie moi même avec perche ou sans, l’air de rien ou de tout…Pour autant les autochtones sont très majoritairement présents et le lieu tout en étant une attraction est resté un rendez vous dominicale authentique dans une ambiance et un décor plutôt raffinés et sereins, encore une fois. On grignote de ci de là par pure gourmandise tout un tas de trucs succulents en brochettes, en galettes, emballés dans des feuilles de palmiers, frits, crus ou grillés, viandes, fruits, légumes, sucrés salés, épicés, dans un joyeux manège rabelaisien pour les papilles. Et pas cher bien sûr, entre 0,70 et 2€ la curiosité ! Nous complétons la visite par l’incontournable salutation aux bouddhas et moines dorés à la feuille, puis retour au centre ville dans un  tuck tuck essoufflé comme son papy de chauffeur pour nous rendre dans le China Town.

China Town c’est affublé pour l’occas de rouge rose et doré, nouvel an oblige  of course. Le quartier labyrinthique est un immense bazar poisseux avec des milliers d’échoppes face auxquelles le marché aux puces de Marseille peut passer pour une galerie marchande high-tech. Nous réussissons à ne pas nous y perdre, enfin j’arrive à ne pas y perdre Brijou surtout. Au sortir de ce bordel nous tombons par hasard sur une petite boutique qui ne paie pas de mine isolée entre toutes, de thé chinois. Nous nous y réfugions le temps de reprendre nos esprits, et nous faisons servir les nectars dans une démonstration rituelle d’ébouillantage rapide des micro théières et tasses pour des infusions ne dépassant pas 10 secondes et répétées à satié-thé, servi par un accueil chaleureux d’une jeune fille en herbe. Un havre de paix salutaire  avant le retour vers l’auberge à travers des rues très vite beaucoup plus calme. Ouf!

Nous soupons, de nouveau, et la même chose qu’hier, une soupe donc! mais en plus savoureux, toujours sur un trottoir, au pied de l’auberge. Brijou fait connaissance de Prat Shit, à ne pas confondre avec Brad Pitt à la grande déception de vous devinez qui, sympathique et serviable homme qui nous conseille et nous renseigne, nous organise une sortie demain vers un marché flottant, beaucoup plus intéressant d’après lui que celui que nous avons visité ce matin. On se laisse guider, un peu de doute par rapport à notre Guide du Routard dont le commentaire n’est pas emballant, on verra bien. 

Bangkok, jour 3. 30 janvier 2017

Départ en taxi à 9:30 pour Damnoen Saduak Flotting Market, 90 km à l’ouest de là…presque 2h de route, le temps de sortir du trafic routier et de se retrouver sur le parking au départ des canaux sillonnant les plantations de cocotiers. Bien que notre chauffeur soit d’humeur joviale tout du long, nous changeons vite d’atmosphère dès la sortie du taxi : ça sent le piège vu le nombre que nous sommes à attendre et le speed qu’y mettent les donzelles qui dirigent le troupeau vers les caisses. Le tarif est évidemment cher et spécial toutounes, que nous sommes. Mais puisqu’on y est, go. Une jolie embarcation longue queue nous est désignée pour nous seuls, c’est romantique nan ? Genre gondoles à Venise… Notre pilote discret nous conduit à travers ces canaux de 2 m de large, nous faisant croiser tout d’abord sur les berges une multitude d’échoppes de souvenirs et artisanats tous plus moches les uns que les autres, des bières, ou des fruits selon. Nous déclinons tout poliment d’un « maé sooo » suivi d’un « khop kun kap  » voir d’un salut mains jointes qui nous tirent d’affaires. Nous signifions du mieux que nous pouvons à notre pilote que nous ne sommes là que pour voir et observer, il semble avoir compris et n’insiste pas plus, souriant. Pourtant je crois comprendre qu’il dit de nous à ses nombreux collègues croisés dans tous les sens que nous sommes de véritables pingres, ce qui les fait bien rire, c’est déjà ça. 

La deuxième partie du trajet nous mène au marché flottant qui de traditionnel n’a plus grand chose d’authentique. On continu d’y vendre des produits et plats cuisinés de bateau en bateau, tâches presqu’exclusivement menées par des mémés qui dirigent leur barque à la rame. Bien que les moteurs soient maintenant presque tous à l’arrêt, bateaux bord à bord dans un très lent mouvement en avant, l’odeur des moteurs persiste et contribue au parasitage, doublé des selfies permanents. C’est moche ce zoo, et pourtant le cadre devait y être magnifique d’antan, comme semble s’en rappeler Brijou avec nostalgie. La promenade recèle encore quelques beaux aspects en dehors du marché, aux abords des maisons sur pilotis et à travers les plantations. Nous signifions notre déception à notre chauffeur, qui acquiesce conscient des dégâts fatales du tourisme consumériste, que nous alimentons et dont il fait son complément de salaire de militaire à 500€. Bref, ceci est fait et plus à faire.

Sur le retour nous nous arrêtons à Maeklong pour un dernier marché. Celui du Train Market, comprenez un marché au bord des rails d’un train en pleine ville.. Tellement au bord des rails que le train passe au dessus des étales à même le sol alors que tous s’écartent et replient leur haut-vent en deux temps trois mouvements. Ce marché au delà de l’attraction surréaliste et incongrue, regorge des plus beaux et divers produits typiques que nous ayons vu, fréquenté par les autochtones plus que par les touristes sûrement rebutés par certaines odeurs très capiteuses, fumets de poisson et  autres délices exotiques : nous y mangeons nos premières larves et insectes frits ! Honnêtement sans grands intérêts gustatifs pour nous deux, préférant de loin les sucres savoureux d’ananas mûrs à point, vendus débités en bouchées, dans des sacs plastiques transparents, comme pour les insectes…c’est pour mieux voir ce que l’on mange!

De retour à Bangkok nous faisons du change pour régler notre taxi et prévoir les jours à venir, nous partons progressivement pour le nord demain.

Épisode #2, au sortir de Bangkok. Jour 4. 31 Janvier 2017.


Nous sommes aujourd’hui le 31 Janvier et avons prévu de quitter Bangkok par le nord pour nous rendre à Ayutthaya, ancienne capitale historique du Siam, à moins d’une centaine de km. On se plante un peu de programme avant notre départ, croyant nous rendre dans un quartier de créateurs pour nous retrouver bêtement dans un centre commercial bidon à Siam Square. Rien à y faire si ce n’est passer notre matinée à expérimenter l’enfer, le Bangkok trafic jam. La tête dans les échappements dans un tuck tuck, avec un champ de vision limité à 1,5 m de hauteur la tête sous la capote de ce pickup, donc à l’air libre. A l’air libre! Elle est bien bonne celle là, l’air pourri oui! L’air saturé en microparticules dont raffolent toutes nos mégapoles, des petits pots d’échappement de vieilles mopettes aux gros trous d’cul des bus en passant par toutes les tailles de ces cloaques et tous les carburants pas tous très raffinés vu l’opacité des rejets. L’enfer. Ici 1% se protège d’un masque en papier, ce qui ne résoudra rien bien sûr mais marque un peu les esprits, le mien déjà,  quand 1 pour … 1000? 10 000? se déplace en vélo? Quel courage! Quelle folie oui! Il y a un métro et un train aérien que nous n’avons pas eut l’occasion d’emprunter, des prémices de modernisation, un gros chantier de béton armé pour un truc suspendu ? Il nous tarde vraiment de quitter cette atmosphère saturée.
Ouf on arrive à la gare, et prenons un ticket pour Ayutthaya, à 30 bats pour 2! Moins d’1 €! Bon ok le train n’est pas neuf, wagons en bois, pas de places assises pour tout le monde, Brijou et moi cédons les nôtres à des papy mamy, ce qui me vaut un pouce en l’air d’un vieux moine, et Brijou reçoit des gâteaux de sa mémère. Nous passons notre voyage entre deux wagons, moi assis sur le marche-pieds donnant sur l’extérieur portes ouvertes, j’adore regarder défiler le paysage ainsi, pour une courte distance à moins de 100km/h. Brijou shoot gaiement ce petit monde confiné, un léger penchant pour la couleur orange des moines. Elle s’énerve en voyant les jeunes touristes incapables d’autres choses que de s’occuper de leur nombril, selfies toujours, ou caméra Gopro embarquée, tout l’attirail high-tech mais incapables de ranger leurs sacs et grosses valises de fashion victim pour faire de la place, alors céder la sienne pensez donc ! Les pires sont les japonaises (sorry Massami), hallucinantes dans leur complexe de narcissisme à outrance, il y aurait des études cliniques à faire sur le sujet. En tout cas les psy vont avoir du boulot jvous ldis.

Arrivés en gare d’Ayutthaya il nous faut prendre un bac pour traverser la rivière qui encercle cette ville stratégiquement transformée à sa fondation au XIII ème en île d’une quinzaine de km2, plus ou moins 3 sur 5 km. Nous rejoignons la Chantana Guesthouse non loin du débarcadère où nous oublions accessoirement et heureusement très momentanément seulement notre guide du Routard…un peu embêtant quand on voyage comme nous avec des réservations au jour le jour dans un pays complètement inconnu… C’est encore bien utile les supports papier quand on ne veut pas être que connecté. L’accueil dans cette maison traditionnelle sobre et un peu désuète est très chaleureux, les grands sourires de notre hôtesse thaïlandaise à défaut de communication très claire valent bien tous les salamalecs. Sacs posés, tongs enfilées nous filons louer des vélos pour sillonner la ville qui est un site archéologique classé au patrimoine mondial. Malgré un trafic encore important nous nous déplaçons aisément dans ce quadrillage à angles droits, d’autant que le terrain est absolument plat et que pédaler ne demande pas beaucoup d’effort, ce qui permet de rester concentré quand on apprend à rouler à gauche. On serre un peu les fesses, et comme les selles défoncées sont d’un confort très relatif pour le moins, je vous laisse imaginer…se mettre en danseuse ou accepter le régime presque sans selle? Ça met du piment! En tout cas ça échauffe, et par une température tropicale de surcroît vous voyez le tableau ? Bah ça se mérite ces vieilles ruines hein !  Après une dizaine de km nous visitons le premier site au soleil couchant, il n’y a presque plus personne. On s’y balade une petite heure. Ce qui reste de ces complexes est fait de briquettes mises à nues et à l’origine couvertes de stucs qui donnaient leur dernière peau aux sculptures et aux murs colorés. Souvent de guingois façon tour de Pise les structures aux formes d’inspiration khmer, massives et la plupart du temps pleines se sont enfoncées dans des sols régulièrement inondés. Les murs d’enceinte grande comme deux stades sont à l’échelle des sites aztèques.  Peu de moustiques finalement à cette heure pourtant propice, tant mieux. On partage nos bières fraîches avec un couple d’argentins, on passe en mode espagnol et évoquons notre voyage chez eux, pays qu’ils ont beaucoup moins visité que nous, voir pas du tout. Par contre ils sont venus ici en 35 h de vol avec escales. C’est pourtant super beau aussi chez eux, bref. Nous retournons au centre ville de nuit et traversons les fêtes du nouvel an chinois, acrobates et dragons, magiciens, danses et théâtre, jeux de lumières et d’eau, stands de bouffe…quelle chance de tomber en ce moment festif pour découvrir tout ça !

Ayutthaya, jour 5. 1er février 2017.


Nous partons assez tôt ce matin, 9:30, pour ne pas trop subir la chaleur en vélo…peine perdue. Tant pis. Nous visitons un temple, un complexe plutôt, datant du XIIIème, et érigé lors de la venue des moines et nonnes srilankais. Joli, calme malgré l’affluence, beaucoup de piété et d’offrandes faites, très peu d’occidentaux, ceci explique cela?
Nous reprenons la route en direction d’un musée d’art et folklore thaïlandais approximativement situé sur le plan de l’office de tourisme tout en bas de la carte, tout en bas sans échelle ça ne donne qu’une direction… Nous nous arrêtons en chemin sur un site archéologique où la première communauté japonaise c’était installée, en bord de rivière bien sûr car venue y développer le commerce et y ouvrir un comptoir, les voies navigables ouvertes au XVIeme s faisant  de cette capitale du Siam une plaque tournante des échanges commerciaux et culturels mondiaux. « Anna et le roi » la série avec Yul Bruner, vous vous rappelez?
Pour rejoindre l’autre rive nous empruntons un très grand pont en béton en cours de construction sur lequel seulement quelques piétons et cyclistes s’aventurent. Nous l’avions déjà observé à Bangkok et cela se confirme, les femmes travaillent aussi sur ces chantiers de gros œuvres. Nous traversons un faubourg où se cantonnent les musulmans, ils y sont sûrement cantonnés. Les jeunes filles en costumes d’école jupes noires et chemisiers claires portent toutes le simple voile, les femmes aussi. Sortis de cette banlieue nous traversons un décor de plus en plus agricole, mais au bout de 5 km de plus nous décidons de rebrousser chemin devant le prochain pont à enjamber sur une 4 voies, trop chaud, trop loin…Brijou est un peu limite physiquement et il nous reste encore 20 km pour le retour. Une petite halte dans une gargote le temps de nous rafraîchir et de retrouver des forces pour retourner en ville visiter encore une ou deux ruines. J’ai de mon côté besoin de trouver une pharmacie pour acheter du paracétamol car je suis perclus de courbatures dues au massage thaï reçu il y a 4 jours. Car ces massages là n’ont rien à voir avec de langoureuses caresses ointes, non non! C’est genre acupuncture mais avec les genoux et les coudes de tout le poids du praticien ! Oú si t’as pas confiance tu pourrais croire que ta masseuse te veut du mal! J’avais déjà souffert des mêmes effets secondaires après des massages ayurvédiques au Sri Lanka. Le temps de comprendre le pourquoi du comment, j’avais d’abord un peu paniqué à l’idée d’avoir chopé une merde, puis quelques grammes de paracétamol m’avaient permis de retrouver le sommeil. Cette fois pas de panique, direction pharmacie ou un toubib m’ausculte derrière un rideau avant de me dispenser le compte juste de ce dont je devrais avoir besoin, le tout pour…1€! Je m’en tire bien. Brijou elle devra soigner ses coups de soleil.
Le soir on joue au rami sur la terrasse pendant que les gecko se font un festin d’insectes autours du plafonnier. De l’autre côté de la rue un groupe annoncé comme rock band anime la soirée d’un bar. Ils reprennent du lourd, d’ACDC à Système of a down en passant par Metallica! À fond, fort et bien, dediou! Fins énervés. Pas comme moi qui m’écroule…

Départ d’Ayutthaya, jour 6. 2 février 2017.


Le propriétaire très aimable de notre guest house, vieux petit bonhomme maigrichon très élégant, vient nous saluer et nous donner nos premières nouvelles de la France. Miss univers est une compatriote, fatche de con, ça c’est de la news, peut être même qu’elle est de Cassis et qu’elle met des piloti? Cocorico pour la poule bardée de sa cocarde! Les ricains ont Trump, nous Miss Univers, on est sauvé pour les échanges commerciaux et diplomatiques outre atlantique.
Nous prenons un bus double étage first classe en direction de Sukothaï à 250 km au nord, 5 h de trajet annoncées. 1h de retard au départ nous permettent de causer un peu avec des français qui eux nous annoncent les autres bonnes nouvelles du pays, les résultats des primaires de la gauche joyeuse, et la déroute de « Fion » qui continue de s’enfoncer dans son caca. Yiiiaaaahhhh . Aujourd’hui c’est mercredi et jour du Canard, je pense à toi Jojo mon père qui va te délecter des nouveaux épisodes de la saga des LR, Les Républicains! Aucun scrupule, aucune honte ces gens là. Moi qui voulais me déconnecter de tout ça, me v’là un tantinet émoustillé.
La route se déroule à 70 km/h en moyenne, les paysages commencent à changer, premières montagnes couvertes de jungle inextricable, pitons rocheux aux couches sédimentaires verticales sortis de nulle part au plein milieu des rizières de ce si jolie vert tendre et lumineux … On respire encore l’air conditionné du bus, mais on tient le bon bout. Après quelques heures de retard nous arrivons à Sukothaï à la nuit tombée. Un tuck tuck nous dépose au Lotus Village, notre guesthouse, juste avant la fermeture. L’endroit est sublimement plus exotique que ce que nous avons vu jusqu’à présent, végétation tropicale luxuriante en pleine ville, bungalows en bois foncé sur piloti, étang et nénuphars. Nous filons, lentement, manger un bout dans une rue à côté. L’ambiance est d’un calme surprenant, les rues sont aérées, clean malgré l’état de décrépitude typique de certaines constructions, on s’y sent très à l’aise, tranquilles, les gens semblent encore plus gentils que ceux déjà croisés, qui l’étaient déjà tellement…

Jour 7. 3 février 2017.


Nous devons aujourd’hui réserver nos tous prochains jours, déjà une semaine de passée et le programme en Thaïlande vise encore au moins 2 spots avant la tentative d’entrée en Birmanie : Chang Maï et Mae Hong Son, au nord. Je galère pas mal pour contacter les adresses qui nous intéressent et qui nous ont été conseillées. Nous passons réserver dans une agence un vol interne entre ces deux villes, le relief montagneux ne permet de les rejoindre que par la route des « 1200 virages »…en très longtemps. Ceci fait nous allons visiter la ville ancienne de Sukothaï, site archéologique lui aussi classé au même titre que le précédent. L’immense parc recèle un ensemble architecturale du XIIIeme post khmer que nous parcourons en vélo. Très arboré, avec des palmiers et d’immenses badians séculaires, l’arbre de Bouddha, le lieu est visité par plein d’écoliers venus croquer ces ruines, assis dans l’herbe rase entretenue soigneusement, à l’ombre fraîche des feuillages. Brijou s’y adonne aussi. Ambiance bucolique à 2 à l’heure. Chouette et tranquille aprem, une très bonne étape. En rentrant à notre chambre je check mes demandes de réservations… Chou blanc! Bah, on verra sur place demain, après les 6 h de bus…


Épisode #3, de Chiang Maï à Mae Hong Son.


Jour 8. 4 février 2017.


C’est par un bus aux amortisseurs fatigués que nous allons rejoindre droit au nord Chiang Maï à presque 400 km. Les montagnes se profilent de plus en plus dentelées et hautes, la végétation est faite de rizières puis étagée de bananiers, ensuite de feuillus de 30 m de haut aux très larges feuilles épaisses comme du carton qui à cette saison hivernale tombent bruyamment de branches en branches, enfin la canopée se termine par des pins aux aiguilles éparses. Le trajet de 6 heures se déroule sans incident malgré le chauffeur un peu fangio qui roule d’ailleurs avec un compteur qui ne décolle pas du zéro, donc à vue. Arrivés à Chiang Maï, appelée la rose du nord, nous sommes sans réservation. Ce sont deux voyageurs français qui nous proposent de partager un tuck tuck et de tenter leur guesthouse qui avait de la place 2 jours auparavant. C’est une haute saison touristique pour cette ville de 250 000 habitants qui monte au million dans la journée. Départ de spots sportifs de randonnées, sports aquatiques, etc. C’est également le we du défilé floral et du Sunday Market. Il reste une piaule dans cet hôtel sans charme, on ne va pas faire la fine bouche, on est là que pour 2 nuits et c’est bien situé dans la vieille ville. Nous partons faire le tour des remparts ou plutôt de la ceinture routière et visitons le marché aux fleurs et ses chars… D’un kitch époustouflant et en même temps réalisé avec une maestria que je n’imaginais pas, tout est trop. Massifs, dragons, animaux, personnages, décors, portraits faits de millions de fleurs, de milliers d’heures de travail. La foule adore et les smartphones s’en donnent à cœur joie. Nous sommes au spectacle. Les stands de bonzaï et d’orchidées sont de la même teneur, magnifiques. On se paume un peu dans le dédale de rues en rentrant, mais l’ambiance tranquille de cette ville s’y prête, flânerie nocturne.

Jour 9. 5 février 2017.


Nous louons ce matin un scooter pour 200 bats la journée, 6€. La virée devrait nous amener au nord de la ville où nous avons repéré une vallée avec plusieurs sites « d’intérêt touristique ». Je suis trop content d’enfin conduire un truc à moteur pour nous sortir où on veut et surtout au hasard de ce que nous serons amener à croiser. Me frotter à la circulation en scooter me ravi, de vraies trottinettes à manier ces engins, ça pèse rien, pas de vitesses à passer, t’accélères c’est tout, tu freines un peu qu’en même, et avec 110cc il y a déjà de quoi tirer nos deux carcasses sans trop fatiguer. Les casques qu’on nous file et que seuls les touristes portent sont du grand n’importe quoi. Ça doit servir à nous repérer dans la circulation plus qu’à protéger nos cervelles. On les met docilement, ça protègera au moins du soleil. Des casquettes quoi. Sortis de la ville on atteint le sommet d’une montagne par une route sinueuse à souhait pour le pilotage et visitons un temple auquel on accèdera par une volée d’escalier de plusieurs centaines de marches dont les murs de rambardes de chaque côté sont deux dragons en céramiques serpentant sur une centaine de mètres. Ce que j’ai trouvé de plus beau pour ma part. Le temple est un lieu de pèlerinage avec relique de Bouddha je crois. Le stupa principal haut d’une vingtaine de mètres est entièrement doré à la feuille, enfin presque. Tout est dans le clinquant et brillant ici. Brijou tirera un bâton divinatoire en secouant un verre qui en contenait plein. La nana d’avant avait tout fait tomber le machin à force de le secouer, j’ai cru qu’avec ces copines qui pouffaient elles allaient jouer au mikado…. Il s’agit d’amulettes en bois, sur chacune est inscrit un numéro qui correspond à un message … Inspiré ! Of course !
On poursuit la balade en empruntant cette vallée désignée et en nous rendant d’abord dans un parc où coule une rivière aux 10 cascades. Très soigneusement aménagé et entretenu nous remontons le cours d’eau sur les 4, 5 premières chutes, fait un peu chaud pour toute l’ascension, un bon 30 à l’ombre, et je suis en p’tite forme, un peu mal au crâne. Mmmmhh???
Nous reprenons la route pour nous arrêter dans une clinique pour vieux éléphants au rencard, le sénat quoi, à part que ceux là avaient tous travailler toute leur éléphante de vie pour des cacahuètes et des bananes. Usés, cassés ils sont bichonnés là avant le départ vers le cimetière légendaire…Le doyen à 91 ans et plus aucune dent, comme son palefrenier ( je ne sais pas comment on dit pour ces bestiaux là). On leur file des bananes, leur flatte la trompe, c’est assez émouvant. On est presque seuls avec le staff, c’est tranquille comme Basile. Kim, notre jeune guide étudiant, fait visiter les installations bénévolement aux touristes étrangers pour ce coltiner de l’english à toutes les sauces et accents. Avec le mien il est servi ! Chouette endroit et initiative, on sent toute l’équipe attentive et précautionneuse envers les pachydermes. Il en existerait une vingtaine dans le pays, fonctionnant essentiellement avec les recettes des stages de soin à la journée vendus aux touristes.
Un peu plus loin on achève le programme par les jardins et serres botaniques royaux, et surtout une balade en boucle sur quelques 500m dans la canopée sur un pont suspendu à 30 m de haut. Les vues en plongée vertigineuse sur les sous bois inextricable et luxuriant alternent avec des visions de cimes aux feuilles nouvelles et tendres à portée de main de pins ou de bambous, se détachant de la silhouette de la montagne d’en face, vaporeuse, soleil déclinant, de quoi se prendre pour Tarzan. Et D’Jéne ! Qui ne la ramène pas de la haut, la peucherette, elle me broie le bras auquel elle s’agrippe. C’est qui l’homme, hein ? Et pi quand ya pas D’Jéne ya pas de plaisir c’est bien connu.
Retour fissa en ville pour restituer le destrier avant de se faire un p’tit resto, qui s’achèvera par une mangue avec un riz gluant frit sucré nappé de lait de coco tiède,  » kao new mamuang « . Divin, tout con, mais divin. Et dodo, plein les mirettes et les gambettes. Je me sens limite fiévreux… Demain on décolle pour Mae Hong Son.

Jour 10. 6 février 2017.


En 35 minutes de vol, pas le temps de dire ouf, nous atterrissons à Mae Hong Song au nord ouest du pays proche de la frontière birmane. Un vol en basse altitude au dessus des montagnes brumeuses, une seule piste pour poser cet ATK 500 double moteurs à hélices et nous voici dans une petite ville de province de dix milles habitants à 800 m d’altitude. Air pur et ciel limpide, mais avec une chaleur dès 10:00 déjà piquante, bah oui on s’est rapproché du soleil mine de rien. Nous passerons deux nuits à Song Tong Hut, guesthouse faite de 8 bungalows en bois sur pilotis dans un terrain en pente dispersés dans les arbres. Magnifique. Louise la propriétaire australienne nous accueille pour un débriefing au milieu de l’espace commun fait de deux huttes sur mats et sans murs, juxtaposées, au centre desquelles un feu de bois crépite doucement à même le sol. Tables et cuisine meublent l’ensemble. Ça c’est de l’open space. Nous rejoignons le centre ville pour réserver demain une sortie accompagnée pour visiter un village Karen, minorité ethnique birmane réfugiée dans cette partie du pays depuis les années cinquante. J’y reviendrai. On arpente cette paisible ville, faisons le tour du petit lac central aux bords aménagés, presqu’aussi clean que la Suisse, visitons inévitablement un premier temple, en bois peint très coloré également sur pilotis et mats tout en horizontalité, au décor désuet et poussiéreux comme un vieux musée privé, on se croirait dans une salle des fêtes de campagne.
Nous louons un scooter pour les deux jours, et entamons d’entrée la montagne où se trouve devinez quoi? Un autre temple, qui domine la ville. On aurait pu y monter à pieds tout droit par des escaliers qu’empruntent les amoureux et les joggeurs. Je n’ai vraiment pas l’énergie et la tête me martèle dès que je grimpe dix marches. On va la jouer tranquille. Les différents points de vue nous permettent d’embrasser l’ensemble des environs à 360°. Ça va être chouette. On redescend au bord du lac pour nous attabler derrière les stands de street food où on se becte un poisson grillé, riz et légumes épicés. Cela cautérise ma gorge qui commence à me chatouiller…
Parenthèse nocturne. Je ne dors pas très bien, la fièvre monte et la bronchite c’est installée, sûrement due à des chauds et froids entre lieux climatisés et étuves. Bref. La hutte très chouette d’aspect n’est par contre pas isolée du tout, faite de bambou et de feuilles tressés, tous les bruits de la forêt résonnent comme à l’extérieur et ça fait un ramdam d’enfer: crapauds, oiseaux, feuilles sèches en « carton » qui tombent, et surtout, truc de dingue, les coqs par dizaines qui tels ceux de Tex Avery chantent, hurlent dirais je même toute la nuit!!! Les enfoirés de gallinacés ! Obligé de mettre mes bouchons d’oreilles pour dormir un tant soit peu…pire qu’en ville, incredibeul !

Jour 11. 7 février 2017.


8:00, mister Ju Niti de l’agence Rose Garden vient nous chercher en van avec un autre couple belge et leurs petites filles pour aller rencontrer cette tribu Karen. Le personnage, jovial, la soixantaine, peau burinée par le soleil, une tronche taillée à la serpette surmontant un corps à la Mowgly tout en muscles allongés, est francophone et fait visiter sa région depuis une trentaine d’année. Il connaît bien sa partie et sa réputation le précède. Nous nous rendons au village Karen en longue queue. La pirogue à fond plat file sur l’eau, on descend le cours, le pilote zigzag entre pierres et repères plantés ci et là. Un acolyte se tient assis en tailleur à la proue et surveille les fonds et guide à travers les rapides. Le paysage est féérique car à cette heure tout est plongé dans les brumes levantes et on devine au fur et à mesure les formes fantomatiques du paysage, des échassiers font le pied de grue alors que des Martin pêcheurs fendent l’air au raz de l’eau. Il fait très frais mais d’ici peu le soleil dardera ses rayons. Nous accostons  après une demi heure de navigation au pied du village isolé qui s’éveille, il doit être 9:00 et nous sommes les premiers visiteurs. Niti impose d’entrée un rythme très lent pour aller à la rencontre des ces gens et en particulier de ces femmes qui sont leur fierté, les long neck ou femmes girafes! Minorité ethnique venue d’abord d’Inde les Karen ont ensuite occupé le nord est de la Birmanie dont ils revendiquaient un territoire. La junte militaire en place depuis les années 50 voulant garder un pouvoir centralisé s’y opposant, des luttes armées de résistance éclatèrent. Une partie des Karen se réfugièrent ici en Thaïlande où ils n’eurent jusqu’à peu même pas le droit de cultiver la terre. Ils exploitèrent donc le filon artisanat et folklore pour faire recette auprès des touristes. Cette tradition des femmes girafes en est un des aspect, le plus attractif. Un collier de bronze plein est enroulé en spirale autours du cou de celles ci, dès cinq ans. Le collier porté en permanence est changé et augmenté avec l’âge, pouvant atteindre 30cm de long pour 5 kg chez les adultes. Cette distinction honorifique est faite aux filles nées à minuit un mercredi de pleine lune! Elles ne sont donc pas très nombreuses. Symbole de richesse et d’appartenance identitaire les jeunes filles éligibles ne sont pourtant plus obligées d’accepter de se soumettre à ce que nous qualifierions aisément de supplices. La chose traditionnelle est souvent plus complexe que ça. Personnellement c’est le côté zoo qui nous faisait hésiter à les rencontrer, mais la manière dont Niti a su nous mettre en relation en toute simplicité avec ces gens limita le côté voyeuriste de notre approche pour nous permettre d’échanger sereinement sur leur mode de vie, visiter l’école, observer le tissage des étoles de coton très hautes en couleurs, rentrer dans les chapelles catholiques, protestantes ou bouddhiques…
De retour en ville nous enfourchons notre deux roues pour une balade à la campagne. Nous traverserons un très long pont piéton de bambous au dessus de champs de rizières emprunté par des monks pour se rendre au temple en face, en cours de construction. Il fait vraiment très chaud, je manque défaillir en grimpant les marches, j’ai les abeilles. Je vais finalement m’assoir les pieds dans l’eau à l’ombre du pont en compagnie de la première vache que je croise, attachée là au bord de la rivière.
Nous reprenons la route après un jus de fruit glacé et allons visiter « la grotte aux carpes ». A l’entrée d’un parc national paysagé coule la rivière Paï, qui prend sa source dans une grotte au pied d’une falaise karstique. Là nagent des centaines de carpes aux écailles bleutées, cernées dans des bassins naturelles. Les plus grandes atteignent presque un mètre. Chéries et sacrées car protégées par Bouddha elles coulent des jours paisibles dans une eau limpide faisant la fierté des Rangers jardiniers qui ne donnent pas n’ont plus l’impression de se faire des ulcères au boulot. Béats, heureux dans leur costume camouflé.
Nous rentrons à Mae Hong Song pour assister au coucher de soleil sur les crêtes depuis l’esplanade du temple. Je m’écroule pour une sieste d’une heure sur le sol chauffé avant le crépuscule sur ce paysage de carte postale que Brijou croque et tente de saisir en photo dans ces derniers mouvements solaires. Encore une belle journée, malgré mon état vaseux.

Jour 12. 8 février 2017.


La nuit a encore été très bruyante, naturellement… A l’aventure, aujourd’hui dernier jour ici se sera au pif, au hasard, au feeling, sans rien chercher de spécial et se laisser surprendre au gré des virages. On a encore du carburant, go. On tourne, on vire, on traverse des villages et c’est au fond d’une vallée en cul de sac que nous nous arrêtons, dans un champ de bananiers. En retrouvant le cours d’eau plus bas nous passons à gué et allons marcher dans les rizières. Ici elles sont en restanque, et l’irrigation s’écoule de l’une à l’autre en petites cascades chuintantes, les jeunes pousses d’un vert tendre se détachent sur le fond de terre noire. Des ouvrières travaillent aux champs, des maçons construisent une bâtisse en dur, les touristes ne s’aventurent pas ici alors ils sont un peu surpris de nous voir. Et nous on est content d’être hors circuits. Plus tard nous traverserons de nouveau un village Karen, après plusieurs gués que nous franchissons avec témérité. Sur un panneau il y a même un « attention sortie d’éléphant », 🙂 que l’on croise effectivement dans une exploitation agricole, sûrement attaché au débardage des troncs.
Il nous faut rentrer pour prendre nos sacs, rendre le scoot et chopper notre avion de retour sur Chiang Maï.
Nous y passerons la nuit avant de nous diriger demain au sud est vers la frontière birmane que nous espérons passer après demain. Nous allons acheter nos billets de bus pour Mae Sot, the check point.

Jour 13. 9 février 2017.


Journée de transit de Chiang Maï à Mae Sot, 6 à 7 heures de bus dans l’aprem. Avant le départ nous allons faire le plein de paracétamol et de sirop médecine traditionnelle, je suis passé en mode antibio, nez qui coule etc, pfffff.
Le trajet est ennuyeux et long mais on en profite pour essayer de mettre en place notre arrivée en Birmanie où les trajets sont très compliqués, peu de routes en bon état et des durées avoisinant les 50 km/h. Nous avions décidé de longue date d’entrer dans ce pays par voie terrestre, ce qui se fait depuis peu de temps. Le check point de Mae Sot est sur la même latitude que Yangoon. Ce passage par des cols montagneux s’avère long. La dernière tranche de route depuis Tak à 100km est un vaste chantier routier et nous n’atteignons pas les 50 km/h sur cette route tout en virage. C’est un projet d’avenir du développement des échanges commerciaux entre les deux pays, mais pas que puisqu’on parle d’un futur axe géant d’Istanbul à Singapour. Autant dire que la fermeture de l’Europe à l’entrée d’Ankara n’est peut être pas un si gros enjeu pour les turcs , la vieille Europe continuant à se croire le centre du monde incontournable, leur avenir est à l’Est, ne nous déplaise, en dansant la javanaise. Brijou a trouvé son occupation manuelle passe temps en fabriquant des bracelets aux crochets, comme Massami le lui a appris. Elle m’offre le premier, et le second à notre voisine de siège. Faut que ça nous porte chance, on n’a pas de piaule pour ce soir. On établi un premier contact avec un autre couple de français qui vont dans la même direction. Ils nous amènent à leur hôtel où il y a de la place et nous partirons passer la frontière ensemble. A suivre.

Épisode #4. De Mae Sot à Mandalay.



La chance nous a souri encore hier soir, Caroline et Anthony  rencontrés dans le bus nous amènent à l’hôtel qu’ils ont eux déjà réservé à Mae Sot, il y a de la place dans ce motel immense de 3 étages d’un autre temps, nous ne dormirons pas dans la rue. Nous convenons de suite de faire un bout de chemin ensemble et partons faire connaissance dans un petit bouge. À presque 35 ans ils ont tout mis au rencard en France pour une aventure de 4 mois ici, 1 déjà passé en Thaïlande, le prochain en Birmanie, puis Laos et Cambodge. Nous décidons de partir traverser la frontière demain matin vers 8:00. Rencontre très sympa.

Jour 14. 10 février 2017.


Nous avions commandé un tuck tuck pour qu’il nous dépose au « border  » à 6 km de là. La route se charge de plus en plus au fur et à mesure que nous en approchons de camions de toutes sortes, taxis, minibus à la queue leuleu, preuve une nouvelle fois que cette frontière récemment ouverte est devenue un axe majeur entre les deux pays. Le tuck tuck se faufile et nous dépose au pied du check point. Nous entamons les formalités de sortie de Thaïlande. Nos deux compagnons sont arrêtés net par les douaniers et mis à l’amende de 500 bats pour avoir dépassé d’un jour leur temps de séjour. Nous les attendons une demi heure le temps qu’ils se mettent à jour dans les formalités d’usage, avant de traverser ensemble à pied le pont de 400 m qui mène par dessus une rivière dégueulasse au poste frontière birman.
De suite le décor change : mendicité, crasse,  la Birmanie sera sale, ici on jette par terre, tout, je n’entrerai pas plus dans les détails on va croire que j’ai des à priori. Les formalités d’entrées sont finalement assez rapides (prise de photos au poste frontière) et l’accueil des agents plutôt goguenard et sympathique. Durée de cette traversée totale en 1,5 h c’est pas si mal.
 Un bonhomme nous accoste vite, pour nous proposer les services d’un taxi qui nous amènerait à Moulmein pour 40€, à 150 km. Le temps d’y réfléchir un peu autour d’un thé dans le premier boui-boui du coin et d’essayer d’apprendre deux trois mots de birman avec les clients, tous habillés de sarongs, grand tissu genre paréo, mais cousu, noué à la taille. Sur la plupart des visages sont dessinés des formes, parfois très artistiques avec du tanaka, pâte de protection anti moustique de fabrication traditionnelle. Des « farrangs » (étrangers) qui disent bonjour, merci en birman… Ça le fait grave. Effet assuré : sourires, fous rires… Brijou est aux Anges ! Et pour animer l’assemblée, qu’elle fait jouer aux devinettes « where we are going ? » elle imite d’une jambe le mouvement que font les pécheurs du lac Inle (tu vois le genre Lolo ?), une jambe qui fait des cercles. Bref c’est un super moment, tout en dégustant pancake et choux fourrés à la viande. Les hôtes sont tout sourire et toute gentillesse. Partager cela avec Caroline et Anthony is just… Perfect ! Chacun y va de sa bonne humeur pour entrer en contact avec les birmans… Ça promet de bons moments. Nous faisons une belle équipe et c’est chouette ! (Enfin, pour les sourires chez les hommes c’est au bétel souvent, cette plante mâchée toute la journée qui pourri et fait les dents rouges, et cracher de longs jets brunâtres intempestifs…pas glop, au point que des campagnes officielles gouvernementales s’affichent sur des autocollants « take care of Myanmar » sur lesquels deux gugus sont invités à ne pas jeter ni à cracher parterre. Les autocollants doivent être trop petits ?).
Nous faisons affaire avec notre homme,  » C’est parti mon kiki  » nous lâche t-il en français. Il nous laisse son téléphone, il est de Inle, une de nos destinations, ça peut servir. Si nous avons besoin de quoique se soit, il nous demande de l’appeler… Quelle générosité et quel bel accueil ! Envers les touristes…
Le temps de faire un peu de change et d’achat d’une carte sim locale pour pouvoir réserver nos hébergements et déplacements et nous voilà partis dans ce break Toyota conduit par un jeune homme de 25 ans maximum (hé oui, ton âge fiston ;-). Enfin presque partis puisqu’il fait encore monter dans le coffre une maman et sa fille… Et leurs bagages ! On tente d’inverser les places mais rien ni fera. On prend soin d’elles, potions et autres fioles contre nausées. Sourires et intentions. D’ailleurs presque tous les breaks sont utilisés ainsi avec passagers dans le coffre, voire même en roulant porte ouverte… La route devient très vite une piste peu carrossable à travers un paysage de savane plane, sèche et clairsemée de feuillus ancestraux plus ou moins parasols. Et le sommet des palmiers est rond ici, sorte de boules au sommet de grands tubes !
Vitesse de croisière… 20 ? 30 ? Une sorte de safari. Brijou ne cesse de demander au pilote s’il y a des « midia  » (crocodiles), son nouveau mot, à chaque ruisseau ou flaque d’eau. Le comique de répétition fait son effet, et malgré l’inconfort du trajet l’ambiance est à la rigolade. Alors que nous cherchons à déposer dans leur village nos deux passagères, sûrement déjà dans un état de talures avancées, mais toutes souriantes, nous tombons sur une rave party mobile tonitruante et complètement incongrue. En effet une dizaine de tracteurs qui sillonnent le bled sont transformés en sono mobiles d’au moins 3 à 4 000 watts de puissance chacune, à vue d’oreille, alimentées par d’énormes groupes électrogènes ancestraux qui font le boulot au rythme d’une musique électronique hard core des plus pointues, infra basses au taquet, devant lesquelles s’agitent des dizaines de jeunes plus ou moins punks en transe, entourés par des aînés bienveillants et sous les regards amusés des anciens. Les rares flics sont dubitatifs, peut être même dépassés j’espère. Je crois comprendre qu’en fait c’est une sorte de joute musicale entre différents clubs ou écoles, comme une sorte de teuf de fin d’année. C’est absolument génial et la chose la plus « avant gardiste » que j’ai vu depuis le début du voyage, un souffle de liberté et de partage entre générations. Une révolution ? Une rébellion ? Il me plait à imaginer la larme à l’œil que ces chars là seront peut être ceux qui balaieront ceux de la junte en place, si si c’est possible, lentement et sans arme. (Oliv’, Dieu ce que ça t’aurait plu, et si tu veux faire la rav’olution c’est peut être bien là que tu devrais venir faire ton Che Guevara! ). Tous ces jeunes gens sont maquillés, filles et garçons, des coupes de cheveux super manga colorés blond ou orange… Et ils sont souriants, dansants, nous accueillants avec chaleur et facilitant notre traversée. C’est surréaliste !
Nous déposons nos passagères et récupérons une route goudronnée jusqu’à destination, Moulmein. À grande répétition de « Tata » qui veut dire au revoir… Facile à mémoriser…
Après avoir pris possession de nos chambres nous partons les 4 à pieds sur « la colline aux pagodes » qui domine la ville. Les rues en terre rouge d’abord empruntées, traversent des quartiers pauvres où les déchets s’accumulent un peu partout, ça se confirme. On va faire avec, on n’est pas là pour donner des leçons ni pour donner des coups de balais ou d’aspirateur (hein Syl ?)
Nous entrons dans un temple à la porte et aux escaliers un peu délabrés au sommet desquels un moine jovial assis nonchalamment nous accueille et nous emmène faire le tour de ce lieu à moitié à l’abandon dans sa partie basse. Derrière les grilles rouillées et cadenassées du temple principal des bouddhas d’une facture très raffinée, aux drapés très détaillés et entièrement ciselés de motifs, aux traits fins et expressifs presque réalistes, posés sur des socles richement décorés de mosaïques de verres colorés et de miroirs, trônent dans la pénombre, poussiéreux, comme oubliés. Je suis surpris et en même temps séduit par cet état d’abandon, tel un Indiana Johns Junior faisant une découverte…:-), d’autant qu’ici à part nous il n’y a nul touriste, c’est l’aventure. En plus du moine, vivent dans cette friche une ou deux familles dont quelques minots qui nous tournent autour en jouant à l’épée avec des bouts de bois, chats et chiens sans collier. Patrick Conelys, c’est le nom de notre moine guide, est très éloquent, content de pratiquer son anglais qu’il a hérité de son père militaire de sa gracieuse majesté, puis devenu bouddhiste par filiation maternelle, birmane. Il se prête avec plaisir au jeu des photos, Anthony et Brijou s’en donnent à cœur joie.
La lumière orangée est de plus en plus rasante et met tout en scène de manière photogénique. C’est un moment et un lieu tout à fait incroyable… La lumière est magnifique, c’est délabré, crade, et c’est juste magnifique de sérénité et de joie. De cette rencontre, d’être là ensemble, du lieu lui même, de ce temps qui s’étire… Nous parlons de la pratique de la méditation, bouddhisme, catholicisme (le père de Patrick était catholique). Tout ça avec fortes mimiques pour se faire comprendre…
Patrick nous entraine dans le temple suivant au sommet de la colline où de l’esplanade nous découvrons à nos pieds toute la ville, le fleuve et les îles qui constituent cet estuaire majestueux sous les rayons du soleil couchant.
Nous demandons notre chemin à deux joggeurs pour rejoindre le bord du fleuve et le night market où nous pensons manger. Reprenant notre chemin nous sommes rattrapés par l’un d’eux qui avec sa camionnette pick up nous propose gentiment de nous y descendre rapidement afin qu’on puisse encore profiter des dernières lueurs sur le fleuve. Ils sont trop cool ! Bah sûrement qu’on leur est sympathique avec notre façon de les aborder et nos dégaines, nan?
Le night market est en fait un regroupement de stands de street food assez classique et plutôt clean avec tables et chaises en plastoc de toutes les couleurs où sont attablés déjà plusieurs centaines de personnes. On s’installe à celles en roses, en bordure de ce périmètre forain. Des gosses des rues  viennent faire la manche, une jeune mère avec mouflets vient nous  faire le grand jeu de la miséreuse, qu’elle est jusqu’aux bout des ongles à n’en pas douter, très abîmée et très à l’ouest même… On leur file surtout à manger, que faire? Ça ne plombe pas forcément notre bonne humeur mais nous fait entamer évidement une discussion à propos, occasion de continuer à faire connaissance, parler des gosses, de l’éducation, c’est en projet pour eux après cette virée. Échanges rapidement intimes sur nos parcours, relations faciles, chouette soirée. On a de la chance.


Jour 15. 11 février 2017.


Au p’tit dej on décide d’aller passer la journée ensemble sur la principale île de l’estuaire, l’île de Biluw, monstre imaginaire bouddhiste, qu’on nommera vite le biloubilou. De 30 km sur 10, l’île, où on cultive en particulier l’hévéas et donc récolte le latex, permet d’y découvrir des ateliers d’artisanats. Le manager de notre guesthouse nous recommande auprès d’un de ses amis propriétaire d’un tuck tuck pour en faire le tour. Il nous attendra à l’embarcadère de l’autre côté du fleuve que nous traversons dans des barques à fond plat avec les autochtones. Les petites embarcations permettront qu’en même le transport d’une dizaine de passagers et de deux scooters. Les bords du fleuve sont une décharge, l’eau y est brune et opaque sur les 5, 600 m de sa largeur à cet endroit, on dirait même que les boues ne sont pas solubles dans l’eau, une sorte de précipité, comme s’il y avait deux liquides qui se disputaient le cours de ce lit. C’est pas là qu’on fera du snorkeling c’est sûr, circulez y a rien à voir comme disait Coluche.
En balade sur l’île notre guide nous emmènera visiter des ateliers de tailles et tournages du bois, pipes, théières, stylos, de fabrication d’ardoises scolaires, si si il n’y a pas que les tablettes tactiles dans ce monde, puis de tisserandes aux métiers archaïques dont sortent des étoffes aux motifs d’une finesse d’orfèvrerie. Chacun de ces artisanats fait à peine subsister très modestement ces ouvriers dont les conditions de travail sont d’un autre temps. Leurs outils qui fonctionnent admirablement bien sont faits d’assemblages ingénieux de bric et de broc, de bois, de clous et de ficelles, parfois d’un vieux moteur électrique, mais le plus souvent animer manuellement ou avec les pieds, d’où sortent des pièces qui gardent le charme du fait main sous tes yeux et de l’objet subtilement unique. Pour pas cher, mais à quel prix pour ces mains agiles? Le tourisme à la fois les faits vivre et les enferme dans cette archaïsme spectaculaire. Dilemme camarades, dilemme ! Où est le progrès ?
Brijou partant photographier dans le village des tissus tire le portrait d’une vieille dame toute en maigreur tirant sur une grosse clope, sorte de cigare local. L’échange entre les deux amène notre petite bande à être invité par la dame à la suivre au centre du village où la communauté achève de préparer dans une énorme marmite une pâté gluante multicéréales qui va être partagée et distribuée dans des petits sachets qu’une ribambelle de gosses sortis de partout vient joyeusement récupérer sagement en file indienne. On nous en distribue avec un verre de thé et on fête avec eux on ne sait pas quoi,  mais c’est la fête et c’est l’essentiel. Brijou et sa petite vieille ne se quittent plus, s’enlacent, moment de grâce émouvant pour tous.
On fini notre petit tour par la visite d’un temple à moitié abandonné et déserté, point de vue panoramique sur l’île. Je pique une sieste sur une dalle chauffée au soleil tel un de ces vieux chiens environnants, mmmhhh.
De retour sur le continent nous réservons notre billet de bus pour demain soir jusqu’à Mandalay, un one shot nocturne de 12 à 14 h. Dernière soirée avec nos compagnons.

Jour 16. 12 février 2017.


Dernière virée aux alentours de Moulmein durant laquelle nous irons en taxi visiter deux sites à une trentaine de km. Empruntant la route qui nous avait mené jusqu’ici nous visiterons d’abord le U Na Auk monastery, somptueux bijoux décrépi, aux boiseries ciselées et forêts de bas reliefs narrant les aventures de vous devinez qui. Le complexe est très étendu avec de magnifiques arbres aux formes fantastiques sortis des décors du seigneur des anneaux. On y flâne, presque seuls.
Sur le trajet notre guide chauffeur nous apprend à compter jusqu’à dix en birman, on répète des dizaines de fois à tue-tête en rigolant. Il est aussi ambulancier est fier de son action. Il partage ce point commun avec Anthony qui est pompier bénévole du côté d’Angoulême. Ils fraternisent d’autant.
Nous visitons pour finir une grotte gigantesque, la grotte de Kayone, grande comme une cathédrale au pied d’une coline karstique, à l’intérieur de laquelle s’alignent les « sempiternels » bouddhas, des dizaines, assis, debouts, couchés. Singes et chauves souris partagent l’endroit, ça met de l’animation.
Nous rentrons récupérer nos sacs et partons pour la gare routière proche, trinquons une dernière fois avec nos copains et zou, c’est parti pour une nuit de bus jusqu’à Mandalay.

Jour 17. 13 février 2017.


Je n’ai pas eu le temps de comprendre ! La nuit décousue m’a mis dans un état second, Brijou me réveille, on est arrivé, il est 6:30, dehors le jour se lève, un marché, des hommes qui parlent fort et s’agitent, on tombe du bus, on récupère nos sacs, un homme m’interpelle , taxi?, euh…? me désigne un jeune type, euh…?  bonjour je m’appelle Jojo oui oui , c’est mon taxi, quel hôtel? , oui oui je connais, vous voulez découvrir Madalay, c’est joli oui oui, je suis tour guide, … , …., ok, ok, on se calme. Nous ne sommes là que deux jours dans cette ville de 2 millions d’habitants hors touristes. Ok ok on va se laisser mener par toi mon gars, t’as l’air réglo. Le temps d’un petit déjeuner continental sur le toit terrasse du Smart Hotel et hop 9:00 c’est parti mon kiki pour la visite guidée. Jojo 22 ans est très pro, parle anglais et français, entreprise de tourisme familiale de père en fils et frères, il connaît son affaire, sait qu’on a peu de temps, va droit au but, nous pose là, nous récupère là, nous pose là, nous récupère là, nous pose là, nous récupère là, temple, temple, pagode, pagode, bateau, calèche, monastère, ponts, île,… Le tout distant de plusieurs km entre chaque, voire en dehors de la ville, boucle de 12h que nous n’aurions pas réalisée sans l’expertise de Jojo, virée pas du tout dans nos rythmes ni nos modes habituels mais qui aura eu l’intérêt d’un grand tour d’horizon, plutôt intéressant. Demain sera un autre jour.

Jour 18. 14 février 2017.


Nous organisons notre dernière tranche du voyage en faisant le compte à rebours de ce que nous espérons boucler, encore 4 spots maximum, 12 jours.
Nous empruntons des vélos de l’hôtel, et partons affronter l’anarchique trafic. Ça ferait un bon titre de chanson rock ça. Il ne fait pas trop chaud, la ville est  plate et quadrillée à l’américaine avec une cinquantaine de rues Nord Sud et pareil Est Ouest. Notre hôtel est sur la 28th, entre la 78th et la 77th, vous voyez? Et là on veut se rendre sur la 35th entre la 78th et la 79th plein Sud donc, c’est facile nan? Je mets un petit temps pour assimiler le système mais après c’est du gâteau à défaut de boulevard, car il faut vraiment oser pour circuler, oser défier les autres, oser faire n’importe quoi pourvu que ça passe, à défaut de signalisation routière. Nous visitons un atelier de fabrication de feuilles d’or en premier, dans la 35th comme je vous disais donc. Feuilles d’or pour la dorure à la feuille donc, ça paraît con comme ça mais ici c’est encore de l’artisanat fait main. Et vu qu’ils en consomment des quantités astronomiques rien qu’en offrandes votives pour recouvrir tout ce qui fait intercession avec là haut, ces petites entreprises ne connaissent pas la crise. Des bougres laminent à la masse entre leurs jambes de l’or coincé entre des feuilles de papier de bambou de telle sorte que le cm2 du précieux métal déjà très fin du départ s’étale en 8 cm2 de quelques dizaines de microns à la fin, au bout de 6h de passage à tabac tout de même! Je ne sais pas quelle est la valeur ajoutée apportée au précieux minerai  pur après ce façonnage mais en sachant la quantité d’énergie musculaire et d’intelligence du savoir faire mises pour aboutir à une telle légèreté et fragilité, comme une image de l’âme, c’est d’un coup à mes yeux ce travail qui devient l’objet précieux, la rareté. Un savoir faire plusieurs fois millénaire et inchangé et irremplaçable c’est pas rien. Dans le genre nous continuons en nous rendant cette fois au marché du Jade dans la 87th entre 41th et 42th rue, 🙂 vous suivez? Le marché est d’abord un ensemble de tous petits ateliers où des dizaines de gars débitent à la meule à diamant arrosée le précieux cailloux sous les instructions d’experts qui repèrent à l’aide d’une petite lampe torche puissante dans la masse translucide les parties les plus pures et rares à faire apparaître et sortir de cette gangue, vertes pour la plus part mais aussi rosées, transparentes ou ambrées. J’ai beau me concentré à les regarder, moi je ne vois rien à part des nuances de couleurs, je ne sais rien et ne comprend rien de cette pureté recherchée. Viendra ensuite le travail de sculpture d’objets ou de mise en forme pour la joaillerie de simples perles ou de bracelets. Je suis fasciné de nouveau par la découverte de tous ces savoirs faire et de la compréhension de la chaîne complexe mise au travail ici pour aboutir à ces précieux objets. Je suis tenté un temps de m’acheter une perle, Brijou n’en voulant pas même une pour cette St Valentin. Elle, elle préfère les tongs…c’est plus raisonnable.

Épisode #5. De Mandalay à Kalaw.

Jour 19. 15 février 2017.


Je reprends le clavier, au fil de l’eau de ce fleuve, l’Irrawaddy, qui va nous descendre en presque 15h de Mandalay à Bagan, alors que la distance n’est que de 250 km. Autant dire une journée de farniente en croisière sur le pont, mais pas n’importe quelle croisière non plus. Brijou a choisi en effet de nous faire prendre le « slow boat », qui comme son nom l’indique va lentement mais pour pas cher, 25€ à deux, et surtout est un ferry fluvial utilisé par les autochtones et quelques voyageurs. Excellente façon de rencontrer des Birmans et échanger avec quelques farrangs. On se cale sur des chaises en plastique vertes à dossier haut, face à la rive à bâbord, les pieds en éventail sur le bastingage, il est 5:30 et il fait frais. Le rafiot japonais de 1955, fait parti de ces embarcations qu’on n’imagine pas un jour rester à quai, indestructible, robuste. Alors l’aspect importe peu pourvu qu’il fasse le boulot. Long d’une grosse vingtaine de mètres, il est constitué de deux ponts ouverts. Le pont inférieur sert à entreposer les marchandises de toutes sortes, le pont supérieur est destiné aux passagers. Ravissement de Miss photographe, qui passera sa journée d’un pont à l’autre, faisant des brins de causettes dans son langage multi-ethnique.
Les étrangers sans être vraiment parqués sont installés vers l’avant sur les chaises de jardin, alors que les birmans eux occupent la deuxième moitié du pont assis ou couchés à même le sol. Visiblement ils ont passés la nuit sur le bateau. Le pont est un patchwork coloré de leurs couvertures flaschies z’et fleuries. Une ou deux femmes tiennent un stand de fruits, gâteaux, samossas, alors qu’un couple à installer à la poupe un comptoir avec trois brasero sur lesquels ils cuisinent riz œufs et curry et vendent des boisons, thé instantané, bières…tout ce petit monde se côtoie cordialement, calmement, et avec de francs sourires. Il n’y a rien à faire de la journée  que de se rencontrer, observer, photographier, manger, dormir, écrire, flâner d’un pont à l’autre histoire de virer de bord. Le poste de pilotage ouvert est en proue de bateau sur le pont inférieur. Le capitaine-pilote se tient accoudé à un comptoir, assis, sur une planche, et conduit sa barque en manipulant sans cesse la barre avec les pieds, en la « pédipulant » donc, :-). Il zigzague au travers du fleuve large de plusieurs centaines de mètres parfois exécutant un parcours invisible et mystérieux entre les bancs de sable. On approche de la saison chaude et sèche, encore plus chaude, et il n’y a pas plu depuis plus de six mois, le fleuve est presque à son plus bas niveau et nous pourrions nous échouer, c’est même annoncé dans les guides. Les rives montrent des strates d’érosion jusqu’à dix mètres plus haut que le niveau actuel, avec des largeurs telles ce sont des millions de m3 supplémentaires qui doivent débiter ici en période de cru, ce doit être impressionnant. Les rivages sont jalonnés d’habitations de fortune isolées de pêcheurs, d’agriculteurs, quelques villages plus structurés avec pagodes dorées, qui sont l’occasion d’escales de débarquement des marchandises. Des villageoises en profitent pour monter rapidement à bord pour venir vendre de la nourriture fraîche disposée sur des plateaux qu’elles portent sur leur tête. Elles sont un peu speed, la concurrence est forte. Les pontons quand il y en a sont fait de radeaux de bambous, sinon on balance deux planches qui relient la berge. Des hommes déchargent sur leur dos des matériaux de construction, nous les regardons du pont supérieur, devisons sur leur courage, leur débrouillardise, leur résistance à des vies si rudes et archaïques, nos culs blancs posés sur nos chaises de jardins, en plastique, vertes.
Ce fleuve kaki traverse des plaines à perte de vue. Des bateaux dragueurs en extraient du sable limoneux, des remorqueurs poussent d’immenses barges pleines de gravier noir, d’autres bateaux de croisières, de luxe, nous doublent ou nous croisent en nous faisant de grands coucous, voyageurs attablés derrière leur table de teck, on pourrait leur crier comme Coluche  » bande d’abrutis! » , « Merci » qu’ils n’y comprendraient rien :-). Les barques de pêcheurs, très allongées de facture solide vraisemblablement en teck se terminent toutes par une volute qui fait penser à la tête du manche d’un violon. Ça change des phallus des pointus marseillais, pas la même poésie. De nombreux oiseaux peuplent les rives, surtout de magnifiques canards blanc et ocre, mais aussi des bandes d’échassiers blancs genre hérons et des étourneaux qui volent au raz de l’eau pour gober les moustiques. J’observe tout ça une grande partie de la journée avec de bonnes jumelles d’approche. J’adore. Les piafs en particuliers, mais pas que. Le champ de vison circulaire cerné de noir et centré sur le sujet m’isole et me permet de me concentrer sur ce que je vois, de le cadrer pour mieux le détailler avec une vision corrigée d’une netteté jouissive pour un  quinquagénaire binocleux… Cet effet chambre noire autours d’une fenêtre, que l’on a aussi avec le viseur d’un appareil photo, rend le voyeur regardeur intime avec son sujet. C’est ce que je ne retrouve pas avec les appareils avec écran, trop de distance. Alors avec les selfis sur smartphone je ne vous explique pas. Nous avons droit bien sûr à un magnifique soleil couchant qui attire tout le monde à tribord. Puis nous naviguerons pendant presque 3h dans une nuit noire sans autre éclairage que le rayon d’une grosse lampe torche manipulée de l’avant et repérant de temps en temps les rives. Les néons éclairant les ponts ont attiré des nuées invraisemblables d’insectes inoffensifs aux grandes ailes que nous devons traverser en fermant nos écoutilles, nez yeux et bouches, dans nos déplacements sur les ponts, ou pour nous rendre dans le cloaque des « chiottes », mot le plus juste pour définir cet endroit glauque, débouchant sur le fleuve qui défile en dessous… 21:00, nous débarquons à Bagan, le graal. Une fichue belle journée.

Jour 20. 16 février 2017.

Le petit déjeuner sur le toit terrasse du Yar Kinn Tha Hotel est un repas complet qui mélange plats traditionnels birman et classique café thé beurre et fruits. Idéal pour partir toute la journée en ayant mis au fond des sacs quelques bananes en rabiot. Programme, les 40 km2 du site de Bagan, en e-scooter. Une première pour nous deux et surtout pour Brijou qui prend sa première leçon de conduite avec un deux roue motorisé avec la manageuse de l’hôtel, adorable comme toutes ces filles et femmes d’une hospitalité absolue. Au delà d’un service au client je veux dire, accueil amical et familiale plutôt. Brijou hésitera un peu à se lancer, mais la facilité d’utilisation de ce truc pour gros fainéant est convaincante: souplesse, silence et zéro pollution! Rendus obligatoires à la location aux visiteurs c’est une noria de ces ovni qui se lance chaque jour à travers les routes et chemins de sable de cette perle birmane, La perle birmane sans conteste à nos yeux qu’est le site de Bagan. Sur cette plaine arborée et de pâturages c’est  une centaine de temples, pagodes et stupas qui ont été érigés ici depuis le IVème siècle jusqu’au XIII ème s pour les plus récents. Leurs tailles varient, de nos chapelles à nos basiliques. Tous ces monuments faits de briquettes sont massifs, aux murs très épais, avec de petites ouvertures ajourées agencées décorativement et faisant claustra. Car nul vitraux ici, l’air circule. La pénombre domine et la fraîcheur des lieux se prête à la contemplation des fresques très graphiques façon vignettes de BD en trois couleurs, noir blanc et ocre. Le sol frais sous nos pieds nus est relaxant. Beaucoup de ces bâtiments sont en partie en ruine et dans leur jus d’origine. Les plus remarquables sont l’objet de restaurations ou consolidations. Sur les plus imposantes structures aux formes entre pastèque et pyramide des échafaudages faits d’un maillage de bambous sont adossés, comme une cloche à fromage gigantesque. Cela donne un effet dedans dehors, sorte de mise en cage qui fait penser aux réalisations de l’architecte Tadao Endo, voire même aux moucharabiehs des résilles de Rissiotti au Mucem, chez nous. Ainsi s’écoule la journée de site en site, pour se terminer en quête de la grande pagode  non loin de l’hôtel pour le crépuscule. Las on se perd un peu, mais sitôt arrêtés se sont deux scooters qui nous viennent en aides spontanément. C’est finalement un couple qui nous propose de se détourner de leur chemin pour nous remettre sur la bonne voie jusqu’à destination 5 km plus loin. Trop gentils encore une fois. Crados et négligents avec leurs déchets indéniablement, mais vraiment trop gentils envers nous et entre eux visiblement. On a presque envie de leur dire de ne rien changer finalement. Peut être que quand ils en auront vraiment fini avec la junte militaire, ces autres ordures qui ont encore droit de vie et de mort et de viols impunis sur certaines minorités ethniques malgré l’accession à une partie du pouvoir de l’égérie prix Nobel de la paix Haung Song Sou Chi, peut être alors auront ils le temps de se pencher plus sur ce problème environnemental qui n’est pas le problème le plus important. On décide de se lever aux aurores demain pour assister à ce spectacle sur ce site magique, même pas classé au patrimoine mondial à cause de l’implantation intempestive en plein milieu d’une tour restaurant par un magnat gendre d’un des militaires encore au pouvoir, corrompu?

Jour 21. 17 février 2017.

On aurait pu y arriver. On aurait pu, mais bon, on reste un peu long à la mise à feu. L’idée de départ en se levant avec le soleil était d’assister au décollage des montgolfières sur le site embrumé, à défaut de pouvoir s’en payer un vol à 380€ par tête de pipe…c’est bon pour les ricains. On se presse comme on peut pour partir, sautons sur nos e-engins et …je tombe en panne de batterie au bout de 2 km, zut. Brijou poursuit son chemin avec les quelques indications que je peux lui donner des repères pris hier, elle file, pendant que je rebrousse chemin en poussant d’un pied  mon scooter comme une trottinette. Heureusement au bout de 10′ un anglais, fair play oblige, s’arrête avec le sien et me remorque jusqu’à notre hôtel. Sympa. On m’en fournit relativement rapidement un plus en état de marche et je peux repartir rejoindre ma dulcinée. Il est bientôt 10:00 et avec cette chaleur les aérostats auront déjà atterri depuis longtemps. Je retrouve Brijou sur la terrasse d’un des temples visiter hier, en train de croquer le paysage en panoramique en traçant des lignes continues des silhouettes des différents plans s’étalant devant nous, ça fonctionne plutôt bien. Je me pose à l’ombre d’un muret de rempart et rédige les notes du récit d’hier que je retranscrirai sur la tablette ce soir, that’s the way. Le lieu est très tranquille et nous y restons un bon moment avant de reprendre nos balades dans cette savane sableuse, cheveux au vent, ou pas, tels des e-sy rider sur nos e-bike. Nous traversons des villages, croisons des troupeaux de grandes biquettes noires et blanches, re pagodes, photographions des gosses curieux et intrépides, certains mendient un peu, normal. Nous visitons aussi, en passant par hasard devant, le musée archéologique de Bagan, imposant bâtiment aux formes de cités impériales de mauvais goût, de béton, bois, carrelage, piliers colossaux couverts de peinture ciselée, un truc de dingo, plafond à caissons sculptés, incroyable immense espace vide,  présentant une collection poussiéreuse très réduite et de peu d’intérêt, à part les peintures académiques répertoriant exhaustivement tous les monuments du site dans leur état actuel, avec plan et coupe et élévation de la forme originale, sorte de planche d’anatomie peinte à l’huile entourée de cadre de bois mouluré, muséographie d’un autre temps et pourtant vieille seulement d’une vingtaine d’année. Boudé par les birmans car construit en grandes pompes par les autorités militaires avec leur goût de chiotte le bâtiment tenu par une poignée de fonctionnaires semble presque abandonné, en tout cas le nettoyage des « Toilet » l’a été lui depuis longtemps… Beurk!
On se fait un dernier sunset avec petite pagode en bord de rivière histoire de s’en remettre une couche plus romantique. Tous le monde se donne rendez vous là, pratiquants et profanes, autochtones et touristes, tous tournés vers l’ouest, (sauf ceux qui font des selfis et qui tournent le dos à la scène pour avoir le soleil dans leur dos), béats jusqu’aux dernières rougeurs, puis chacun file de son côté désertant subitement les lieux comme une envolée de moineaux. Avec très peu d’éclairage public pour s’orienter dans la nuit on rentre peinard pour éviter les nids de poules sur la route défoncée. Après cette belle journée nous bouclons nos sacs pour notre transit demain vers Kalaw.


Jour 22. 18 février 2017.


Plus long qu’annoncé, moins confortable qu’espéré, le déplacement en mini bus bondé qui va prendre presque la journée, pour 250 km seulement à travers une route en chantier,  nous mènera jusqu’à Kalaw, petite ville de moyenne montagne très agréable, à l’air pur, point de départ de randonnées que nous ferons ces prochains jours. La route sinueuse qui nous fait passer plusieurs cols est là encore un immense chantier sur une centaine de km. On élargie du double au moins l’axe d’origine, signe probant de cette ouverture du pays au commerce et à la manne touristique. Ce qui est surprenant ici c’est cette sensation de muraille de Chine faite à la main. Les ouvriers et ouvrières utilisent des outils ridiculement petit face à l’ampleur du chantier, on dépose du gravât à l’aide de cabas en bambou tressé qu’un rouleau compresseur de marque chinoise aplanira, rare machine de voirie, pendant qu’à la main les manœuvres éventreront des bidons en ferraille de goudron chauffé sur un brasero creusé dans le sol, l’épais liquide noir en étant prélevé à l’aide d’une sorte de pelle à poussière métallique pour remplir des seaux à leur tour répandus sur le gravier… Un boulot de fourmis pour un projet titanesque. Mais ça fait du boulot pour beaucoup, d’un certain point de vue. Quand on sait qu’un fonctionnaire touche 50€ par mois ça laisse imaginer le niveau de vie de ces forçats. Quant à nous, arrivés à Kalaw nous logeons dans un chouette hôtel aux nombreuses boiseries, avec fenêtres dominant un peu la ville et vue sur la petite pagode dorée. Chouettes perspectives. Drôles de contrastes. Nous partons au bureau des guides de Sam’s Family qui fait autorité ici en matière de trekking. Je partirai marcher seul demain, Brijou faisant un break pour faire le tour de cette petite ville. Puis nous marcherons deux jours en dormant chez l’habitant pour rejoindre le parc national du lac Inle à une cinquantaine de km.

Jour 23. 19 février 2017.

Je démarre le trekk vers 8:30 en compagnie de deux jeunes suisses allemands de 27 ans voyageant en vélo…sûrement mieux entraînés que moi, et d’une encore plus jeune guide de 24 ans, Schwe Thein, dont c’est le métier…la journée sera peut être un peu un défi ? Bah nan! Et ouf! Car le Suisse est lent, ça se confirme vite, et notre guide pas pressée, ça tombe bien. On entame donc la balade plus que la course à un rythme qui me rassure et me laisse le temps de retrouver mes jambes, il y a un peu de fond qu’en même dans cette vieille carcasse. En partant de quelques 800 m d’altitude nous traverserons des collines rondes culminant à 1400 m, ma Franche Comté natale sous les tropiques en quelques sortes, rien d’insurmontable à priori, surtout qu’une brise légère souffle pour rafraîchir les 30 et quelques degrés ambiants, ce qui donnerait un petit 28 en chaleur ressentie comme on dit à la météo française. Nous avons même droit un temps à la présence de nuages, les premiers que je vois en 3 semaines, que nous accueillons avec joie, mes compagnons suisses n’étant pas forcément les mieux acclimatés du groupes. Le paysage alterne entre jungle sèche avec de grands arbres, badians, pins, bananiers, jaquiers, tek, et vallées agricoles où sont cultivés en terrasses irriguées du riz et des choux ou à flanc de colline des orangés et du thé. Ces dernières cultures remplacent depuis une quinzaine d’années celle de l’opium sur obligations et incitations gouvernementales de la lutte contre les stupéfiants. Paraîtrait que ces paysans s’y retrouvent, leurs huttes de bois sont maintenant remplacées par des maisons en dur, l’électricité est distribuée partout même si parfois pas suffisamment, l’eau est presque fréquente à défaut de courante. On est toutefois pas encore en Suisse hein! Faudrait voir à pas déconner. Les villages sont isolés et gèrent par dessous la jambe et par dessus le talus leurs déchets de plastiques, entre autres, les voies de communications sont des pistes à peine carrossables de terre poussiéreuse rouge, le travail se fait avec des outils archaïques…mais ces gens croisés semblent tranquilles, restent très souriants et toujours aussi hospitaliers. Je ne sais plus trop quoi penser des fois de l’idée de progrès, d’avancées technologiques, de rendements et de rentabilité, etc ? Ceux là ne sortiront sûrement jamais de leur vallée et encore moins ne voyageront avant longtemps malgré la présence des smartphones dans presque toutes les poches ou les mains. Évidement je déconne un peu en disant que j’ai perdu mes repères et mes réflexes d’occidental en voyage, je sais très bien ce qu’on a comme chance d’avoir un niveau de vie, une éducation, une couverture sociale et tout le tintouin tellement plus élevés, mais cette simplicité entre aperçue ici est aussi une leçon. J’enfonce des portes ouvertes, je sais. Je fais mon colibri et ramasse tout du long ce que mon sac à dos de 20 l peut contenir de déchets devant mes pieds, une goutte dans le désert, ma part de la journée (vous connaissez sûrement l’histoire du colibri qui illustre souvent les avant propos de Pierre Rabi? Sinon cherchez sur le net), mais qui est l’occasion de débattre du problème avec ma guide qui aime beaucoup l’histoire du petit oiseau, la jeune génération à qui appartient de relever les défis de ce fichu héritage. Nos suisses si propres chez eux se gardent bien de rentrer dans la conversation, pas très futefutes les lascars, ou alors neutres c’est plus facile. Sympas mais neutres. Bof!
Au final se seront 25 km dans les pattes en 8 h de randonnée par monts et par vaux. J’en ai largement assez. Je suis content de redescendre à Kalaw, qui veut dire le bol. Shwen Thein m’accompagne dans une boutique de disque où je veux acheter un souvenir d’un chanteur populaire ici entendu dans un taxi dont je ne capte rien bien sûr mais dont les mélodies pop sortent du lot de ce que j’ai entendu jusqu’à maintenant. Le jeune chauffeur de taxi le chantait si bien et avec une telle émotion que je suis curieux d’en entendre plus. Ma No. Ça ne s’écrit pas comme ça bien évidement, et l’écriture birmane qui me fait plus penser à un tag reste un mystère complet. Alors trouver la traduction des textes va falloir s’accrocher. Schwen Thein aime beaucoup aussi, surprise que je connaisse. Deux sources recoupées, l’info doit être bonne. Et à 2,5€ la version originale 14 titres… Finalement elle m’emmène chez un coiffeur, dans mon cas un tondeur à zéro, mon seul vrai côté bonze. On se quittera un peu plus tard après que je lui aie appris à ouvrir un compte pour avoir une boîte mail, surprenant cette méconnaissance nan? Histoire de continuer à échanger et de lui transmettre une méthode de français langue étrangère au départ de l’anglais, utile dans le développement de son boulot de guide touristique dont elle passe le deuxième niveau de licence prochainement. Chouette rencontre. Je rentre à l’hôtel, mort de fatigue et courbaturé rapidement in fine. Demain les trekks seront plus faciles. Ouf.

Épisode #6. De Kalaw à Inle.

Jour 24. 20 février 2017.


Après une nuit troublée pour nous deux par ce grand classique qui arrive aux touristes et qui se soignera avec une diète et du cola dégazéïfié…je partirai seul en rando sur deux jours sur quasi injonction de Brijou, à mon corps défendant, elle dans un beaucoup plus sale état que moi, traversée de spasmes qui ce matin la plient encore en deux, la peucherette. Rien de grave mais qui terrasse qu’en même et suppose aussi du repos. Elle me devancera par la route en allant dès aujourd’hui à Inle où je la rejoindrai demain. Je la laisse l’âme en peine aux mains du prestataire de trekk qui transportera nos sacs de voyage jusqu’à Inle aujourd’hui et je pars avec mon groupe en minibus jusqu’à notre point de départ à 30 minutes de Kalaw. Nous sommes 5 avec notre guide, la plus âgée n’a pas 30 ans, Sanna hollandaise d’1,90m monitrice de plongée à Pouket, Thaïland, le plus jeune, notre guide 19 ans et toutes ses dents, blanches, Jordan, birman. Mes compagnons n’ont pas trop le physique ni le look de triathlètes, Serena la jeune coréenne de 24 ans n’a même que des tennis de toile pour marcher, pas forcément les mieux adaptées il me semble pour ce genre d’expérience nan? Alors je devrais au moins tenir le rythme honorablement, mes bonnes chaussures m’ôtant au moins l’handicap de l’ampoule précoce, quitte à fermer la marche. Le dernier du groupe, Léon, hollandais lui aussi, 27 ans, parle beaucoup trop, il devrait vite s’essouffler. Avec 40 km annoncés sur deux jours, les courbatures d’hier, la nuit passée mal passée et seulement un thé dans le ventre en guise de purge je ne suis pas complètement zen face au chalenge sportif engagé. Bah, allez, on serrera les dents, et pas que si nécessaire, et ça devrait passer.
La première journée se déroule dans un paysage agricole très vallonné et sec, rizières en terrasse, coteaux de piments, champs en jachère. On monte autant que l’on descend sur des sentiers peu accidentés et dégagés, on trace plein est. La chaleur à cette altitude de 1000 m est très atténuée par le vent soutenu. Un repas copieux et savoureux préparé par notre guide dans les cuisines d’une maison auberge de village nous est servi, je m’efforcerai de  me contenter d’un riz vapeur et d’eau. Nous faisons petit à petit connaissance, l’ambiance est sympa, le rythme convient à tous malgré le pas un peu pressé de notre guide qui trace la route comme un cabris. Après avoir franchi un dernier col dans une faille d’une falaise karstique nous débouchons sur un plateau cerné de collines au milieu duquel est implanté le village de Padoupa,  » la forteresse » si je comprends bien la traduction qui m’est donnée. C’est là que nous serons accueillis chez l’habitant pour passer la nuit. Pas loin de 200 fermes constituent ce village isolé où il n’y a ni électricité ni eau courante, des rues de terre battue, un vieux monastère en bois et deux échoppes de ravitaillements. Nous logerons à l’étage d’une maison de famille dans un dortoir où sont disposés à même le sol de bambou des tapis, des coussins et des couvertures à volonté aux motifs très colorés, séparés du reste de la maisonnée par un simple rideaux, les parents et leurs sept enfants, adultes pour la moitié d’entre eux. Au rez-de-chaussée la cuisine s’anime autour du foyer de feu de bois entretenu en permanence sur un carré de béton entouré de tapis sur lesquels la vie se passe assis en tailleur, à genoux ou accroupis sur les talons, bref au sol quoi. On cuisine dans des marmites posées à mêmes les braises ou sur un brasero d’appoint. Encore une fois c’est notre guide qui va préparer notre repas du soir, je discute avec lui dans la cuisine, regardant faire puisqu’il refuse mon aide. Le soir va bientôt tomber et nous courons presque jusqu’au dessus des falaises pour admirer le soleil couchant sur l’horizon montagneux plein ouest et sur les champs et rizières en contre bas. Les paysans en bas, minuscules depuis là, regagnent avec leurs attelages de bœufs les villages. Magique. De retour à Padoupa entre chien et loup je découvre le village plongé dans la pénombre, les seuls éclairages provenant de quelques mini leds alimentées par des panneaux solaires qui équipent chaque ferme et quelques feux de bois dans les cours. Ça sent la fumée, la vache et un peu le fumier…complètement déconnecté, le bonheur. Jordan nous a préparé un festin de six ou sept plats, qu’on mangera éclairé d’une bougie assis en tailleur autour d’une table basse. Dehors le ciel explose de milliers d’étoiles dans une nuit limpide, je déambulerai après ce repas à ce seul éclairage à travers le village, marchant dans le bonheur et parfois dans la bouse, sèche … Qui selon le pied porte elle aussi bonheur, c’est connu. Couché tôt comme tout le monde, on vit ici au rythme naturel du soleil. Bien qu’un peu inquiet du sort de Brijou dont je n’ai pas de nouvelles, je suis béat dans cette atmosphère simplement si paisible.

Jour 25. 21 février 2017.

Debout tôt vers 6:00 comme tout le monde, on vit avec le rythme naturel du soleil ici, je vous le disais. Le petit déjeuner est prévu pour 7:00, j’en profite pour aller me balader dans le village d’ici là. Dehors tout s’anime, se dégourdit, s’étire, se réchauffe. Les feux sont ravivés, les bêtes nourries et nettoyées, le bois est coupé, les graines sont battues, l’eau rapportée dans des bidons portés sur la tête depuis la source, le sol balayé… Chacun sa place, chacun sa tâche, hommes femmes enfants bon pied bon œil, enfin presque, avant même que le soleil n’apparaisse franchement de derrière les collines. Expérience inoubliable que ce bivouac, accueillis par une famille et des villageois si chaleureux et contents de le faire, qui m’ont simplement rendu heureux par leur bienveillance et leur hospitalité dans ce cadre hors du temps si exceptionnellement préservé. Quelle chance j’ai eu, merci. Je serais bien resté.
Nous reprenons notre marche vers Inle, 5 h prévues dans un paysage un peu plus verdoyant au fur et à mesure que nous descendons vers le lac. Arrivés finalement en 4 h d’un pas soutenu, nous découvrons ce grand lac long d’une trentaine de km par sa rive ouest. Nous embarquons sur des pirogues à moteurs de 15 m de long et entamons la remontée du lac vers le nord. Nous empruntons tout d’abord sur presque 2 km des canaux très peu profonds d’une couleur brique à travers des jardins potagers flottants aménagés sur des buttes de terre émergentes et hérissées de tuteurs en bambou. Les agriculteurs avec leurs chapeaux pointus tressés, en bambou, y pataugent jusqu’à mi cuisses ou glissent sur des barques qu’ils poussent avec des gaules, en bambou. Des huttes, en bambou, sur pilotis, en tek, parsèment l’ensemble. Le décor lacustre se pose progressivement. Ce lac d’une profondeur maximum de 6 m d’après les guides à cette particularité que l’on y vit dessus et juste au dessus bien plus qu’autour et ce depuis des temps immémoriaux. Si on oublie le bruit pétaradant des moteurs des pirogues et les quelques affiches publicitaires plantées sur les cahutes on pourrait ce croire dans un écomusée préhistorique. Enfin, il faut qu’en même bien cadrer la photo pour y arriver, mais l’idée est là. Nous débouchons plein lac enfin et remontons l’étendue verte étale sous cette chaleur, sur une quinzaine de km accompagnés de dizaines d’autres embarcations traçant dans tous les sens, ou en stationnaire avec leurs célèbres pêcheurs « Intha », les fils du lac, en plein exercice d’équilibristes debout avec leur filets en mains et leurs rames actionnées par une jambe! pour accoster à Nyaungschwe, tumultueuse petite ville où je rejoindrai enfin Brijou. Arrivée la veille encore malade mais rétablie aujourd’hui, elle est partie découvrir le coin en vélo, parcourt campagne et monastères en bois, s’y attarde pour parler méditation avec U Kun Da La, un moine septuagénaire et légendaire ici. J’arrive au Teak Wood Hotel. Celui même où Nicolas Hulot était descendu avec son équipe en 1995 pour un Ushuaia spécial Lake Inle, photo souvenir avec la patronne à l’appui … dont le Vincent Dupuis, pote des Rota, driver de montgolfières !  Épuisé, sale et pas loin de sentir comme un buffalo je rêve d’une bonne douche et d’une sieste… Rideaux.

Jour 26. 22 février 2017.

Nous avons décidé de passer 3 jours encore à Inle, dernier chapitre du voyage avant l’épilogue sur Yangoon, 3 jours histoire de calmer le rythme et de ne pas rentrer épuisés. Par l’intermédiaire de l’hôtel nous avons loué les services d’un piroguier pour passer la journée sur le lac et visiter quelques lieux remarquables inaccessibles la plupart du temps autrement que par ses voies navigables. C’est Sosso, la vingtaine, un Intha, qui va nous guider avec un minot d’à peine 10 ans qui lui sert d’arpette pour les manœuvres du bateau à quai. On fait d’abord le chemin inverse que celui que j’ai emprunté hier, une découverte pour Brijou. Le long canal boueux puis l’embouchure sur The Lake. Elle est très excitée par cette balade qu’elle attend depuis de nombreuses années, avec en tête les images presque mythiques des maisons lacustres sur pilotis au dessus des rizières et de ces pêcheurs Intha dont les prouesses acrobatiques relèvent effectivement des métiers du cirque. Je vais essayer de décrire cette posture folklorique: seul sur une barque plate et profilée de 5 m le pêcheur se tient à la poupe de son embarcation, debout sur une seul jambe, tandis que de l’autre il remue une rame en faisant des 8 avec l’arrière du talon en s’appuyant sur le bord de la barque pour la déplacer, un peu le mouvement godillant des gondoliers, et dans leur bras des filets à lancer ou des nasses à poser…et je rappelle qu’on est sur l’eau ! Maîtrise absolue de l’équilibre et du tangage et de la synchronisation !  Si vous ne vous êtes pas fait le film vous trouverez sûrement un truc sur le net. Évidemment comme c’est du cirque on n’échappe pas à une démonstration en bonnes et dues formes par trois loustics dès l’entrée du lac, pas pêcheurs pour un rond mais poseurs de première classe pour un petit billet, pour survivre du tourisme et nous vendre une carte postale animée à cadrer, c’est le jeu. Brijou jubile et shoot à coup de déclencheur, moi je maronne et marmonne…Bref, ça c’est fait. La traversée jusqu’au Sud Est du lac prend tout de même une bonne heure pour arriver au marché de Indea où se côtoient les artisanats des différents peuples indigènes, pas moins de sept ou huit dans ce coin, Shan , Danou, Karen, … Occasion aussi d’une chouette déambulation et de visites de sites archéologiques sur lesquels la nature a pris le dessus et recouvre de ses racines des stupas en ruines façon « Indie et le temple maudit ». Dans le vieux marché couvert je m’offre une chemise en coton avec boutons et boutonnière tissés et cousus main pour compléter mon look kung-fu David Caradine, très à l’aise et plutôt élégant avec mon pantalon de pêcheur et mes tongs. Un autre look en tout cas qui me fond un peu plus dans la masse locale. Me manque le chapeau pointu tressé en…bambou! C’est bien, je vois que vous suivez! Ça sera peut être pour le prochain voyage ? Nous visitons ensuite des ateliers d’orfèvrerie travaillant l’argent et ceux de tisserands. Nous remonterons ensuite par les canaux traversant les floatting garden. Les Intha, les vrais, pêchent partout sur le lac, le soleil décroît et à notre passage pétaradant les oiseaux s’envolent, à contre jour devant un ciel orangé …cartes postales!

Jour 27. 23 février 2017.

On s’en remet une tournée aujourd’hui. Direction Sud Sud d’Inle pour le lac de Sankar. Notre pilote dont je n’ai pas réussi à comprendre le prénom machouillé à travers des feuilles de bétel qui le font saliver et cracher rouge grave de Roussillon…mettra presque 3 h pour nous y amener. Le plus intéressant étant, comme entre les lacs de Saint Point et  Remoray, ( ça c’est pour les pontissaliens !) les canaux et marais sur une dizaine de km que la barque peine parfois à transpercer, envahis qu’ils sont de plantes aquatiques grasses et flottantes, la profondeur ne dépassant pas un mètre et avoisinant plutôt les 50 cm en moyenne. Dans cet estuaire nous traversons de magnifiques villages lacustres perchés, et sur le petit lac Sankar visitons une pagode aux 250 et quelques stupas parfois datant du XII, puis une distillerie familiale de Saké, dégustation à midi … Je pique une tête dans l’eau douce avec les minots et deux papas qui rigolent de mon crowl pourtant bien développé, 1 2 et 3 respiration, 1 2 et 3 respiration, mais qu’ils ne savent pas nager visiblement, plutôt canards barboteurs. Le décor est splendide, réserve naturelle d’un parc national. Sur les collines les incendies volontaires de cultures sur brûlis galopent portés par le vent. Le retour nous permet au passage de visiter de nouveaux ateliers, tissage de la fibre de lotus, fabrication de cigares et charpenterie de marine à 2500€ la pirogue de 15m en tek, je ne cherche même pas à négocier une ristourne, je reviendrai et paierai cash rubis sur l’ongle!

Jour 28. 25 février 2017.

Dernier jour ici, on loue des vélos et décidons de descendre la côte est du lac. On ne sait pas comment, l’un achète une bouteille d’eau, l’autre fait quelques photo,  mais en moins d’une minute au bout de seulement une demi heure on se perd de vue juste le temps de se tourner le dos, quiproquo … et nous cherchons réciproquement là où on imagine que l’autre aurait pu aller, en vain toute la journée jusqu’à 16h, sans téléphones ni points de ralliement programmés bien sûr …grrrrrr kestafoutu ? La même chose que toi mais à l’envers! Plus d’inquiétude que de mal, petite leçon de logistique en terre étrangère, la prochaine fois on ne fera pas comme ça. « Quand on allait sur les chemins, quand on partait de bon matin, à bicyclet…teu. »
Demain, épilogue, Yangoon…

Épisode #7. De Yangon à Marseille, épilogue.

Jour 29. 26 février 2017.

Ce matin nous quitterons Nyaungschwe et le lac Inle par la route nord en taxi, direction la petite ville de Heho pour prendre un vol intérieur vers notre dernière étape, Yangon. Le plan B eut été de prendre un bus de nuit hier soir, mais la réputation de cette route inconfortable sur une durée de 12h pour 500 bornes dans un bus « congélateur » nous en a dissuadé. D’autant qu’appréhender cette mégapole bordélique sous 40°c à l’ombre avec une nuit quasi blanche assurée nous aurait mis dans les pires conditions pour apprécier ces dernières 48h.  Au sortir de Nyaungschwe nous découvrons une magnifique étendue d’eau, une retenue en amont de la ville qui irrigue les rizières alentours. Il est encore l’heure du lever du soleil, caché derrière les montagnes, les brumes matinales plongent le paysage lumineux dans un camaï​eux de gris, l’eau est un miroir d’argent sur lequel semblent​ figées en plein milieu les silhouettes à contre jour d’un pêcheur accroupi à la poupe de sa longiligne barque et, je suppose, sa baraque en bois sur pilotis, dernières icônes du genre que nous verrons de ce bel endroit, cadeau de départ. Petite frustration aussi de ne pas y être passé précédemment… Sur la route nous croisons pour la première fois des camions de militaires…Les casernes et camps entourés de barbelés sont nombreux dans ce coin là. Personnellement je m’attendais avec ce que j’avais lu auparavant à être beaucoup plus fréquemment confronté aux forces armées de cet état policier. Mais il est vrai aussi que dans le peu de temps que nous avons eu, quinze jours ce n’est rien pour découvrir un pays grand comme la France et la Grèce réunies, surtout à la vitesse à laquelle on peut s’y déplacer, nous ne sommes pas sortis des trajets classiques que les touristes empruntent, invisiblement balisés même quand on voyage comme nous sans tour operator. Nous avons du coup plutôt eut l’impression de voyager comme on voulait dans ce périmètre délimité et dans lequel les birmans semblaient plutôt libres aussi, de se déplacer comme d’entreprendre. Liberté relative bien sûr car c’est surtout la misère sociale d’un grand nombre qui saute aux yeux. Et quand t’as pas le sous tu ne fais pas ce que tu veux, j’enfonce des portes ouvertes en disant ça, à moins d’avoir fait le choix d’une vie d’ascète dans le renoncement, ce qui reste exceptionnel même en pays bouddhiste. Ici l’ordre « mendiant » des moines est très lourdement assisté par toute la population, état compris. Chacun versant pour son salut l’équivalent de 30% de ses revenus, énorme. ​Entre le joug de l’état et celui du bouddhisme la formule de Marx  » La religion est l’opium du peuple! » est ici encore très bien illustrée, et peut être fait taire les consciences ?​ Le peu de propos échangés sur ces sujets socio politique avec ceux avec qui la discussion en anglais était possible révèlent des progrès lents, mais des progrès tout de même vers plus de démocratie, plus de droits sociaux, de liberté intellectuelle. Les rapports actuels des organismes internationaux observateurs sont encore terribles sur beaucoup d’indicateurs de la situation actuelle de ce pays du tiers monde, corruption, droits de l’homme et des minorités ethniques, exploitations des richesses par les puissantes entreprises étrangères, dont notre Total national, tiens donc, vieux relent d’Indochine colonialiste, impérialisme chinois​…​Il y a du boulot pour au moins trois générations de descendants d’Aung Song Soo Kyi! Je gage naïvement peut​ être,​que les rentrées des devises de l’économie du tourisme et les échanges avec les étrangers y contribuent et y contribueront. Si ce tourisme est intelligent et respectueux bien sûr. On sait aussi les dégâts que les grosses chaînes et enseignes sont capables de produire sous couvert d’aménagement de « charmes », et de luxe… Bref. Nous arrivons à Yangon en début d’aprem et posons nos sacs qu’on ne devrait plus défaire pour cette dernière nuit au Thanlwin guesthouse, au nord de la ville à proximité du lac Inlya, pas très loin de ce qui fut la résidence surveillée de la Lady. Il fait bel et bien les 40°c annoncés, on va y aller lentement donc ! Un peu de change d’abord auprès de deux mamans qui tiennent une officine au deuxième étage d’un immeuble vermoulu, puis direction centre ville à 5 km plus au sud dans le quartier de la grande pagode Schwedagon, joyaux mondial du genre. Nous déambulons au pied de la colline sur laquelle est construit cet ensemble, à la recherche de derniers petits souvenirs. Les étales ne manquent pas mais finalement c’est en pénétrant à l’intérieur d’un bazar couvert avec des dizaines d’échoppes de quelques mètres carré chacune où l’on trouve de tout que nous passerons le plus de temps, dans la pénombre et presque au frais. Brijou achète deux balais de paille avec des manches cours en…bambou, à la finition en tresses de plastiques flashies, qu’elle me colle dans le sac à dos. Du plus pur effet pour presque tous les birmans qui gloussent en me voyant ainsi affublé de ces deux manches reconnaissables entre tous les objets possibles et imaginables. Moi qui voulais me fondre au mieux habillé asian fashion discretos, je me serais mis un gyrophare sur la tête que je ne me serais pas plus distingué. D’autant que ces balais sont aussi très connus pour être utilisé pour nettoyer les pagodes par des armées de femmes bénévoles… Je fais un peu mélange des genres, et ça les fait sourire… et nous aussi !​ Nous allons entrer par la porte est de la pagode par un immense et large escalier couvert somptueusement décoré. La lumière pénétrante et déjà un peu rasante découpe l’espace magnifiquement. Arrivés dans l’enceinte nous découvrons un ensemble de stupas, temples et pagodes plus dorés et ornés les uns que les autres, lieux le plus sanctifié par les bouddhistes, leur Saint Pierre de Rome, leur Mecque. La foule de pèlerins et de curieux circule calmement mais aussi gaiement autour de chacun des édifices, tous objets de prières et dévotions. Le stupas principal n’a pas d’équivalent, 38 m de haut et presque autant de diamètre à sa base, entièrement doré à la feuille de plusieurs centaines de kilo du précieux minerai, serti de centaines de pierres précieuses en son sommet inaccessible et invisible du coup pour nous autres misérables rampants, une débauche de richesse à la gloire du Bouddha et des donateurs. C’est étonnant à observer et force l’admiration à défaut de piété pour ma part. On y reste jusqu’au crépuscule histoire de voir les ors s’enflammer et le soleil décliner virant au rouge babybel. Waouh! Nous irons boire un coup et manger ensuite dans les jardins d’une vieille maison coloniale, The House of Memories, qui fut l’état major du général Aung Song, le père de la dame nobelisée, libérateur lui du joug des anglais et des japonais dans les années 50 apportant l’indépendance au pays, avant d’être assassiné par des rivaux cupides, une histoire bordélique de toutes façons ce pays. Les murs sont décorés de photo d’époque et des objets et meubles décorent la maison qui est restée dans son jus. On y mange plutôt bien et pas cher, entourés de quatre lapins blancs qui gambadent en liberté, rien à voir avec la choucroute, mais ça fait « in ».

Jour 30. 27 février 2017.

Réveil presque en sursaut pour Brijou qui se rend compte qu’elle a laissé son appareil photo au resto la veille. Il est 7:00, elle saute dans un taxi…et revient en un aller retour d’une demi heure avec le précieux, ouf. Elle me décrit son arrivée là bas, tout le personnel dormait, étendu sur des paillasses et tapis au sol sur la terrasse du général​… En même temps, sans nous l’être dit nous n’étions même pas vraiment inquiet, presque sûr de le retrouver là où il avait été oublié, sur une chaise, avec le sentiment naïf qu’ici ça ne se fait pas de s’approprier le bien d’autrui, l’empreinte de l’éducation bouddhiste…on idéalise un peu, sous le charme de ces si hospitalières rencontres faites jusqu’ici…persuadés par contre que chez nous l’objet aurait à coup sûr disparu ni vu ni connu vite fait bien fait. Est ce le blues du départ qui nous fait penser qu’il y a des manières d’être ici qui vont nous manquer ? Et du coup en miroir une appréhension au retour dans notre pays, soit disant des droits de l’homme mais où l’incivisme, le manque de courtoisie, la fierté pédante, la prétention, l’individualisme, l’agressivité voire la violence et tout un tas de travers rendent les rapports entre nous désagréables… On se l’est déjà dit et presque à chaque fois en voyageant avec ce même constat : ne nous expatrierions nous pas un jour ? Et ce n’est pas l’actualité des affaires politiques suivies partout dans le monde avec moquerie, il n’y a pas que Trump qui défraie la chronique, qui nous rend fiers de revenir au pays… Non loin d’ici, une dizaine de minutes en taxi, se trouve le musée national de gemmologie où sont présentés les pierres et minerais dont regorge cette terre située au carrefour de plaques terrestres et donc de mouvements sismiques propices à la remontée en surface de gisements de ce qui c’est transformé en profondeur sous la pression tellurique et les plus hautes températures : rubis, diamants, saphirs, jades, émeraudes, lapis-lazuli, or, argent, plomb, uranium…objets d’un savoir faire d’orfèvrerie ancestral mais aussi de toutes les convoitises. La visite du musée un peu vieillot mais au frais, reste intéressante et l’occasion de rapporter quelques souvenirs de petits bijoux de pierres et perles taillées. De retour vers le lac Inlya nous nous rendons devant la maison de la Lady d’où assignée à résidence pendant 15 ans elle donnait rendez vous à ses partisans pour distiller hebdomadairement par dessus son portail un discours de résistance pour la démocratie. L’endroit est banal, sous haute surveillance qu’en même puisqu’il est resté son pied à terre ici. Brijou espère même l’apercevoir, on tente de faire le tour de la propriété murée en passant par le terrain vague d’à coté où se trouvent deux baraques en ruines abandonnées, étonnant, et coincées là entre l’ambassade de Thaïlande et celle de notre célébrité, éh oui on n’est pas à Montreux ici. Depuis le bord du lac en se penchant on devine un peu plus la propriété et surtout on a le point de vue de ce qu’elle eut sous les yeux pendant toutes ces années et qui même face à un lac resta une grande cage, enfermant une colombe. Émouvant, recueillement. De retour à la guesthouse pour une dernière petite salade de feuilles de thé, cacahuètes et riz nous siestons et bouquinons, il fait vraiment trop chaud pour s’aventurer hors d’ici avec nos gros sacs à dos jusqu’à l’heure du départ pour l’aéroport vers 17:00 où nous emmènera gentiment l’un des gars de cette guesthouse familiale tenue par des copains qui viendront tous nous dire au revoir en nous saluant d’énormes sourires amicaux pleines dents blanches…dernières images fixées. J’achète le Canard enchaîné…

Jour 31. 28 février 2017.

15 heures de trajet plus tard, Yangon Bangkok, Bangkok Istanbul, Istanbul Marseille, c’est mon frangin Seb qui viendra nous chercher à 11:30 à Marignane. Le plafond du ciel traversé était bas, il fait 25 °c de moins. Nous rouvrons notre maison, posons nos bagages, défaisons les sacs, un plat de pâtes avec ce que l’on trouve, jusqu’ici tout va bien. Tiens, il pleut ! Le décalage horaire va se faire sentir vers 18:00, déjà le minuit de là bas. On va rendre visite à la famille, contents de les retrouver, le petit Hugo de plus en plus intrépide est bavard, demain Mathis à 14 ans, ça change vite à ces âges là…, mes yeux sont lourds, …, puis grands ouverts maintenant à 3:00 du déjà jour 30, 9:00 à Bangkok. 

C’était bien hein Tintin?

​ On pense à Caro et Antho nos compagnons de route qui nous talonnaient, et poursuivent leur chemin là bas encore 3 mois…veinards.​

Fin de ce récit,

​​

Bises à tous, dernier point​ : .

                                                                            Mardi 28 février 2017.


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