Inde – Sri Lanka 2020

Janvier Mars 2020

Mardi 21 janvier 22:30. Compte à rebours lancé à H – 14…

« Demain c’est la Saint Vincent et on fout le camp ». Ce sera le premier haïku du nouveau voyage, nouvelles aventures vers le levant indien. A suivre…

Épisode #1

Jour#1 Mercredi 22 Janvier.

De Marseille à Mamalapuram.

C’est le départ aujourd’hui et notre fidèle Titi, le marseillais, s’est gentiment proposé pour venir nous chercher et nous déposer à l’aéroport de Marignane pour 10:00, 2 heures avant le décollage. Chose faite à l’heure, tout allait bien jusque là. Une fois qu’on est sur place normalement on ne peut plus rater son avion. Top là, première étape franchie. Surtout que la veille notre pote Laka venait lui de rater son vol pour le Sri Lanka à cause des intempéries de la tempête qui sévissait en midi Pyrénées. Le check in d’enregistrement se déroulait bien jusqu’à ce que l’hôtesse de la compagnie nous annonce que le système est un peu défaillant et que lors du deuxième transit à Bombay pour Madras nos bagages ne nous suivraient pas automatiquement d’un avion à l’autre mais que nous devrions nous charger de les récupérer pour les enregistrer sur l’ultime vol. J’ai de suite tiqué avec un mauvais pressentiment, mais malgré sa bonne volonté elle ne pouvait vraiment rien y faire, et d’après les horaires prévu avec presque 4 heures de marge cela devrait être easy. Allez soyons bons joueurs, roule ma poule, on verra bien. Mais qu’en même…je gardais un truc en stress derrière les oreilles, pas tranquille. Les deux premiers vols jusqu’à Istanbul puis Bombay se déroulèrent bien hormis que nous n’avions rien dormi de la nuit et qu’arrivant à 5:30 heure locale avec un peu les valises sous les yeux mais nos bagages pas en poches, je me suis pris une petite sueur, pas tant par la chaleur moite ambiante supportable, moins de trente degrés, mais par la lenteur avec laquelle la file d’attente de validation des e-visa se décongestionnait entre les mains des quelques employés, sortis tout juste du lit (?), fonctionnant à deux de tension, je découvrais le charme de la nonchalance indienne. Au bout d’une heure debout dans la file nous pûmes aller récupérer nos sacs à dos pour tenter de les enregistrer sur le dernier vol. Dans le bordel d’une fourmilière qui s’ébroue au réveil nous tentons de trouver le guichet de notre compagnie…en vain. Le sablier commençait à plus que sérieusement s’être écoulé et ma chaleur interne a bien grimper. Un employé d’une autre compagnie nous apprend que le vol a été annulé et que c’est Air India qui va nous prendre en charge, sans supplément c’est déjà ça mais qu’il faut recommencer tous les enregistrements effectués 20 heures plus tôt à Marseille, 10 000 km plus à l’Ouest. Nos bagages ne faisant que 10 kg chacun on tente de les faire passer directement en cabine. C’était sans compter avec la vigilance nonchalante, feinte bien que légendaire des douaniers qui peuvent devenir zélés si on les taquine, qui y détectèrent au rayon X la présence de nos couteaux de voyage… : sacs vidés, couteaux confisqués, ou alors retour à la case départ au risque de rater notre avion… grrrr. Je le savais, je le savais dès le début. On abandonne donc les couteaux, tout en marronant, enfin moi, qui ai manqué d’un peu de sang froid, trop fatigué, pour prendre le temps de traverser l’embrouille tranquillement, surtout qu’on aurait eut finalement le temps. Enfin bref :-). Si je puis dire.

Notre dernier vol nous pose donc à Madras Chennai, région du Tamil Nadu donc terre des Tamouls, vers 11:00, où un taxi réservé par notre première guest house va nous emmené à 70 km plus au Sud sur la côte dans la petite ville de Mamalapuram. La course est prévue à 2000 roupies, 26€, pas la peine de s’en priver, surtout vu l’état de fatigue déjà très avancé. Le trafic est dense mais ça roule, anarchiquement, mais ça roule, klaxons à tue têtes, débordements par la gauche comme par la droite, avec conduite à l’anglaise soit disant à gauche! Sur de long kilomètres, dans un paysage plat de chez plat, anti-himalayen, le décor urbain à travers lequel sillonne la double voie alterne entre décrépitude, immeubles inachevés, no man’s land jonchés de déchets, viaducs massifs en béton armé, canaux aux eaux stagnantes, odeurs capiteuses de pourriture et de pollution, chouette comme on s’y attendait et donc pas déçus du voyage. Le charme de l’exotisme. Intéressant. Affalé dans mon siège arrière fenêtre ouverte aux vents et aux effluves, je mate les motos qui zigzaguent, avec des passagères assises en amazone et se tenant sans les mains, certaines textotant même, en saris multicolores et évidement sans casque, souvent sur de magnifiques Royal Enfield de tous âges, surtout rétro, fabriquées ici même à Chennai. Brigitte somnole dans cette torpeur pendant que Mùtù notre chauffeur tamoul me fait la conversation en anglais of course et me rappelle deux trois mots dans sa langue. Très sympa. Il nous laisse à la Blue Moon Guest House, qui de bleue est en fait toute jaune safran et rouge, tenue par Saravanan, un trentenaire beau gars du coin et ultra accueillant, parlant quelques mots de français car vivant avec une compatriote expat’. La chambre est clean et confortable. Quelle bonne idée d’avoir fuit l’enfer de la grande ville pour se cadre calme et dans un paysage plus nature dans lequel on commence à entendre les chants d’oiseaux. Après une petite sieste nous partons flâner au hazard, au bout de la rue par les plages où gisent les énormes barques multicolores des pêcheurs au bord d’un océan tempétueux duquel se déversa ici même le tsunami de 2004, puis au bout le Shore Temple, hindou, de granit à moitié en ruine mais conservé et protégé d’un classement mondial, bi millénaire (?) et érodé, arrondi par le vent et la mer. Puis un marché de boutiques étalages de souvenirs menant à une autre plage populaire où se jettent, tout habillés, des dizaines d’écoliers et familles endimanchées dans des vagues très formées, surveillés par un planton qui s’essouffle dans son sifflet pour contenir son monde le plus prêt possible. Au large un jeune surfeur téméraire et engagé nargue et défie vagues et surveillants. Le tout dans une ambiance de fête foraine aux attractions délabrées d’un autre temps, mendiant borgne enturbané au singe dressé pour quelques pirouettes rythmées à la baguette, traversée par vaches et chevaux en liberté. On rentre en sillonnant les ruelles commerçantes et artisanales tranquilles, petite bière Kingfisher en terrasse à l’étage du Gecko Café accueilli par Bos le boss, adorable, que nous avait conseillé Christian, puis retour à la chambre pour un repas poisson frais riz et saveurs d’ici. Pour une première journée… elle se termine bien.

Jour#2
Vendredi 24 janvier – Mamalapuram

Ce matin au réveil le jetlag se fait un peu moins sentir. Aucun bruit dans la rue, seuls le vent portant le bruit du ressac encore fort de l’océan et le chant de quelques oiseaux dans les arbres du parc en face de la chambre viennent doucement nous réveiller, pil poil pour le petit déjeuner réservé pour 9:00. Saravanan et sa cousine cuisinière nous ont préparé un copieux indian breakfast composé de riz, soupe, crêpe, omelette, papaye, bananes, tchai et yaourt. De quoi tenir jusqu’à ce soir du coup. On démarre lentement, encore empétré du retard de sommeil en ce qui me concerne. Mais on prend aussi le temps de cette petite vitesse car c’est celle des vacances et pas que d’un voyage à remplir. Hors de question de speeder et de courir après tout ce qui nous entoure. On va faire, mais tranquille, comme d’hab. Et puis de toute façon c’est aussi le rythme local alors on va le suivre.
Nous partons à pieds au centre ville où je voudrais acheter une carte SIM avec un abonnement pour la durée de notre séjour, solution qui s’avère par expérience de très loin la plus économique pour pouvoir utiliser les services de mon « téléphone intelligent » et ne pas se faire bananer au retour avec une facture astronomique pour avoir envoyé quelques SMS, réservé deux chambres et consulter trois sites. Renseignements mais je devrais m’en sortir pour 5€ en quasi illimité pour le mois, ce dont je me fiche pas mal, mais qui pour ceux d’ici doit être vital vu comme ils sont tous accrochés à leur portable ici aussi, toutes conditions sociales ou confessions religieuses confondues. C’est confondant. La petite échoppe dans laquelle je vais faire mon affaire s’affère lentement à digérer et régurgiter un flot continu de clients venus recharger la bête. Je fais à mon tour ma demande et doit alors justifier de mon passeport et de mon visa, qui seront épluchés, recopiés et photographiés dans leurs moindres détails, le tout tapé et renseigné par le taulier fort sympathique au demeurant, sur l’interface du petit écran d’un petit smartphone et, et, et avec… un seul doigt ! Résultat, 1 heure pour obtenir le graal et être traqué et marqué à la culotte par big brother jusqu’au fin fond du dernier des trous paumés. Pas grave hein, on a le temps, et je suis ici en touriste incognito… Brigitte partie depuis longtemps aura eu la possibilité de faire au moins trois fois le tour du centre ville. Je passe la moitié de ce non événement en attendant que cela se fasse sur le perron de la boutique assis sur une chaise en plastique d’un rouge passé au soleil à observer le gentil grouillement de la rue, motos et tuktuks pétaradants, bus bondés de pèlerins colorés se rendant aux temples, et… Tiens, un singe descend par la gouttière à 2 mètres de moi, gros comme un chien et s’aventure sur la rue en dodelinant sur ses 4 pattes, queue bien en l’air et en prenant bien soin de regarder à gauche puis à droite avant de traverser comme sa mère le lui à sûrement appris, grimpe en face sur ce qu’il reste d’un arbre puis longe un, puis deux puis trois balcons sur leurs étroites rambardes et disparaît à l’angle de la rue pffttt. Et les trottoirs ? C’est fait pour les chiens ? Je souris devant cette belle intelligence et capacité d’adaptation, m’inquiète un peu du manque de la nôtre, en permanence géolocalisés avec nos machins, mais bien gauches pour traverser ces rues sans risquer de se faire écraser.
Nous achetons quelques fruits, on va se faire un régime bananes en locavore pour une fois, et partons visiter le site archéologique de la ville , The tiger headed rock cut cave. Le site présente sur des monticules et monolithes de granite tout ronds amoncellés et tenant parfois dans un équilibre improbable et magique une série de temples et sculptures taillés dans la masse de la colline même. L’aspect brut et usé par l’érosion voire l’inachevement de certaines pièces montrant les griffures des coups de burin strillant la surface de motifs abstraits, sans ajouts de couleurs leur donnent un aspect minimaliste très contemporain malgré leur 1500 ans d’âge, et bien plus émouvant pour moi que l’exubérance kitch multicolore de la majorité des temples hindous. On y passera l’après midi à flâner, se faisant prendre en photo ou selfie, nous sommes un peu une attraction apparemment, par les visiteurs trés majoritairement ïndiens venus en pelerinage, dans leurs beaux habits toujours aussi chamarés et élégants avec atours de bijoux des chevilles aux narines et maquillages rituels. D’une manière générale nous les trouvons beaux de toute façon, gentils, souriants, accueillants… C’est plutôt très agréable. (Et je ne ferai pas de comparaisons, mais j’ai mon idée sur la question). C’est aussi vraisemblablement le lieu des premiers rendez vous amoureux voire des promesses de fiançailles, couplinets encore accompagnés du père de la future mariée, à distance de sécurité.
La chaleur mine de rien me monte un peu à la tête, les rayons du soleil sous ces latitudes presque tropicales dardent de véritables micro ondes. Pour finir de nous délasser du trajet et poursuivre d’un bon pied le voyage nous finissons chacun de notre côté entre des mains expertes qui nous prodiguent des massages ayurvédiques réparateurs. Mmmhhh. C’est pendant la petite bière de l’apéritif du soir que je fais remarquer à Brigitte que je n’ai vu personne fumer depuis notre descente d’avion, personne. Pour moi ça tombe bien car j’avais pris la décision de longue date d’un nouveau sevrage.. L’indien ici ne fume pas, c’est assez étonnant. Et motivant.

Jour#3
Samedi 25 janvier. De Mamalapuram à Auroville.

5:30. Le réveil sonne. Brigitte se lève pour participer à une première séance de yoga…pas moi qui flémarde jusqu’à 9. Elle enchaînera, dans la foulée de l’éveil des sens, par une autre salutation au soleil levant, photographies de la plage et des lèves tôt, pêcheurs…
Après avoir échangé quelques adresses et numéros de téléphone avec d’autres voyageurs rencontrés à la guesthouse nous quittons ce matin nos hôtes et Mamalipuram pour nous rendre 100 km plus au sud à Auroville,de nouveau drivés par notre précédent sympathique taximan. Presque deux heures de route à traverser ce paysage alternant rizières, marais salants, forêts de cocotiers et vergers de manguiers avant de rejoindre le site de cette communauté coopérative d’Auroville unique en son genre. Nous posons nos sacs à la Rêve Guest House où nous serons logés dans une hutte des plus chiche mais fonctionnelle pour 10 € la nuit en pleine forêt. On sent déjà l’esprit « Mère Nature » qui préside l’état d’esprit du projet aurovillien, la ville de l’aurore…
Le concept en un résumé le plus concentré possible consiste en la création d’une ville en pleine nature sur 20 km2 pouvant accueillir 50 000 habitants avec en son centre un lieu de méditation de yoga dans une architecture futuriste, entouré de parc et toutes infrastructures répondant aux besoins économiques, culturels, sanitaires, pédagogiques , alimentaires centrés sur le lieu et ouvert au monde. La gouvernance du lieu se veut régie par une charte pacifiste et humaniste mettant au centre le développement et l’accompagnement de l’individu par le groupe, et réciproquement l’individu se mettant au service volontaire et bénévole du projet collectif selon ses compétences et disponibilités. Je n’en dit pas plus au risque de dénaturer cette magnifique idée been plus subtle que ces quelques explications, mais vous trouverez toutes littératures sur le sujet, une forme d’eden ? Trés émouvant d’être là, le lieu paisible est chargé ça se sent de manière épidermique. Hélas pour Brigitte il n’y a plus de place au de-là de notre séjour pour les temps de méditation au centre du « matrimandir », symboliquement centre énergétique de cette galaxie. On lui conseille de tenter sa chance tôt le matin en attendant un désistement, un yogi lui promet de prier pour qu’elle soit de la partie, c’est presque déjà un piston. Nous nous baladins dans le parc pour aller voir le « matrimandir », l’attraction, touristique malgré elle. La structure ressemble à une énorme balle de golf dorée, de 30 mètres de haut posée proportionnellement sur un tout petit terrain pelousé, décor digne des studios de science fiction de Star Trek , ou, plus vintage, des BD de Guy L’Eclair. On vient de fêter en 2018 les 50 ans du lieux, mais j’ai tout autant l’impression d’y être en 3 ou 5018. Intemporel.
Nous rentrons retrouver notre baraque dans les bois, plongés dans la pénombre crépusculaire, à pied par les bas côtés de la route principale qui s’avère assez dangereuse, entre le trafic toujours aussi anarchique, et les rencontres inopinées des vaches sacrées et vacantes vers on ne sait où, et qu’on ne saurait surtout pas bousculer. La nuit sous la moustiquaire de notre hutte devrait être calme. Devrait…

Épisode #2
Jour #4 Dimanche 24 janvier
Auroville – Pondichéry

La première nuit dans notre hutte de bois et de bambou fendu, de bel ouvrage faut reconnaitre, fut plutôt agréablement fraîche, la forêt-jungle alentour y étant sûrement pour beaucoup dans ce petit air conditionné qui nous amèna même à nous protéger d’une couverture légère au motif d’un ourson en peluche, j’aurais apprécié au moins un tigre du Bengale, tout de même ! La moustiquaire sembla avoir été utile, aucun intrus à déplorer. Par contre l’isolation phonique, avec des jointures béantes partout, une hutte ouverte quoi, laissa à désirer…car si la nuit fut calme au sens où Dame Nature doit l’entendre, elle n’en fut pas moins sonore et agitée de bruits d’activités et de déplacements animaliers, du plus petit greviillement de quelques phytophages ou rongeurs? à la chute sur notre toit de chaume d’un écureuil ? ou d’un chat ? d’un singe ? d’un serpent ? d’un tigre ? d’un éléphant ? On s’en pose des question fasse à l’inconnu nocturne, ténèbres fantasmées… Mais le plus persistant, et tout du long jusqu’à l’aube siouplait, fut celui d’un chant d’oiseau noctambule pour le coup, qu s’évertua à progresser dans la maîtrise de sa gamme de trilles entêtantes et lancinantes. Je naviguai ainsi toute la nuit entre endormissement et éveil en espérant que ses efforts allait le satisfaire afin qu’il cessa, fissa. Que nenni. Le bougre. Et quand le jour pointa et qu’il voulu bien se faire discret la symphonie fut reprise et entamée par un choeur frissonnant et arythmique d’au moins huit autres espèces de volatiles, reposés et en pleine forme, eux. Faut pas croire mais ça bosse et se relaie en équipe 12h 12h ces bestioles. Les chiens finirent par aboyer et la caravane passer, et nous nous lever.
7:30. Nous avions pris rendez-vous avec un chauffeur de tuk tuk pour qu’il nous dépose tôt au centre d’accueil d’Auroville afin que Brijou se glisse dans la file d’attente d’un désistement possible de la séance de méditation tant espérée au Matrimandir, moi j’irais prendre un excellent café bio indien torréfié sur place et me poser pour continuer à vous écrire en l’attendant. Ça a bien faillit, il y avait même 2 places en suspens, et pis nan faudra retenter votre chance demain ma petite dame. Nous irons donc voir ailleurs si nous y sommes, aujourd’hui direction Pondichéry mon kiki. À une petite dizaine de km d’ici, Bala, notre chauffeur de tuk tuk, pilote devrais-je dire tant l’exercice est téméraire voire inconscient, à m’en faire serrer les fesses et fermer les yeux, si si, nous y dépose au centre ville, jour de marché cacophonique et bigarré, paradis du tout plastique et du textile industriel fashion à pas cher, dans Mahatma Gandy Street sur 2 km de nord en sud de la partie tamoule de cette ville. Ancien comptoir français, où réside encore une communauté de 500 expat’, sur un bon tiers de la ville en front de mer. Z’allaient pas se mettre en banlieue tout de même. La ville bien que pas mal décrépite a un charme indéniable et dégage une belle énergie vivante avec une architecture plutôt stylée coloniale et balnéaire, parcs et rues trés arborés, rien au dessus de 2 étages et sur le littoral une balade digne de celle des anglais à Nice, nan mais. Sans le blingbling, ouf. On se fait un encas à l’étage de l’un de ces vieux bâtiments colons, ex Chambre De Commerce, au 1 rue Suffren, en français sur le fronton, comme toutes les plaques de rues, of course Surcouf, aux abords d’un joli parc. Brijou craque pour des crevettes alors que je choisi un riz biryani végé, très indien: safran, cardamome, choux fleurs et… piment, à m’en faire verser des larmes et reprendre ma respiration entre deux cuillèrées. Si je n’en meure pas, au moins cela m’immunisera t-il des bactéries ou virus de la « tourista » 😦 ?
Sauf, nous allons visiter un chouette temple hindou au nom imprononçable et encore moins écrivable, pire que Illkirchgraffenstaden ! , aux sculptures et décorations polychromes psychédéliques, en pleine cérémonie de darsham, bénédictions et maquillages frontaux au point rouge, plus salissant mais moins permanent qu’au fer, des fidèles processionnaires, dans un tintamarre de cymbales et tambours d’un carillon mécanique façon singe de la pub pour piles Duracel. Plus assez de sous pour les musiciens ici non plus ? Nous poursuivons par la visite de la maison ashram de Sri Aurobindo et « Mére », fondateurs du concept aurovillien, militants pacifistes de la première heure pour l’indépendance de leur pays de « la perfide Albion », ça y est je l’ai placé. Pèlerinage et méditations silencieuses obligatoires autour de leurs tombeaux de marbre blanc, fleuri en permanence par leurs fidèles rapprochés et garants autoritaires du  » laisse tes tongs à l’entrée et éteins ton portable « . D’autant plus de monde qu’aujourd’hui c’est la fête nat’, le D Day, leur 14 juillet, ou leur 4 juin comme vous voulez, 26 janvier 1935, fête de la Constitution indienne, fin du dominiom anglais, rideaux.
Après encore quelques déambulations dans le marché pour s’acheter notre régime de fruits du soir et la p’tite bière du soir itou, nous nous faisons tuktukporter à vitesse grand V jusqu’à notre baraquement so typique, pour finir la soirée autour de l’espace commun et bouquiner, je commence et me régale de « La panthère des neiges » de Sylvain Tesson, ça me rafraîchi, à la douce lumière des néons… Rideaux.

Jour#6
Lundi 27 janvier. Auroville

La nuit tout autant agitée que la précédente fut courte pour moi. Brijou aura dormi comme un loir, c’est peut être là un des premiers avantages de ceux qui savent méditer, dormir d’un sommeil profond en toutes circonstances. Faudra que je médite ça quand je saurai méditer. Y a du boulot. Ce matin la chance a tourné en sa faveur, les prières du beau yogi, Jamanjaï, ont porté faut croire car elle a eut sa place avec le groupe de méditation au sein du Matrimandir. Alleluia. Je l’attends, café, cake et traitement de texte. Elle en revient ravie et flottante, une expérience unique qui ne se raconte pas, mais qui se vit.. J’ai raté l’occasion, j’y aurais eu ma place, tant pis pour moi, ça sera pour ma prochaine réincarnation.
Solitude est le nom du resto bio végé à proximité en lisière de jungle où nous irons manger leurs propres produits récoltés alentour. C’est succulent et créatif, le cadre en plein air avec maison dans les arbres, espace lounge en dessous, balancelle sous les feuillages d’arbres majestueusement déployés, bosquets de bambous de 20 m de haut, Work Shop environnementaux les après midi… Tout est parfaitement intelligent, on ne peut qu’adhérer voire envier. Bravo. Et c’est tout l’ensemble des différentes entreprises de ce projet coopératif qui tente d’aller dans ce sens, à la pointe de l’air du temps d’une prise de conscience qu’il faut et que l’on peut fonctionner autrement, 50 ans d’expérimentations qui en prouvent la viabilité. Chapeaux bas svp. Et pourtant le rêve ne prend pas son envol. Il n’y a pas 10% du projet initial de construit et on quête et vend ce que l’on peut pour financer encore l’achat de terrain, seuls 3000 personnes résident et travaillent sur place dont la moitié d’indiens sur les 50 000 imaginés. Je leur souhaite de ne rien lâcher, et qu’ils en soient fiers et heureux. Ce projet international à son origine avait vu 140 et quelques délégations venir y jeter sa poignée de terre, symbolique pacte d’union. Aujourd’hui ci et là disséminés sur le territoire on trouve quelques pavillons nationaux encore en activité, moins d’une dizaine, d’autres n’ont posé littéralement qu’une pierre ou deux et personne ne s’attend à de nouveaux investissements. J’ai qu’en même l’intuition d’assister là à une lente agonie malgré les quelques belles réussites. Brijou est plus optimiste pour l’avenir du lieu et y croit, par nature. Elle y reviendra peut comme bénévole ?
Nous rentrons à pied par les sentiers pédestres et pistes cyclables ombragés, de sable et terre battue rouges, pour un dernière soirée dans notre hutte… La nuit n’est pas encore tombée. Il fait bon. Nous mangerons ce soir notre première dosa, crêpe farci végé succulente, et une tarte au citron délicieuse, ils sont plutôt bons en pâtisserie, arrosé d’un jus d’ananas fraîchement pressé sous nos yeux. Jusque là tout va bien nan ?

Jour#7
Mardi 28 janvier. D’Auroville à Tanjore

Tant pis pour l’exotisme, cette nuit ce fut boules Quies au fond des esgourdes pour rattraper un peu de mes 2 précédentes, perturbées par les voisins à plumes.
Aujourd’hui nous quittons Auroville pour Tanjore à 180 km sud sud ouest. Matinée farniente ou pas grand chose, redonner de l’ordre aux sacs à dos, bouquiner et chercher des adresses pour la suite, en attendant Bala qui nous déposera à la gare routière de Pondichéry. Là c’est, comment dire, un peu le bordel car on n’est pas du tout sûr de s’être bien fait comprendre sur notre destination, Tanjore qui devient d’ailleurs Tanjavure en tamoul, et chaque interlocuteur y allant de sa proposition, dans un anglais très vague, et dans des écritures locales somme toute trés élégantes mais impossibles, sanskrit , tamoul … Je m’emmêle tout seul les pinceaux en achetant un billet sur Internet pour la bonne heure, certes, mais pour le lendemain, moyen. Finalement on fera confiance au dernier gentil garçon qui, sûr de lui, nous oriente vers un premier bus jusqu’à Chimdambara d’où nous changerons pour un deuxième jusqu’à destination, comme les rois mages, en Galilée… Il faudra compter en heures et non pas en km, départ 13:30 arrivée 20:00, dans les bus publics, sièges assez raides et étroits, bruyants et klaxonnant en permanence, ziguezagues et coups de freins sur des routes cabossées dans un décor laissant peu de place à la nature… C’est un peu comme la méditation, ça ne se raconte pas, ça se vit. Vraiment pas cher mais qué épuisant !
À la fin de cette journée de transit nous aurons débarqué à Tanjavure. Attendus à la Tanjore Home Stay par le couple d’employés dont madame, fin cordon bleu aux dires de son patron, nous aura mitonné un copieux repas traditionnel végétarien de toute beauté : lemon rice, betteraves chaudes, carry de pommes de terre au piment, bananes salées et coco, pain chapati et nam croustillants, vermicelles au lait sucré et cardamome. Un régal. Demain sera un autre jour et le soleil se lèvera sur Tanjore et sa 8eme merveille du monde…

Episode #3
Jour#8 Mercredi 29 Janvier. Tanjavure

La rue qui passe sous le balcon de notre chambre non loin du centre ville s’est animée gentiment à l’aube après une nuit tranquille malgré la proximité du point névralgique de cette cité plus que millénaire. Notre hôte trés attentionné nous a préparé un petit déjeuner salé pimenté sucré de produits frais et élaborés maison. Un repas complet consistant et vraiment délicieux. Je sais que je parle souvent de bouffe mais que voulez vous, on reste français et gourmands même loin de chez nous, surtout curieux.
Le programme de la journée sera simple aujourd’hui. Se rendre au Gangaikondacholapuram… Le moment le plus difficile étant de l’écrire ou de le prononcer. Ça c’ est fait. Nous ferons comme tout le monde ici et l’appellerons donc le Big Temple. Car c’est bien de ça qu’il s’agit. Considéré comme l’un des joyaux de l’Inde du Sud, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce temple hindou vieux de mille ans est surdimenssionné tant par sa hauteur avoisinant les 90 mètres, jamais atteinte à l’époque, que par sa surface occupant l’équivalent de 4 stades de foot, à vu d’oeil. Jouant d’harmonies savantes dans ses proportions où chaque partie est en rapport avec l’ensemble, la hauteur étant de la moitié de la longueur par exemple, à la dizaine de centimètres près, ce jeu des nombres se retrouvant dans les moindres détails du plan. Couvert comme il se doit de sculptures, de granit rouge, jusqu’en son sommet, l’ensemble aurait été érigé selon la technique des pyramides égyptiennes sans échafaudage mais avec des rampes de terre pour permettre progressivement l’acheminement des blocs de pierre tirés par des éléphants. Le tout est ceint d’une double fortification avec meurtrières et douves, car l’époque était belliqueuse ici aussi. Pharaonique. Que dis-je, Bramanique. Dés l’entrée Brijou y est accueillie à brasracourcix par une trentaine de femmes en saris rouge qui viennent l’une après l’autre lui serrer la main et se faire prendre en photo… Quesaco, quiproquo ? C’est vrai qu’elle a un petit air de femme du monde, politique ? avec son fichu sur la tête façon Indira Gandhi, mais qu’en même. On n’a pas tout compris. On déambule dans le site, pieds nus bien sûr, sur un sol chauffé à blanc par le soleil, on pourrait y cuire un steak, végétarien of course, car Nanri la vache sacrée couchée en bronze de 6 mètres de haut au milieu de la cour verait ça d’un mauvais oeil. Je marche en choisissant mes pavements préférant la brûlure au premier degré du granit au deuxième de la brique, cherchant dès que possible l’ombre d’un arbre. Une flaque d’eau éphémère et opportune tombe accidentellement de la cruche portée sur la tête par une femme nonchalante… Je m’y jette, pcchhh font mes plantes, le pied. Nous participons passivement à une cérémonie d’intronisation d’un nouvel officiant bedonnant, au son d’un orchestre de tambours, trompettes et cloches, dans la fumée âcre d’un feu de bois de santal et d’encens. Nous en faisons le tour dans le sens horaire et unique, les pieds collants au sol poisseux d’huile parfumée des lanternes d’offrandes. Nous nous faisons bénir d’un point rouge sur le front, solde de l’achat de bracelets orange en coton tressé, God bless you ! En faisant le tour du déambulatoire de la cour principale nous sommes interpellés par 3 jeunes étudiants de l’université d’histoire de Tanjavure, seule faculté exclusivement tamoule de l’Inde, ils en sont très fiers. Ils sont là pour tenter de rédiger un texte d’explication du lieu et de son histoire, leur patrimoine tamoul, fiers toujours, aux étrangers. Ils nous donnent une leçon sur l’évolution de l’écriture tamoul, si belle, à partir d’un exemple gravé sur tout le pourtour de l’embase du mur sur lequel nous sommes assis, soit sur 400 m de long,,, En plus du selfie groupé de rigueur ils nous transcrivent nos prénoms en tamoul et m’invite à m’y exercer, appliqué et tirant la langue, sous l’oeil de leur smartphone, vidéo qu’ils pourront montrer comme résultat de leur initiative pédagogique à l’intention de leur professeur. Nous échangeons nos numéros et essaierons de nous retrouver ce soir. Il commence à faire très chaud et j’en souffre un peu, besoin de fraîcheur. Nous prenons un rickshaw jusqu’au Tanjavure Palace, non loin mais déjà trop par cette chaleur de mi journée d’un soleil plombant au Zénith, on n’est pas des bêtes tout de même ! Ce palais abrite quelques collections d’objets traditionnels et sculptures de granit et bronze, présentées avec les moyens du bord obsolètes et désuets. Je m’attarde un peu sur un ensemble de jolis pilons et mortiers en granit posés là sur le rebord d’un mur, ancètre du vorwek. Je sais que Brijou aimerait bien en avoir un, de mortier, mais je crois que ceux là ne passeraient définitivement pas dans mon sac à dos. Et ça tombe bien. Sans m’avancer plus je crois bien que c’est l’outil culinaire le plus ancien et le plus commun à toute l’humanité. Et je peux même les toucher et les manipuler à mon tour, connecté. C’est con mais ça me touche ce genre de truc. J’en avais trouvé, enfin vu plus que trouvé, y a plus de quarante ans, j’ étais minot, au milieu du désert du nord Mali mon premier grand voyage lointain, mis à jour par l’érosion du vent sur un site archéologique néolithique non protégé, et pillé en toute impunité par mes accompagnateurs de l’époque, dont des membres de ma famille éloignée … c’est ce qu’on dit d’eux quand on n’est pas fier, ça c’est une autre histoire. Mais j’ai gardé cet épisode en tête, avec une certaine honte je crois. Saint Pilon, priez pour nous. Fin de la parenthèse.
Nous serons en fin de journée de retour au Big Temple pour l’observer au soleil couchant et éclairé de guirlandes multicolores très très très, mmhhh… Enfin chacun ses goûts. Une ultime cérémonie est donnée avec des chants liturgiques en mode transe, avec un leader psalmodiant une litanie continue monotone, soutenue par des choeurs de prêtres reprenant toujours les mêmes mots à des intervalles impossible à comprendre dans leur arythmie, encadrés d’instruments qui semblent improviser complétement free, pire qu’en jazz . Presque de l’électro. Très entêtante musique, intéressant, mais bon, point trop n’en faut. Et si on allait manger maintenant ?

Jour#9 jeudi 30 janvier.
De Tanjavure à Madurai.

Nous quittons notre hôte ce matin, après des salamaleck touchant échangé avec ce vieux monsieur édenté qui fut aux petits soins pour nous. Saluts des mains jointes, « wanakom » et Big Hug, larmes en coin d’oeil… Pas grand chose à ajouter, si ce n’est que ça reste troublant ces feeling qui passent sans filtres, donnés malgré les difficultés de communication verbale. Bref.
Nous voici répartis en bus, publics, en direction de Madurai, à 4, 5 heures d’ici, 170 km dans les mêmes conditions que précédemment… Je fais, histoire de passer le temps un petit calcul mental des différents coûts des moyens de transports qu’on a utilisé ici jusqu’à maintenant. Le moins cher reste le bus public, on s’en doute bien, qui est presque donné, genre moins de 2€ pour 150 km, 15 fois moins cher que le taxi, et… 100 fois moins que le tuktuk… Chacun a ces avantages et inconvénients certes mais tout de même.
Le paysage traversé 50 km avant Madurai est une région de mamelons granitiques qui sont attaqués par des carrières de toutes parts. Des stocks de monolithes cubiques sont dispersés un peu partout dans la pampa, on a peine à imaginer quel était le paysage original, rasé, excepté avant notre prochaine ville étape où subsiste une chaîne de collines, nue et ronde, majestueuse, d’une centaine de mètres de haut sur 2 km de long. C’était comme ça avant ? Probable. J’en viens à me demander si cette dernière est classée à titre de témoignage au moins, j’en doute fort hélas.
Madurai. Madurai se trouve à mi parcours de notre périple, toujours vers l’ouest, légèrement plus au sud. C’est la deuxième ville du Tamil Nadu avec 3 millions d’habitants et aurait connu une période de gloire dans son rayonnement entre le XV et le XVII ème siècle, à la croisée des grands chemins du commerce des épices et de la soie.
Elle fut dès le XI et reste un des grands centres de pèlerinage hindou avec son temple gigantesque de 6 hectares, 5 tours de 60 mètres de haut, 30 000 sculptures peintes, des bassins, des cours intérieures, une salle de danse aux mille colonne sculptées et une moyenne de 7000 pèlerins tous les jours de l’année encore aujourd’hui. Après avoir pris possession de notre nouvelle chambre à l’hôtel IMR International, établissement bien défraîchi, propret, sentant la naphtaline et le vieux ou un truc du genre, nous partons en fin d’aprem visiter une première partie de ce cite historique, ville dans la ville, situé à quelques 500 m. Ça c’est cool. L’extérieur du tour du temple est piéton et en cour de pavage, on dirait les barricades de mai 68. Et pas de circulation ! Incredibeul !On se fait alpaguer par les rabatteurs qui veulent nous faire visiter leurs échoppes de tissus ou d’artisanats, c’est la ville des tailleurs. Ils veulent me rhabiller de pieds en cap, à 2€ la chemise en coton sur mesure c’est tentant, mais non merci, « nandri », 10 fois avant qu’ils abandonnent. Jusqu’au suivant. En prenant un chai dans le coin d’une rue un rabatteur non véhément cette fois nous parle de sa ville, du manque de tourisme, sa famille, la nôtre, la vie au présent. Nous faisons quand même un tour par sa boutique pour accéder à la terrasse qui donne un point de vue sur les toits du temple. Chouette. Là nous y rejoint son collègue, Imran. Présentations courtoises faites, apprenant nos activités il saute sur l’occasion d’avoir une psy sous la main pour lui demander ce qu’ elle pense de ses tremblements de mains incontrolés… Le secret professionnel en tant qu’assistant traducteur m’interdit de vous en dire plus de cet échange d’une heure, incongrue, improbable, amical et très intime. La Brijou en action quoi ! Nous repartons, amis, en lui ayant prodigué quelques conseils sur des pratiques thérapeutiques à l’oeuvre ici aussi, renseignements pris en direct via mon smartphone… Presque je lui prenais un rendez vous tellement il était mûr. Vive l’instant présent !
Nous entrons au temple pour la deuxième fois pour assister en fanfare et trompettes au couché de Shiva allant rejoindre sa belle, Parvati. Tout le temple leur est dédié ainsi qu’à leurs descendants, une floppée.
Il est temps de nous faire nos propres offrandes. Nous entrons dans un restaurant populaire de locaux, le Amirtha Restaurant, pure végé, dont nous ferons notre délicieuse cantine pour le séjour. La rue se vide, les vaches se couchent sur les trottoirs, il est temps pour nous aussi.

Jour#10, vendredi 31 janvier.

Ce matin chaï, coupe de fruits frais et dosa chocolat géantes qui n’ont rien à envier à nos crêpes bretonnes. Nous entrons de nouveau au temple mais cette fois ci pour une visite guidée de plus d’une heure dans un français baragouiné de bonne volonté. On y apprend quelques trucs tout de même, avec force concentration et interprétation. Par exemple que Shiva change de forme, de nom et de monture au gré des événements qu’il vit, et que c’est pareil pour les centaines d’autres divinités, ce qui en fait un panthéon aux lignées incompréhensibles même pour les hindous, c’est dire qu’on n’a pas appris grand chose. On sort du temple pour flâner dans le bazar situé dans une annexe désaffectée mais tout autant sculptée du temple majeur. Ferrailleurs, couturiers, libraires,… Nous sympatisons avec Devy et Raja , couple de commerçants souriants et affables à qui nous achetons quelques dessins naïfs et stylisés de Ganesh, le dieu à tête d’éléphant, pièces uniques dessinées de la main même de la gentille Devy. On tchatche, on tchatche, à l’ombre de ce magnifique lieu, on nous offre thé et café chaï, Brijou offre des bracelets porteurs de souhaits, faits au crochet, se fait commerciale pour la boutique en interpellant les passants. C’est ainsi que par rebondissement nous rencontrons Loki à qui Brijou réussira à faire acheter quelques dessins tout en lui offrant un bracelet en bonus. Nous allions surtout le retrouver plus tard dans la journée. Après une ultime cérémonie défilé au temple, alors que Brijou tourne vire et va méditer avec Ganesh, et que je me pose au bord du bassin du Lotus doré en faisant discrètement quelques étirements et assouplissements tirés du peu qu’il me reste de ma pratique de l’aïkido, mais ça me sert toujours, Loki assis non loin me fait signe et me rejoint. Oh nice to see you again! On entame les présentations plus approfondies et la discute. Ce très jeune ingénieur en informatique voyage seul, habite Hydebarade, une des mégalopoles indiennes du centre du pays et m’explique d’entrée qu’il est plutôt athée, mais en quête de quelque chose de spirituel. Il se sent bien dans ce temple hindou, une possible voie. Il me demande ce que j’en pense ? Euh pourquoi pas mon gars. Il me demande en quoi je crois ? Bah comment te dire ? Peut être un truc autours de l’énergie vitale, un truc un peu vague qui relie toutes choses, moi dans le tout, le tout dans moi, athée, à tendance légèrement animiste peut être, aimant la Nature, pas forcément celle de l’homme, mais curieux de comprendre comment la croyance et la ferveur religieuse a pu permettre de construire de telles choses, plutôt belles, you see ? Anyway… Brijou tente de lui faire comprendre pour elle l’importance du centrage, à travers la méditation, la prière, le taïchi ou le yoga et que la majorité des religions parlent de ça, du contrôle de soit pour être meilleur. Dans le doute visiblement, les yeux un peu tournés au ciel et une moue dans les lèvres qui disent mouais, il acquièsse et dit qu’il va y réfléchir, il aime bien Bruce Lee, c’est déjà ça. On fini par l’inviter à notre cantine en lui disant « you are our host »… Il hésite, puis dit oui. J’insiste et lui dis qu’il ne faut pas être gêné que les choses peuvent être simple entre nous vu que la bouffe n’est pas chère. Quiproquo un peu gênant car nous venions en fait de lui dire que c’était lui qui payait, ayant confondu host, celui qui invite, avec guest celui qui est invité ! Nous finirons tout de même par régler la douloureuse et nous quitter en bons termes avec échanges de numéros et ajouts sur la listes de nos amis fessesdebouc. Il quitte Madurai ce soir par le train, nous demain par le bus. So long guy and take care.

Épisode #4
Jour#10 samedi 1 février
De Madurai à Munnar.

Ficelés comme des saucissons nos sacs à dos sont de nouveau bouclés pour une nouvelle étape. En sortant de la chambre je trouve accroché à la poignée The Indian, le journal national. Je survole rapidement la couv’, le premier cas de coronavirus a été déclaré au Kerala où nous allons gaiement. Ainsi qu’un premier cas au Sri Lanka où nous allons gaiement aussi. Bon. That’s it.
On file s’enquiller un p’tit déj à notre cantine chérie, deux golpa vite fait su’le gaz siouplait, sorte de purée de pommes de terre mi écrasée juste épicée accompagnée d’un chutney de coco, ça j’adore, et d’une salade de fruits frais grenade-papaille-melon-raisin-pomme-ananas-banane arrosé d’un chaï bien sucré. Fins prêts pour affronter un saut de puce à vitesse d’escargot à 180 km plein ouest, destination Munnar. Minimum 4 h avec changement de bus pour atteindre cette première partie du Kerala en montagne. Yes. On devrait descendre de quelques degrés en prenant de l’altitude dans un climat plus tempéré. Le deuxième bus que nous choppons est, pour le moins qu’on puisse dire, de 3eme classe de standing, mais semble robuste. Un bon vieux TATA. Nous nous y installons tout à l’avant pour pouvoir y poser nos sacs sur le coffre du moteur, seul endroit où ils passent. Un tantinet bruyant mais avec une vue bien dégagée pour assister aux prouesses de gymkhana de notre chauffeur moustachu à qui on ne la raconte pas, un expert du virelot. La route ne devient intéressante qu’aux soixante dix derniers kilomètres lorsque
se dresse subitement face à nous un mur de montagnes. Nous quittons une plaine de cocotiers et jungle de palmiers pour l’ascension des montagnes de King Kong sur le manège du grand 8! Et encore cela eut été trop facile. Je vous ai déjà décrit le indian driver style, en plaine et en ville, mais en montagne c’est encore la catégorie au dessus, du délire. Des fada du volant. Avec un pourcentage moyen de 12% minimum, des virages exclusivement en épingle, notre chauffeur ne peut qu’attaquer le circuit à fond de première et de seconde, le compte tour bloqué dans le rouge. Assis à la place du mort nous ne ratons aucune des prouesses de notre pilote, négociant virages sur virages en sur-régime en bout de course de braquage de son gros volant en baquélite noire usée et polie à la paumes des mains depuis au moins 30 ans de service intensif. Le code de conduite tacite fait de notre engin un véhicule prioritaire à la vas y que je te pousse dans mon élan. On se fait un peu doubler par les taxis et les motos normal car on ne doit pas dépasser les 20 km heure de moyenne, 30 en pointe quand les soupapes n’en peuvent plus d’hurler sous nos pieds. Ça chauffe Marcel. Après une petite pause de 10 minutes au premier col à 1600 m, le temps d’éponger notre chauffeur et lui remettre son protège dents nous attaquons une descente sur une route en construction. Notre Sébastien Loeb du jour, confiant dans sa machine, ne se démontera pas et s’en donnera même à coeur joie, lâchant les chevaux à bloc de frein moteur rugissant, au point de rattraper et doubler les frêles véhicules qui avaient eu l’outrecuidance de nous dépasser. (T’aurais vu ça « Chef », un régal de fête foraine, grisant.) Jusqu’à Munnar nous allions vivre l’expérience d’être la petite pulpe au fond d’une bouteille d’Orangina.
Une dizaine de km avant d’arriver nous entrons sur le territoire des plantations de thé. Les montagnes en sont couvertes, le vert tendre des jeunes pousses illumine l’atmosphère vaporeuse, c’est toujours aussi beau. Les constructions sont un peu éparpillées à flanc de montagne, on dirait un peu la Suisse, en plus trash. À Munnar la chambre que nous avions réservée la veille en directe au Zinna Homestay nous fait faux bond, dommage elle était placée, en plein champ retirée de la ville, au calme. On nous propose une autre piaule non loin, au JJ Cottage, sympa aussi et clean mais moins originale, pour seulement 10€ par contre et un restac juste à côté. Velo le gérant est très sympa. Ceux qu’on a rencontré jusqu’ici le sont d’ailleurs tous. Une fois les formalités d’enregistrement toujours aussi minutieusement faites il nous demande quels sont nos plans, pas grand chose à vrai dire, il nous propose alors de faire un half day trek, une grande balade quoi, dans les collines à travers les plantations de thé avec le fils de son cousin. Allez top là, emballé pesé pour demain dimanche 14:00. Pour finir la journée déjà bien avancée nous gravissons le premier sentier qui démarre là en direction d’un mini temple hindou visible d’ici à une demi heure de marche, posé sur un col, noyé dans le thé. Les plantations toutes striées par les sentiers de tailles par lesquels arpentent les coupeuses donnent aux collines l’apparence d’un brocoli géant. Façonnées par plus d’une centaine d’années d’exploitation après le défrichement de la jungle sous l’autorité des anglais, les aménagements des plantations ont arrondies toutes les formes, monts et vallées, comme une bassine de skate parc infini. Des vagues vertes. Le ciel est légèrement couvert, la température est celle d’une fin mai chez nous, le soleil se couche, paisible moment percé par le chant d’oiseaux, dont un qui semble nous saluer en quatre trilles rythmées, « cui cuicui cui », « nice to meet you », dans le ton, je jure que c’est vrai, avec juste un peu d’imagination. Bien plus intéressant que les insanités des twitt de Trump.

Jour#11 dimanche 2 février
Munnar

Pendant que je m’évertue avec mon petit système de mailing list qui bug complet pour finir ma correspondance vers vous autres, Brijou va rencontrer la communauté chrétienne tamoul lors de l’office dominical, tôt. Elle pensait y retrouver une jeune fille rencontrée hier soir sur le parvis d’une des deux églises de la ville, Evangelina, qui aujourd’hui fêtait joyeuse ces vingt ans qu’on n’a pas tous les jours. On se retrouve vers 10:00, sans avoir vu la demoiselle, au sortir de l’église, et partageons un chaï et un chausson fourré aux pommes de terre offert par la communauté, c’est sympa et bien plus nourrissant que l’ostie consacrée. (Brijou me dit que l’homélie en tamoul à laquelle elle n’avait rien pipé bien sûr ne semblait pas aussi intéressante et inspirée que celle de notre bon « pére Joël » à nous. Sans aucun doute ;-).
En attendant l’heure du trek nous longeons par les bas côtés la route principale trés encombrée pour nous rendre dans une mini forêt d’eucalyptus repérée la veille. On passe le terrain de cricket, encore trés pratiqué malgré la décolonisation anglaise, et allons nous poser dans ce parc, arboré exclusivement de ces géants parfaitement longilignes à l’essence si parfumée. L’eucalyptus pousse à cette altitude avoisinant les 1500 m et est utilisé tant pour en récupérer l’huile des feuilles aux vertues thérapeutiques que pour son bois qui alimentera les chaudiéres des fabriques de thé entrant dans le processus de transformation du thé noir. Ce parc pas trés entretenu, mais bon on est en Inde pas à Genève, est un lieu de rendez-vous familial où l’on vient se prendre en photo avec de jolis effets d’ombre et lumière traversant troncs et feuillages, ou de BBQ entre potes selon. Une rivière conséquente le borde, pour autant personne ne s’y baigne…pas franchement clean. Mais verrons nous seulement un seul endroit vraiment préservé ici ? Fort peu de chance. Welcome to India.
Nous partons donc randonner avec notre jeune guide Carti à travers les plantations sur le parcours des Seven Hills. Il bosse sur ces terres en tant que sulfateur, il traite au spray les plantations attaquées par les micro araignées rouges, ou encore les mousses sur les troncs. Il peut aussi se joindre aux coupeuses, si besoin. Mais c’est vraiment le travail des femmes. Un travail que l’on sait évidemment arrassant, doux euphémisme. Le salaire moyen et de 250 € mensuel en pleine saison, août septembre après les pluies de juin juillet, 10 € pour 7 h par jour, femme et homme confondus. Une journée de travail correspond approximativement à la récolte d’une rangée de 100 métres des jeunes feuilles, seulement les 3 dernières, qui donneront dans l’ordre les thés blancs, verts et noirs, selon un procédé de séchage différent pour chacun. Une bonne cueillette est de 50 kg par jour et bien sûr le salaire journalier varie en fonction du poids récolté que tu sois cueilleuse ou cueilleur, 1 kg de thé c’est 1 kg de thé, basta. Carti nous avoue clairement qu’il préfère bosser ici à la montagne en pleine nature et vivre dans cette petite ville où il connaît tout le monde que dans l’enfer des grandes villes où il ne gagnerait pas mieux sa vie. Voilà pour la description que nous en fit notre guide, qui complète son salaire d’employé de la compagnie de thé en faisant du trekking et des courses ou tours en tuktuk pour les touristes comme nous, d’où le nom, tour-iste, celui qui fait son tour au sens initiatique du terme, « et s’en retourne chez lui plein d’usage et raison, vivre parmi ses parents le reste de son âge»*. Bah, on en n’est pas encore là. Carti nous propose et recommande en fin de balade d’assister à un spectacle de démonstration d’art martial local, le kalarippayat. D’abord un peu septiques, on se laisse tenter, c’est dans le village à côté et ça bouclera la journée avec une curiosité. La salle ressemble à une micro arène avec une piste ovale en fosse d’une dizaine de mètres et des gradins autours la surplombant avec une centaine de places assises. La musique diffusée est dans le genre péplum histoire de faire monter la tension. Ce seront alors 6 jeunes gars qui entreront en scène, en solo, duo, trio, pour nous bluffer avec des numéros dignes de bons cirques sur des échanges de sabres, bâtons, boucliers, prises à mains nues, sauts et coups de pieds vertigineux à plus de 2 mètres, perches enflammée virevoletantes et tournoyantes à toute vitesse, traversées de cerceaux en feu… Avec beaucoup d’engagement et de sincérité, après une heure de spectacle à honorer cette culture bimillénaire les gaillards saluent fièrement leur public qui aurait pu leur lever un pouce vers le haut à la façon des romains face aux gladiateurs. Je lâche des Bravo, c’est dire. Chouette et improbable moment. If you are happy I am happy nous déclare Carti lorsque nous remontons dans son triporteur pour rentrer à Munnar à la faible lumière des phares de son rickshaw, éclairé intérieurement de leds clignotantes, fashion Tuning, yeeahh !

Jour#12 lundi 3 février
De Munnar à Fort Cochin

Journée de transit long aujourd’hui, (–/–en bus—————), par les routes toujours aussi exotiques, jusqu’à Cochin, plein ouest sur la côte de Malabar, pour y buller ? Brijou est complètement intégrée qui crache par la fenêtre ses pépins de mandarines.
On change relativement de décor en arrivant dans ce district du Kerala, plus vert en périphérie, plus moderne et clean en ville, relativement hein, mais on sent bien une plus grande richesse flagrante ne serait ce que dans l’allure et l’achalandage des boutiques, une ville qui non seulement
à plusieurs siècles d’histoire commerciale, un port et comptoir incontournable, mais qui continu de profiter du développement économique de l’Inde contemporaine. De l’arrêt de bus nous prenons un rickshaw jusqu’au quartier historique de Fort Cochin, situé sur une des presqu’îles qui constituent la dentelle du littoral ici et le début des fameux backwaters, littéralement les eaux de l’arrière pays. Nous logerons au Leelu Homestay, une maison familiale occupée depuis 5 générations, tenue actuellement par Mr Roy and Mss Leelu. Entièrement restaurée et entretenue de fond en comble, escalier en tek magnifique pour accéder jusqu’à la terrasse du 3eme niveau. Impec, à 30€ la nuit petits déj indiens maison compris. Nous profiterons de la chambre d’un des 3 garçons, tous immigrés avec belles situations professionnelles dont le père est fier, high school graduated, vivants aux States, Canada et Écosse. The Indian intelligency diaspora. Situé idéalement au coeur du quartier pour pouvoir y sillonner à pied et faire le tour de ce que nous pourrons sans se speeder. Nous allons en fin de journée juste à côté assister à un spectacle traditionnel, the best ever d’après Mister Roy, de théâtre Kathakali. C’est la suite et le complément du spectacle d’art martiaux vu hier soir. De bon augure. Dans un joli petit théâtre tout de bois, nous assistons d’abord, avec explication au micro, à la séance de maquillage des 3 personnages qui interprèteront un petit extrait de l’une des cent et quelques scènes du Mahabarata, l’équivalent incontesté et universitairement reconnu comme le pendant contemporain de « L’odyssée d’Ulysse » d’Homère siouplait. Aussi élaboré et codifié que les masques du théâtre Nôh japonais, le résultat d’une heure de travail par les acteurs eux mêmes est fantastiquement beau et expressif. Acteurs muets, une démonstration expliquée au micro nous est faites des différents mimes, postures, gestes, grimaces et mouvements de chaque partie du visage par un des acteurs qui incarnera une jeune fille. Délirant de raffinement et de complexité jusque dans les costumes, coiffures et accessoires. Vient ensuite la scène promise, qui racontera la lutte d’un guerrier héroïque pour ne pas succomber aux charmes d’une sorcière déguisée en jeune fille séduisante, jusqu’à la mutiler pour s’en dépêtrer. Le tout est accompagné en continu de percussions tambours et cymbales stridentes et d’un chant lancinant tout en volutes et voluptés par le narrateur en quasi transe. Je suis scotché par la beauté de l’ensemble tellement incarné par chacun des intervenants tous à bloc dans leur rôle. Je ne sais pas si j’aurais tenu les 8/9 heures du spectacle originalement interprété mais j’en aurais bien repris pour une de plus. J’en sors presque un peu sonné. Super dépaysement, quelle chance.
On va se finir en beauté dans un restaurant, au Fusion Bay, pour déguster la spécialité du chef, un fish moly, darne de poisson cuite avec un curry de coco dans une feuille de bananier, juste bien épicé, délicieux à en lécher la feuille, ce que nous nous retenons de faire car nous savons nous tenir. Et deux Kerala panecake, crêpe de farine de riz fourré façon frangipane et sirop de canne, ça vous dit ? Allez soyons fous, c’est le premier repas de la journée et on va péter le budget, à 8 € chacun, du jamais fait. Après, ceinture ! On trouve moyen de passer devant le seul bar référencé qui a la licence pour vendre des bières, à 95% de blancs becs. N’ayant pas bu une goutte d’alcool depuis 10 jours on peut bien se boire une chopine sans scrupule. Mmmhhh, c’est bon quand même cette fraîche amertume pétillante qui te descend dans le gosier sous les ventilateurs qui vrombissement.

Episode#5
Jour#13 mardi 4 février
Fort Cochin

Ce matin tôt Brijou est parti suivre un nouveau cours de yoga à l’angle de la rue. Bien que la pratique soit plutôt répendue elle aura droit à un cours particulier, rien que pour elle toute seule, une première, avec un très humble prof dont elle appréciera beaucoup l’enseignement. Moi je bulle et j’écris, je fais mon yoga de l’index et du pouce droits.
Après un indian breakfast du tonnerre, beignets de banane salée, galettes de nouilles de riz et coco, curry de pois chiches, salades de papaye et grenade, et milk chaï of course ! nous partons avec l’intention d’arpenter le quartier à pied pour visiter les 4, 5 points d’intérêts que nous avons relevés ou que Mister Roy nous a conseillé.
On commence par la Chinese Beach à 200 m, où il est interdit de se baigner. Ça tombe bien on en n’avait pas envie, et à part les pêcheurs jeteurs de filets on ne voit vraiment pas qui en aurait envie.. De un, le cadre est un chenal portuaire avec trafic de gros bateaux de transport et usines sur l’autre rive, de deux, on reste en Inde… et le problème des déchets de toutes sortes pas biodégradables avant longtemps est récurrent, évidemment ! On peut pourtant imaginer qu’avant le plastique et la pétrochimie l’endroit pouvait être chouette. Y subsiste une promenade piétonne avec quelques stands, qui a du avoir ses beaux jours. Encore une fois dommage. Une des curiosités survivantes est la poursuite de la pêche au carlet, grands filets suspendus à des potences avec contrepoids plongés à une vingtaine de mètres du bord qui attrapent le menu frettin rescapé et résistant. Les machineries ont sûrement été conçues pour du gros, avec au moins 200 kg de contrepoids, moteur débrayable électrique, et pourtant, en voyant les efforts que font les miséreux pêcheurs pour baisser ou relever le filet pour récolter 1 voire 2 kg de poissons gros comme des anchois, on comprend bien qu’ il y a un truc qui ne fonctionne plus. Économie de la subsistance pour ces pauvres bougres, certes, qui fait image pour moi sur le moment de l’ampleur des moyens qu’il faudrait mettre en branle pour commencer à ramasser nos merdes. Pour çà l’Inde c’est assez désespérant… Par où commencer ? Il y a bien ci et là quelques panneaux incitatifs pour le tri sélectif ou la non utilisation du plastique, ou que sais je, ah oui si, de ne plus déféquer dans les rues, en même temps 1 indien sur 3 n’a pas de chiottes, mais c’est ridicule comme campagne. RI-DI-CU-LE. L’état indien, premier importateur d’armes, préfère actuellement acheter 35 avions Rafales à Dassault que de miser sur l’écologie, l’éducation ou la santé, parents très pauvres de la politique du gouvernement. Avec un premier ministre à deux mandats, issu d’une milice d’extrème droite ouvertement libérale xénophobe et anti muslim, ici aussi, sont bien dans la merde. On quitte ce littoral peu ragoutant pour nous diriger à travers le labyrinthe de ruelles vers le Dutch Palace construit aux XVème par les portugais qui en furent chassés par les hollandais qui en furent chassés par les anglais qui en furent chassés par les indiens. Le bâtiment recèle quelques belles pièces de costumes, de magnifiques cartes marines de 3 mètres de long dessinant la dentelle de la côte des environs de Malabar, et de ses multiples lagunes, les fameux backwaters, et une série de très belles fresques hindouïstes au dessin très raffiné dans ses moindres détails décoratifs. Avec interdiction de photographier écrit en gros. Ce qu’enfreignît à ses dépens un jeune étudiant indien qui se prit son quart d’heure de honte warohlien dans la face, le brushing soudain en berne, humilié devant ses potes et le public par la petite gardienne assermentée haute comme trois pommes à genoux, véhémente comme une doberman, que j’aurais pas voulu être à sa place au gamin dediou. J’ai même cru qu’elle allait le faire embarquer. C’ est que ça rigole pas dis donc sur le patrimoine. Enfin on pourrait croire. Et pour l’environnement vous faites quoi? En même temps nous on prend l’avion pour venir ici, alors… On poursuit juste à côté par la visite de la Ginger House, maison des épices où l’on s’achète café et thé massala et Herbal Coffee, dégustés sur place. Puis le quartier juif, ils sont moins d’une dizaine à y vivre maintenant, sa synagogue dont les premières fondations dateraient de l’an 75… déjà en fuite. Le quartier est assez sympa, en boutiques branchouilles et galeries, antiquaires. On y achète seulement de succulentes toutes petites cacahuètes grillées et salées à un marchand ambulant musulman, emballées Impec dans un cornet de journal savament plié. Ces petites billes sont très appréciées ici et les marchands très nombreux. De même que les chips de bananes ou de patates douces. Et mêmes pas grasses, c’est trop tentant.
Ce soir, bières et French fry, une fois, euh non, deux. C’est quoi ce bazar là dis don’?

Jour#14 mercredi 5 février
De Fort Cochin à Munroe Island

Je ne vous refais pas le coup du super petit déj, pourtant c’était vraiment bon. Il y avait des… et puis du… avec aussi… Mmmmh. On enquille ce matin avec notre premier trajet en train de Cochin à Kollam, 120 km au sud, et plus exactement en fait sur l’île de Munroe dans la lagune des backwaters, c’est un peu un pléonasme ce que je viens d’écrire je crois. En gare de Cochin nous avons 2 heures d’avance avec un départ pour 12:30. Notre dernier hébergeur nous avait fait promettre d’aller nous procurer des masques filtrant en pharmacie, une recommandation du gouvernement annoncée ce matin dans les journaux pour ceux qui habitent où ceux qui se rendent dans le sud du Kerala où 3 cas d’infection au ”nCov19” ont été signalés, notre destination. Brijou en revet un, je tente quelques secondes de me nouer un mouchoir en tissus comme quelques uns autours de nous, mais il fait décidément trop chaud la dessous… Ça serait tout aussi con de mourir étouffés de chaleur nan ? Pour l’instant l’ambiance n’est pas à la panique, ouf. Le train part à l’heure précise, waouh ça fait bizarre, et pourtant ce n’est pas un train derniere génération de chez Alstom capable de dépasser les 300 km/heure. Non non un train électrique tout con qui déssert plein de gares et rend bien service à beaucoup de monde pour pas cher, cadeau presque, 1 € chacun, même pas le symbolique hein, c’est le juste prix public quoi, pas vite certes mais presque gratuitement à l’heure, c’est pas compliqué pourtant. On roule fenêtres et portes ouvertes, ça permet de découvrir le paysage à 50 km/h de moyenne, j’adore. On descend presque train en marche à la gare de Munroerututtu, mignon nan ? sur Munroe Island.
Nous avons réservé 3 nuits au Eternal Isle chez Swathwaseela et Suigetha qui se réaliseront être un adorable couple. Nous sommes encore une fois chez l’habitant dans une maison fraîchement rénovée dans un cadre rurale, pour 10 balles la nuit, et accueillis comme la famille, très rapidement dans une intimité touchante malgré le barrage de la langue qui ne permet pas forcément de rentrer dans des conversations bien approfondies. Après le rythme des derniers jours j’avais envie de me poser, on aura vraisemblablement trouvé le cadre idéal ici. Nous empruntons deux vélos pour une toute petite virée d’une dizaine de bornes à petite vitesse, il fait en effet fait assez chaud mais on est presque à l’ombre par contre mes pneus sont dégonflés avec des valves cassées qui ne me permettent pas de palier au problème d’un coup de pompe, le vélo ne tient pas la route et pèse une tonne, donc on y va slowly. On est à quasi zéro mètre d’altitude à fleur d’eau de la lagune passant par des chemins entre mangrove et jungle, à travers un maillage de canaux, de bassins et d’étendues d’eau. L’habitat des locaux ou pour touristes, les échopyes y sont disséminés sans véritablement de noyau villageois. Les rayons du soleil jouent à cache cache avec les palmes, on baigne dans un vert humide et lumineux. C’est tout simplement magique. On tombe pendant une période de festival hindou et de la musique résonne de partout en permanence des différents temples. Ajoutez le chant des oiseaux, le vol des échassiers, des rapaces ou encore plus somptueux celui des kingfisher, martin pêcheurs au plumage bleu électrique, et vous vous dites « là on est bien Tintin ». Nous tombons sur un temple tout en ébullition avec musiciens en pleine répétition de la fête de demain. Ça risque d’être chouette.
En rentrant à la maison, – je dis la maison car j’ai l’impression d’y être, 3 chambres d’hôtes, 1 chambre pour les proprio, salon, table commune, cuisine, jardins, terrasses, comme chez nous pour ceux qui connaissent notre maison d’hôtes – nous faisons la connaissance de nos coloc, Luzia et Rafi, trentenaires suisses allemands de Zurich. Ils bourlinguent depuis quelques semaines et se font un road trip à moto dans le Kerala pendant deux semaines, sur une Royal Enfield Classique 350 cc, un robuste monocylindre légendaire et ultra répendu ici, tout en couple et souplesse du bas moteur, avec un joli pop pop pop pop bien sourd et grave dans l’échappement, je les envie un peu… Beaucoup. Passionnément. Ils proposent d’entrée d’aller acheter des bières pour trinquer ce soir, ils ont du savoir vivre ces jeunes aventuriers.

Jour#15 Jeudi 6 février
Munroe Island

Debouts 5:30 ce matin pour un tour, boating, en barque en compagnie de nos coloc. Il fait nuit quand nous embarquons, tenus par la main par notre rameur. Les 5 assis les uns derrière les autres dans cette étroite barque de 7/8 mètres de long, Bao nous fait glisser en silence dans la pénombre. Tout est encore endormi autours de nous ou presque. Quelques craquements dans les arbres, un clapotis sur le rivage, la rame qui frotte la coque………… On se baisse pour passer sous les ponts, toujours sans un mot, chacun est concentré sur l’atmosphère paisible qui nous entoure, Les silhouettes des cocotiers et palmiers se détachent progressivement dans les violets de l’aube, l’intérieur des maisons commencent à vasciller sous le tremblement jaune des premières ampoules, tout en miroir et symétrie dans le reflet de l’eau dormante. Waouh. Nous débouchons sur une grande étendue que borde la mangrove, face au soleil levant. Bao se tient maintenant debout à l’arrière et nous propulse à l’aide d’une grande perche en eaux peu profondes, toujours aussi silencieusement, religieusement. Les oiseaux prennent leur envol, c’est l’heure de pêcher. Des rapaces tournoient et piquent droit pour se redresser au raz de l’eau le temps d’y plonger leurs serres, aussi tôt refermées sur leur proie qu’ils dévoreront au sommet d’un cocotier. Des pêcheurs commencent eux aussi à relever leurs filets, le poisson est assez abondant par ici. On l’élève d’ailleurs aussi en ferme dans des bassins protégés des oiseaux par d’immenses filets bleus suspendus. Sur le chemin du retour aux abords d’un canal un homme redescend d’un palmier d’où il aura récupéré une noix grosse comme un ballon de foot dont on soutire un jus naturel, le Todi. Bao l’interpelle et nous propose de nous arrêter pour en boire un verre fraîchement récolté. Très légèrement fermenté le goût se rapproche d’une limonade un peu salé. Conservé 12 h de plus, celui de la veille donc, a un taux d’alcool avoisinant les 5 degrés et perd tout son sucre pour donner une sorte de bière blanche, toujours salée par contre. Et au petit matin sans rien d’autre dans l’estomac faut être amateur, surtout légèrement tiède. Boisson complètement naturelle par contre, riche et fortifiante, à ne pas mettre dans les biberons toutefois, sauf si le gosse braille et vous empêche de dormir depuis une semaine et que vous êtes au bord d’un nervous break down.
Il n’est que 9 heure lorsque nous débarquons, et la journée aura commencé sous les meilleures auspices.
Après le indian breakfast… Brijou part en exploration à vélo, je bulle sous le ventilo de la terrasse. Elle revient de son tour avec de magnifiques photos de la toilette d’un éléphant qu’on frotte, lustre et pédicure pour la fête de ce soir. On y attend une dizaine d’éléphants dans leurs apparats rutilants, représentants de chaque village des environs. Vers 15:00 on se met en route en empruntant cette fois ci le scooter de notre hôte. On reprend la direction du temple visité hier. Le long de la route les gens convergent vers la cérémonie et en particulier autour du pont sous lequel une partie des pachydermes traverseront l’estuaire. C’est là que nous nous installons aussi, sur la rive d’en face, assis parmi les centaines de locaux et rares touristes en attendant patiemment jusqu’au crépuscule l’arrivée du troupeaux en fanfare et trompettes. Ça y est les voilà, tout le monde se redresse ou se léve, excité. Je m’attarde surtout à observer les visages et les regards ébahis des gosses, bouches bées, plus jolis que les bestiaux qui avancent, entravés de leurs chaînes plus ou moins lâches, et menés discrètement à la baguette. On rattrape le défilé jusqu’au temple, la cohorte entamant d’en faire plusieurs fois le tour au son des tambours et cymbales. Et là, là… c’est la claque, la grosse claque musicale. Je l’apprendrai plus tard dans la soirée mais les musiciens qui défilent avec les éléphants sont en fait des troupes venues jouter pour remporter un titre annuel. Elles sont à ce moment de la soirée constituées de 24 musiciens chacune, répartis en trois fois huit cymbales, tambours aigus et basses. Bien que la compétition n’ait lieu que beaucoup plus tard Ils sont déjà en pleine démonstration bien plus qu’en tour de chauffe. Ce sont majoritairement des jeunes d’une vingt-trentaine littéralement déchaînés et en quasi transe. Ça joue grave, mon dieu ce que ça joue, les tambours du Bronx et Franky Costanza réunis ne dégageraient pas la moitié de la puissance de ce qui se déroule là sous nos yeux. De l’énergie pure explosant de ces vibrations et pulsations primaires, irradiantes dans nos corps, c’est atomisant. Mon dieu ce qu’ils sont bons, mon dieu ce qu’ils sont beaux, tous en muscles saillants et corps dansants, riant à pleines dents blanches, ça fuse, ça speed, ça accélère, ça saccade, ça syncope, ça coupe, et ça remet le son, j’en frissonne encore. Si je devais être musicien indien dans une vie prochaine je serais çà. Du hardcore tribal et festif, tu vois Thomas ? Tu imagines Olive ? Tête d’affiche des plus grosses teuf électro sans problème. Et sans extasy ni une goutte d’alcool ! Grandiose. Une des troupes a ma préférence dans leur sauvagitude, ça doit se voir car ils me font signe de les rejoindre pour danser. J’hésite une fois, deux fois, je pose mon sac et… Patatras notre voisine de gauche une française, la soixantaine s’effondre et tombe dans les pommes, heureusement dans nos bras. Les flics débarquent, les secours et tout le tintouin, on fait l’attraction malgré nous. Nous réussissons à faire reprendre ses esprits à Annie, elle s’en sortira avec un doigt foulé. Mais du coup ça m’a cassé dans mon élan, zut ! Bah on s’y remettra pendant la compétition officielle. Hélas lors de la route annoncée chaque troupe ajoutera en leader un violon électrique, des pads de batterie électronique et un synthétiseur. Résultat une espèce de variété instrumentale, entraînante certes mais qui a perdu toute sa puissance originelle du fond des âges, pour nous livrer une musique conventionnelle au goût du jour d’ici. Dommage. Ah si j’étais producteur, je te débaucherais tout ces p’tits jeunes pour une tournée mondiale sold out. Pour autant leur public est au rendez-vous et danse avec allégresse des presque pogos punk sous les yeux inquièts des services d’ordre. Nous, bon public, jouant le jeu, nous trémoussons jusqu’à nous faire entraîner dans une danse enfiévrée au centre des zicos, moulinant des bras et tapant des mains pour le plaisir de tous qui nous mitraille et nous vidéaille pour nous balancer directos sur le net, pensez donc deux culs blancs supporters et fans ça le fait pour le buzz. On en sera chaleureusement remerciés, Come back next year ! For sure. Bribri Vinvin the return ! Quelle soirée les aminches, quelle journée les amis.

Épisode #6
Jour #16 vendredi 7 février
Munroe Island

Farniente au programme d’aujourd’hui, presque incroyable isn’t it? Nos petits voisins ont repris la route à moto ce matin. Plus modestement nous irons faire un tour de l’île en scooter et tenter de nous poser dans un coin chouette pour buller.
Au bout d’une heure à tourner virer autour des canaux nous nous arrêtons au bord d’une étendue d’eau en lisière de jungle où sont posées de modestes maisons de pêcheurs. Là entre deux bicoques, le bord de l’eau est d’un coup aménagé sur une quinzaine de mètres de parterres de fleurs, graviers et d’une petite pergola circulaire en promontoire avec table et chaise de jardin, carillon éolien, l’ensemble entouré d’un muret rose et blanc. Se trouve en face la maison qui complète le tout dans le même propret décorum. Deux femmes en sortent, mère et fille, qui nous invite et à rentrer dans leur maison et à profiter de la petite terrasse. Par où on commence ? Allez la maison. Rose à l’intérieur itou, nous sommes là dans une famille catholique à n’en pas douter au premier regard sur les icônes et statues de saints qui remplissent une étagère. On pose la question, pour la forme, et Brijou en décline et énumère chacun des noms, pour le grand plaisir de nos hôtes. Nous ont rejoints une belle soeur, les maris respectifs et petits enfants, tous contents et curieux d’accueillir des touristes, il n’y en a jamais ici, en plus des Français, notre dame de Lourdes oblige. On nous offre citronnade et toute première mangue gaulée de l’arbre pour nous, presque verte mais qui se mange aussi comme çà avec du sel et du piment doux. Brijou offre des bracelets porte bonheur à tous, échange de bons procédés. On se pose un moment sous la pergola, saluons, on nous fait promettre de revenir, et avec notre famille ! et reprenons notre petit tour.
On a un peu de mal ensuite à trouver aussi bien, les bords des canaux ne sont pas vraiment aménagés, un peu crados aussi à bien y regarder. On finira par retourner chez Bao, notre rameur, pour nous poser sur son terrain pas loin de sa barque. Il nous rejoint, on tente de discuter, il veut nous prendre en photo avec l’appareil de Brijou, puis j’essaie de le prendre en photo avec Brijou dans la barque. On joue quoi. Ils se foutent de moi car je suis trop long à les cadrer, on rigole comme on peut hein, je lui propose puisqu’il s’entend si bien avec elle de la garder pendant un mois et qu’on en rediscute après man, blague à deux balles, il part en fou rire. C’est sûr on ne philosophe pas ni ne parlons politique mais qu’est ce qu’on sympathise, et c’est moins prise de tête. On se dit au revoir, il nous dit de revenir dans 3 ans, lui est plus raisonnable que les autres, car il aura transformé sa maison en guesthouse. Why not ? Bye.
Saaten, c’est le diminutif de notre hôte, nous accompagne à pied jusqu’à un salon de massage ayurvédique où nous avons réservé une séance. Lui est atteint de tremblements parkinsonniens depuis 7 ans. On lui conseille de profiter de la proximité de ce salon pour se faire du bien. À 15€ la séance, 1200 roupies, il dit que c’est cher pour lui. Je lui fais un calcul rapide en augmentant de 100 roupies la nuit, ce qui est indolore pour les touristes, il arriverait aisément à faire un budget de soin mensuel pour sa femme et lui. Il pourrait sûrement même négocier un tarif avec le patron vu qu’il lui envoie des clients régulièrement. Il a honte de négocier, ce n’est pas un business man, lui son métier c’était routier, jusqu’à l’accident il y a 5 ans… Je l’appelle moi si tu veux hein, pas de problème. Il dodeline de la tête comme ils savent si bien le faire dans cette partie du globe, sans qu’on sache si c’est oui ou si c’est nan. Les massages prodigués par des très jeunes diplômés sont redoutables de qualité. J’avais demandé un « strong », j’ai été servi à coups de roulements des noeuds musculaires avec les coudes, pouces enfoncés dans les vertèbres façon ostéopathie, tordu en 4… It’s OK?n’arrête pas de me demander mon bourreau, yyyYYeessss souffle je. Good pain, good pain, ouais ouais t’as raison mmmecccc, good pain.
Sans déc, très bons massages, genre de truc que tu ne peux pas trouver en France, un art et une tradition. Ou alors très cher. Ce qui n’est plus un soin mais un lux.
Ce soir c’est dîner en famille avec nos hôtes, petits plats dans les grands. Demain on s’en va à seulement 20 km, ils nous disent de revenir chaque soir, il y a de la place. Compliqué, on a déjà réservé pour 3 nuits pour un si ce n’est peut-être le clou de notre périple indien. Sorry. Tous 4 un peu tristes de se quitter, un peu troublant ces furtifs attachements.

Jour#17 samedi 8 février
De Munroe Island à Kollam

En fin de matinée, après des aux revoirs larmoyants, nous partons en rickshaw pour rejoindre Amritapuri ou se trouve le ashram édifié par Amma, la mahatma, « grande âme », qui embrasse le monde. Tout un programme. Nous en étions à une vingtaine de kilomètres et donc pour un coup pas de fatigue de voyage à encaisser. C’était calculer dans le programme du voyage de lever le pied au bout de 15 jours, c’est un bon rythme pour ne pas s’épuiser et ne plus apprécier autant les découvertes. Après Munroe Island venir séjourner dans un ashram dont nous ne bougerions pas devrait nous permettre de finir de recharger les batteries. Venir dans celui de Amma réjouissait au plus haut point Brijou qui suit depuis plusieurs années ce personnage hors du commun lorsqu’elle vient chaque année dans le sud de la France avec son équipe organiser des rencontres avec chants, méditation, enseignement, yoga et le fameux darsham, une bénédiction donnée individuellement à chaque participant sous la forme d’une embrassade pleine d’amour. Alors se trouver là où la bonne dame est née, a vécue, et vie toujours d’ailleurs, a trouvé sa vocation et réalisé son premier projet d’envergure avait encore plus de sens, pour nous deux cette fois ci. Peut être même allions nous l’y retrouver, rentrant d’une tournée indienne. N’étant personnellement pas forcément en quête de spiritualité, enfin je ne sais jamais vraiment avec cette histoire, ce qui m’intéressait de découvrir au premier chef était le fonctionnement de cette vie communautaire, de l’organisation et des actions de L’ONG Embrassing The World qui en est issue.
C’est une structure de la taille d’un quartier que nous découvrons avec ce qui est nécessaire à un fonctionnement en autarcie pour accueillir deux à trois mille personnes tout de même : des immeubles de logements pouvant atteindre 15 étages, deux temples plutôt hindous quand même mais aussi simplement pour le plus grand, qui doit bien faire 5000 m2, un lieu polyvalent servant de réfectoire autant que pour les grandes messes, des cuisines, des snacks et cafétérias, des boutiques, des ateliers, des cabinets de soins, des lieux de détente, des services de taxis, une plage, des salles de méditation ou de yoga, des laveries, un espace funéraire, toute l’administration pour gérer ça, et la maison et l’étable où Amma réalisa ses premiers darsham adolescente déjà « éveillée ». Wah, ça calme. Et le tout fonctionnant exclusivement avec une armée de bénévoles, je ne sais pas combien de centaines, peut être de milliers, plus ou moins permanents mais tous dévoués disciples de « Mother Amma ». Tout est autofinancé par la vente des services ou des produits de consommation ou de merchandising plus ou moins votifs, non seulement pour faire tourner cette structure mais bien d’autres à travers le monde et l’ONG en question qui doit avoir un statut de fondation et qui intervient pour construire de l’habitat social, des écoles, des orphelinats, des hôpitaux, des aides et secours humanitaires lors de catastrophes naturelles, luttes pour les droits des femmes, écologie et environnement, que sais je encore. C’est énorme. Et tout çà a pour point de départ la colère d’une gamine des rues face aux injustices sociales dans son quartier. On a du mal à imaginer qu’uniquement par son charisme et sa force d’empathie puisés dans la spiritualité et l’amour du prochain cette petite bonne femme rondouillette de maintenant 67 ans ait réussie à enclencher un tel mouvement et d’actions de solidarité . Une admirable force douce, il faut savoir rendre à César ce qui est à César. Que cela fut possible dans un pays si dévot sur les bases humanistes de la religion hindou qu’Amma représente est aussi sûrement le secret de cette réussite. Elle se serait ici fait le chantre d’un parti politique que ça n’aurait sûrement pas marché. Je me permet ici la comparaison et la similitude avec les actions de l’abbé Pierre et de la fondation Emaùs , en plus laïc chez nous bien sûr. Mais on est ici encore à une autre échelle de développement. Une force économique qui peut jouer à l’international.
Notre chambre est au 8eme étage avec d’un côté une vue sur l’océan et de l’autre une rivière, dans un paysage à perte de vue couvert de palmiers et cocotiers. On paiera 7€ par jour avec 3 repas végé indiens compris, de cantine de base, qui s’avéreront simples et savoureux. C’est aussi ça l’accès à ce lieu un tarif très bas et la gratuité des repas pour les voisins locaux. Une contrepartie non obligatoire est suggérée par la participation à des tâches collectives, les seva, 2 h par jour. On s’y inscrits bien sûr. Brijou est affectée à du ménage sur la scène où seront installés Amma et ses assistants et musiciens, moi à la lingerie d’où je transporterai et étendre du linge à faire sécher sur la terrasse d’un 12 étage. Dans nos cordes. On assiste en fin de journée à un joli coucher de soleil, plouf dans l’océan. Tout droit c’est la Somalie et plus loin de l’autre coté le Brésil ou le Suriname, ainsi tourne le monde.

Jour#18 Dimanche 9 février.
Amritapuri Ashram

La nuit relativement tempérée grâce au vent océanien, a été animée dès 4:00 par les premiers chants, premiers Ommm et psalmodie, relayés par les nombreux oiseaux dès avant l’aube. Je commence mon seva à 7:45, le ashram s’anime déjà comme une fourmilière. Brijou commence elle par une nouvelle leçon de yoga. On se retrouve pour un chaï et un beignet sur le pouce. On va faire le tour du ashram pour comprendre où tout se trouve, Brijou veut s’inscrire aux séances de méditation ou aux ateliers de fabrication de produits dérivés. Moi, euh je n’ai aucune envie si ce n’est observer, écrire ou bouquiner. L’océan est toujours interdit de baignade à cause de courant dangereux, dommage pour une fois que c’est clean. Le midi on prend le repas de la cantine qui nous est servi chacun dans une assiette gamelle en inox, riz, curry de légumes, épices et coco, que l’on mange avec les doigts, on a l’habitude.
L’aprem on sort du ashram pour voir à quoi ressemble le village de Amrita de l’autre côté de la rivière. On empreinte le seul pont construit là par le ashram après le tsunami de 2004, pas mal de victimes avait en effet été coincé sur cette bande de terre sans pouvoir s’échapper plus loin dans les terres. Le village n’a rien de particulier, on matte les boutiques en quête de petits cadeaux originaux. Puis on retourne au ashram, Amma et son équipe seraient rentrés cette nuit de tournée, la rumeur courre qu’on verra peut être la dame ce soir, on sent une sorte d’excitation à l’idée. Vers 18:00 un rassemblement s’effectue dans la temple polyvalent qui se remplie d’au moins 1500 personnes. Assis par terre on assiste pendant presque 2 heures à des chants et musiques à la gloire des divinités et d’Amma, tout est inscrit en sanskrit et traduit en anglais et français sur écrans géants. Et pi nan, la dame ne se montrera pas, la coquine est joueuse de réputation et aime taquiner et se faire désirer de son public. Ça sera peut être pour demain ?

Jour#19 lundi 11 février
Amritapuri Ashram

On prend les mêmes et on recommence…
Brijou s’est levé à 4:00 pour participer aux premiers chants suivis d’une puja, célébration pendant laquelle un prêtre brûle des huiles et encens et pleins d’autres trucs pour chasser les mauvaises énergies. Elle revient vers 6:30, me réveiller pour assister au lever de soleil, mmrrrhhhh… Il faut que j’assume mon seva encore ce matin.
Dans la fourmilière du ashram on peut à vue d’oeil ressencer autant d’indiens que d’étrangers venus des quatres coins du monde. Excepté du continent africain…en effet pas plus de noirs que d’arabes ne viennent ici. Les tensions entre musulmans et hindous, les menaces d’attentats… Le ashram est sous vidéo surveillance partout, barbelés au dessus des murs d’enceinte, force de police affectée aux entrées, militaires lourdement armées devant la maison d’Amma, portiques détecteurs de métaux. You are under surveillance. Et pas que sous les yeux de Krishna. C’est déjà moins peace and love vu comme ça. La très grande majorité de ceux qui passent ou vivent ici ont pour autant plutôt l’air détendu et souriant. On s’habille en coton et lin amples, saris, foulards, longues chemises, sandales et tongs, plutôt tout en blanc quand on est initié ou de la garde rapprochée, un petit côté uniforme, habillé comme la guru, « celui qui voit », sans aller jusqu’à sectaire. D’autres par contre n’ont pas l’air très joyeux, genre bigot(e)s coincé(e)s, ou alors perché(e)s, illuminé(e)s. Ceux là me mettent plus mal à l’aise, mais bon c’est comme ça. De mon côté je m’adapte, assez caméléon, curieux, j’expérimenterai ce qui se présentera. D’ailleurs… Les trois coups de cloche résonnent, signal annonçant la sortie de la prêtresse de ses logements. Brijou fine excitée abrège une séance de cartomancie de tarot pour me chopper au vol et m’emmener au temple où devrait avoir lieu le darsham, l’acolade généreuse tant attendue. Spécialiste du coupe file, elle se retrouve dans les 20 premiers à passer dans les bras d’Amma. Heu-reu-se. Sans ticket réglementaire ! Je me retrouve en bout de queue à attendre mon tour. Au moins une demi heure avant d’être étreint par cette mahatma, aussi connue que Gandhi en son pays et en son temps. Certain tombe en pleurs, dans les pommes, en pâmoison après cette étroite relation affective fulgurante, il paraît. La plupart sont souriants et heureux et pi c’est tout. Avec sa bouille rieuse, sympathique et déconneuse à n’en pas douter je dirais que je suis à priori honoré de cette rencontre à venir dans quelques minutes. Les espèces de tontons qui gèrent le défilé m’accueillent à mon tour en me serrant la main, me frottent le dos amicalement, me demandent d’où je viens, french french, et je me retrouve devant Amma qui me sourit, je me penche sur son épaule, elle me serre dans ses bras, je la serre dans les miens, très naturellement, elle me souffle à l’oreille un « monchérimonchérimonchéri » pendant 15 secondes, on se désenlace, on se sourit et on se quitte comme on s’est trouvé, simplement. Pas de révélation mystique pour moi, je ne m’y attendais pas d’ailleurs. Par contre dans ce court laps de temps j’ai eu le privilège de rencontrer la femme, l’être humain, et non pas la sainte, le guru ou la célébrité, l’icône tant admirée et admirable, qu’elle redevint aussitôt après. C’est aussi ce coté abordable là que je trouve « sympa » chez elle. Enfin c’est là où moi je la ressens
, un sentiment bien différent de la dévotion de 99,99% de ses fidèles, but that’s it. Mes propos pourraient peut être paraître sacrilèges ? Ils se veulent trés respectueux et honnêtes. Reconnaissants même. Je laisse Brijou au temple, le temps dont elle a besoin. On se retrouvera en fin d’après-midi pour une ultime cérémonie de chants à l’unisson pour ceux qui le peuvent, je participe de temps en temps quand des phrases simples sont répétées en boucles lancinantes, sans savoir ce qu’on dit, sûrement des choses gentilles et poétiques. J’espère.

Épisode #7
Jour#20 Mardi 11 février.

Dernier jour au ashram aujourd’hui. Re chants et puja dès 4:30 pour Brijou qui boira jusqu’à la lie ce séjour ici. 6:30 et un dernier sunrise du 8eme étage est bien assez tôt pour moi.
On boucle nos sacs bien serrés, ils commencent à s’alourdir je trouve. À ce rythme le mien atteindrait les 20 kg ? Pas possible. Il va falloir larguer du lest. Mais c’est encore trop tôt nous ne sommes qu’à la moitié de notre voyage. Déjà.
Nous prenons un petit déj sur le pouce, chaï et galette fourrée coco, je suis devenu accro. On partage par hasard une table ronde sous un parasol avec 3 autres françaises. Nous sommes nombreux ici. Parmi elles 2 viennent d’arriver. La troisième est là depuis…6 ans ! Un peu curieux je lui demande comment c’est de vivre ici. Et là, qu’est ce que je n’avais pas demandé. Pendant 20 minutes sans que je puisse en placer une elle va vider son sac, à un inconnu, moi, stoïc, pas le choix. Elle va à la fois me révéler sa joie de faire partie des privilégiés, élue à des responsabiliés liturgiques normalement réservées aux hommes, et du coup à contrario les jalousies et rivalités violentes que cela suscita. Brimée, frappée, abusée, maraboutée…hospitalisée, vidée, isolée, rejetée, … mais sous la protection de Krishna son beau chevalier qu’elle voit en vision, ça peut aider pour les mauvais karma à traverser. Et je vous passe les détails sordides d’avant son arrivée ici… Hé bé, pas prête de pouvoir revenir au pays et de redescendre sur terre. Peuchère.
À 11:00 c’est grand-messe avec « Mother Amma » qui dirigera une méditation de 30 minutes, puis un échange questions réponses avec l ‘assemblée, très hilarant pour tous ceux qui comprennent, elle pouffe de rire en permanence, vraisemblablement pointe et charie, se moque gentiment de ses interlocuteurs, ambiance très sympa qui se termine par un repas partagé et distribué par La Dame. L’ordinaire est amélioré d’une bénédiction épicée. Je vais saluer une dernière fois Irina et Josiane, les deux seules personnes avec qui j’ai vraiment eu le sentiment d’une possible amitié naissante, muette pour l’une et malentendantes toutes deux, mais dans une sincérité d’échange de regards et de gestes qui en disent long. On file prendre nos sacs et montons dans notre taxi qui nous emmènera à Kovalam. Bye Amma, c’était sympa.
Kovalam, 3 heures plus loin. Station balnéaire touristique façon côte d’azur… Pas grand chose à en dire… Je me baigne un peu dans l’océan indien tout de même, pour la première fois. Mais le ashram nous manque déjà comme le reste de ces beaux endroits et personnes rencontrés jusqu’ici. Demain matin on décolle pour le Sri Lanka, phase 2, on est attendu, ce sera différent.

Jour#21 Mercredi 12 février.
De Kovalam à Negombo.

C’est sans regret que nous quittons Kovalam, mais avec un petit pincement au coeur de quitter le sol indien, depuis l’aéroport moderne de Trivandrum à bord d’un A320 quasi neuf de la Sri Lankan Air Line. Ayoubowan, nous saluent les hôtesses. Ça y est, on a changer de langue. À peine le temps de décoller et d’angloutir le sandwich végé et son jus de pomme offerts qu’on atterri déjà à Colombo, 1 h max de vol, côte Est. On serait bien venu en ferry par le nord où le chanel entre les deux pays est équivalent à celui de Calais-Douvres, mais toutes les lignes ont été fermées après les débuts de la guerre civile srilankaise entre les séparatistes Tigres Tamouls et les forces gouvernementales cingalaises. Et jamais plus réouvertes.
Le ciel est légèrement blanchâtre et la température avoisine les 35•C. Heureusement nous sommes déjà bien acclimatés et n’en souffrons pas plus que ça. On dégouline un peu avec nos sacs à dos le temps de sortir de l’aéroport et de nous poser sur un banc à l’ombre et tenter de contacter notre ami Nishantha qui doit venir nous récupérer avec son tuktuk. Notre relation amicale date maintenant de 4 ans lors de notre premier voyage ici.( Et si comme Béné vous voulez en savoir davantage sur cet échange: voir récits 2016 et 2018 par le menu, entrée plat et dessert cet année). Après quelques petits problêmes d’appel dûs à ma carte SIM devenue incompatible nous réussissons finalement à le joindre grâce à une sympathique voisine qui nous prête son téléphone local. Istouti. Il était déjà là aux environs et vient nous chercher pour nous emmener directement chez lui retrouver sa petite famille dans leur maison dans un quartier de Negombo à une vingtaine de minutes de l’aéroport. Samanthi, 35 ans, son épouse nous accueile presque en criant d’un immense sourire plein de ses belles dents blanches, Aaah Brijitmadam ! Vicentsir ! Aah ! Embrassades émouvantes, plus qu’amicales, intimes ? Et accrochée à ses jupes, derrière une timidité feinte passagère, Rashmi, 4 ans, la petite dernière nous saute dans les bras. Elle a bien grandi, et a gardé sa mini voix stridente et son énergie survitaminée. Elle pète la forme, alléluia, aux dernières nouvelles elle sortait de l’hôpital après une crise de « dengue fever »… On en meurt encore ici. Il est presque 13:30, tout juste l’heure pour filer chercher Iruni l’aînée à la sortie de l’école en tuk tuk. Cette belle gamine tout en réserve manifeste discrètement son plaisir de nous retrouver, assez fière de repartir devant ses copines et copains dans leurs costumes d’école catholique accompagnée par Daddy, and « uncle and aunty » from France.
Avec un 1er copieux repas cingalais mitonné par la maîtresse de maison,curry de poisson, de poulet, de légumes, des crevettes et du calamar rotis, petits poissons et riz frits épicés, un festin, nous nous retrouvons assis par terre d’abord, affalé ensuite, sur le tapis de la terrasse de cette maison en cours de finition. On mange avec les doigts of course, je nourris au passage la petite qui me le rend bien à son tour. Avec nos anglais réciproquement approximatif on se débrouille plutôt bien pour échanger des nouvelles plus détaillées de ce que nous avons fait les uns les autres depuis deux ans, les écrits par texto de Nishantha échangés entre temps sont là plupart du temps indéchiffrables et souvent hilarants. Mais pas tout le temps… On prend des nouvelles des membres de la famille qui nous hébergerons et qui ont été victimes de l’attentat d’avril dernier en l’église San Sebastian où une bombe humaine est venue tuer 115 personnes… On offre nos quelques petits cadeaux à tous, puis on se décide à rejoindre notre chambre chez tonton tata cousine comme la dernière fois, qui habitent à 500 m. On se donne rendez vous pour 17:00 pour le tea time après la sieste, et on ira se recueillir sur les lieux de l’attentat.
En arrivant chez Albert et sa famille pour y poser nos affaires, nous retrouvons la maman et son mari dans leur chambre, alitée. Elle fut la plus touchée d’entre eux, à une quinzaine de mètres de l’explosion, impact à la tête, opération, qui la laisse aujourd’hui à 80% paralysée bras et jambe droit. Lui, une force de la nature, a complètement récupéré de blessures beaucoup plus superficielles. Avec sa fille et son gendre qui vivent ici avec leur garçon de 15 ans, ils encadrent chacun leur tour la maman,complètement déprimée, dans cette vie bouleversée, tous affectés au quotidien. Ils sont contents de nous revoir pour autant, ça fait de l’animation, Brijou n’étant pas en reste d’empathie ni avare de conseils et contacts en ces circonstances, you know. Ils semblent avoir une forte capacité de résilience, peuple habitué et résigné aux fatalités. Leurs croyances religieuses quoi qu’on en pense n’y sont sûrement pas pour rien. En tout cas à notre contact la maman est très souriante, c’est bon signe et ça désamorce un peu le malaise de la situation. No more comment.
Un peu plus tard nous retrouvons la famille de Nishanta et partons, à 6 dans le tuk tuk pour l’église San Sebastian. Sur la route on passe à côté du cimetière où sont alignées comme dans un cimetière militaire les tombes toutes identiques d’une grande partie des victimes du voisinage. Puis on entre dans le parc de l’église, filtré par l’armée en faction évidemment. L’église a entièrement été restaurée depuis. On y entre, pieds nus, par la nef principale dans un silence recueilli absolu… Quelques fidèles sont éparpillés et prient, on se joint à eux. Tout parait normal visuellement. Pourtant de l’attentat, en guise de mémorial, auront été gardées quelques traces. Une plaque de verre fichée dans le nouveau sol a été placée à l’endroit même où le cinglé est venu se faire exploser, révélant les impacts dans le sol original, le même système est appliquer sur un pilier du mur à une dizaine de mètres, dévasté, à 3, 4 mètres de là où étaient assis nos hôtes… A droite du choeur est installée sous cloche une petite statue du Christ debout, signant, en céramique émaillée, creuse, transpercée d’impacts et maculée de projections de sang… Silence. Frissons. Larmes religieuses. Tant de peines et de douleurs. En sortant une bénédiction protectrice et conjuratrice par le prêtre de l’église s’impose à la petite famille, nous nous y joignons, c’est symboliquement bien la moindre des choses concernant ma posture de mécréant qui ne la ramène pas sur ce coup là, à genoux comme tout le monde et tais toi.
Plus légèrement pour finir la journée nous faisons un saut jusq’à la plage, on vient juste de rater le sunset, il fait déjà nuit, on discute, tranquilles assis dans le sable, les gamines font des monticules avec des coques de coco en guise de pelles, des pêcheurs jouent aux cartes, des jeunes marchent et se giclent au bord de l’eau, à la lumière de leurs portables, tout est tranquille, tranquille. On rentre car on a faim et demain c’est l’école. On choppe, dans une échoppe au passage, un festin préparé au wok par un voltigeur en la matière, et, avec force bières ça ira bien pour aujourd’hui.

Jour#22 jeudi 13 février

Après avoir pris des nouvelles matinales de nos hôtes, et de la maman surtout, très en sourires ce matin, nous partageons un thé en leur compagnie. En la voyant ce matin on se reprend une petite claque de la soirée d’hier. Elle aurait sûrement besoin de beaucoup plus de soins quotidiens, mais la couverture sociale ici est très limitée, même si ouverte à tous en théorie. Ceux là restent de modestes conditions bien que la maison soit plutôt cossue, tout reste très précaire. Anywhere. Allez, on file chez Nishanta pour le breakfast. Puis directement au fishmarket pour une séance de photo pour Brijou. Moi je reste à l’attendre avec Nishanta dans son tuk tuk, comme font les gars ici et discutons entre potes. Je le questionne beaucoup sur leurs conditions de vie, toujours précaires, mais en nette amélioration matérielle depuis 4 ans qu’on les connaît. On y contribue modestement, mais avec un salaire mensuel moyen de 300€ et très aléatoire, extrèmement sensible aux événements climatiques et encore plus politiques, alors quand tu enchaines typhons, tsunami, attentats et aujourd’hui coronavirus…qui font fuir le touriste, tu as intérêt a être bouddhiste ou très philosophe, ce qui nourrit parfois son homme, jamais une famille entière. Il m’explique que notre contribution fait qu’ils n’ont jamais faim et peuvent acheter les quelques médicaments nécessaires aux petites maladies courantes, c’est déjà ça et très concret. Après avoir récupéré les petiotes nous prenons le repas ensemble, toujours aussi succulent. Je me régale aujourd’hui du sembole que Brijou aura appris à cuisiner, un mélange de coco fraîche râpée avec poivre, piment, oignons, ail, sel et citron, je suis addict. Il fait lourd et très chaud, le ciel est un peu gris, si seulement il pleuvait un coup. On poursuit notre discussion avec Nishantha. L’argent n’est vraiment pas une obsession mais revient en permanence au coeur des préoccupations quotidiennes et évidemment des projets, tant d’éducation pour les gamines que pour la construction de chambres d’hôtes par exemple, qui compléterait son activité avec ces clients et donnerait aussi du boulot en tant que cuisinière à Dimanche. C’est cohérent et à porté de main, slowly slowly. Je le savais un peu déjà mais il me confirme en me le racontant par des détails les plus sordides qu’il est issu d’une famille glauquissime, un père avec de la tune mais qui a viré dans l’alcool, ultra-violence conjugale, la ruine dans le commerce de la coco, une fraterie de bras-cassés avec un frère aîné bagarreur, parrieur, drogué qui lui foutait sur la gueule et le torturait… Jusqu’à ce que lui s’enfuit de la maison pour connaître la rue pendant plus de 5 ans. « Je suis bouddhiste et je sais que la vie est trés passagère, je n’ai pas peur de la mort » aime t il souvent conclure un argument, mais là d’où il vient jamais il n’y retournera. Bodybuildé il est dans le contrôle du corps, mais garre à celui qui viendrait s’y frotter, la colère sourde à fleur de peau. Son unique préoccupation est d’aller de l’avant en protégeant son foyer et en rendant la pareil à ses amis loyaux. Il semblerait qu’on fasse partie du cercle. C’est plutôt chouette. Son boulot de chauffeur de tuk tuk, il y tient fort même si c’est compliqué et aléatoire, avec une concurrence dure voire féroce, il y reste seul maître à bord pour y inscrire son destin. Samanti est là pour le cadrer mine de rien et tenir les cordons de la bourse.
Ce soir on part en famille à une fête foraine d’un autre temps où les manèges sont activés pour certains à la main avec en bande son des vrais musiciens à la trompette et à la batterie, le reste est un marché forain de bazar en plastique, sous les bons auspices de l’église de notre dame de Lourdes qui domine la place avec sa grotte reconstituée, éclairée comme un sapin de Noël aux couleurs de l’OM, et sous les feux des éclairages des avions qui décollent de l’aéroport de Negombo. Et si on se refaisait un wok ? Nan ?

Épisode#8
Jour #23 Vendredi 14 février.

Aujourd’hui nous quittons Negombo. Nous saluons nos hôtes à qui nous donnons rendez vous début Mars à la fin de notre périple puisque nous repartirons d’ici. Nishantha nous déposera en tuktuk à la gare de Gampaha à une vingtaine de km. De là nous allons à Rattota petite ville au centre nord où nous attend Laka et sa maman Manel. On est très content de les retrouver dans ce petit territoire authentique et magnifique hors de tout réseau touristique. Le trajet en train est toujours aussi lent… 4 h pour faire 120 km, mais dans un décor de champs, rizières, jungle et montagne de plus en plus chouette. Il fera encore chaud dans la journée bien sûr mais les nuits seront plus fraîches àvec certte ascension à déjà presque 600 m d’altitude. On passe d’un train raisonnablement confortable jusqu’à Kandi, grande ligne pour une grande ville on va dire, à un train plus que vieillot de périphérie bondé à craquer sans place assise pour Mattale, 40 km au nord. Occasion d’échanges en toute promiscuité avec des teenagers qui sortent du lycée, c’est vendredi, le week-end commence. Sympa. De Mattale on réussit à chopper au vol un bus bien rempli aussi pour les derniers 25 km à faire en 40′ jusqu’à Rattota. En descendant du bus nous avons l’impression d’avoir quitté cette petite ville depuis hier, ça fait déjà deux ans pourtant, mais elle nous est très familière, par sa dimension humaine sûrement aux repères simples, là là church, là le hindou tempeul, la boulangerie, le tailleur qui fait l’angle de la rue qui mène chez Laka, qui vient à notre rencontre en descendant sa rue, car ici ça y est tout est en pentes et nous sommes aux pieds des montagnes. Cool. Le chantier de la maison familiale est maintenant terminé dans sa phase #1, toutes les écobriques faites il y a deux ans ont été utilisées pour ce premier tiers du projet d’ensemble qui donnera une maison très conséquente avec au moins 5 chambres. Manel nous attend sur son perron tout neuf et tout blanc, embrassades de retrouvailles très chaleureuses. Nous faisons le tour du propriétaire pour constater les beaux travaux finis tant attendus, Manel est tellement contente d’avoir retrouvé son chez elle, elle est fière du résultat. C’est l’heure du tea time, sacré en cette maison. Laka nous annonce que nous serons logés chez Jude un de ses proches cousins qui viendra nous chercher plus tard pour nous emmener dans la maison familiale, dans la montagne à 2 km.. Chouette. Pendant que Brijou se met à cuisiner avec Manel, excellente cuisinière traditionnaliste, j’entame la conversation avec Laka sur ce qui m’amène aussi ici cette année, la présentation de notre plateforme de tourisme française « lesoiseauxdepassage.coop », LODP, à une communauté coopérative de pêcheurs et paysans à Panama sur la côte Est, qui cherche un moyen de développer la communication et leur visibilité sur le net autours de leur projet d’éco-équi-tourisme, sur un site chargé d’histoire de lutte sociale contre la spoliation de leur terre par le gouvernement au profit d’un tourisme de luxe…sur un spot mondial de surf au Sud d’Arugam Bay. Je vous en dirai plus quand nous y serons car la rencontre est programmée autours du 24. Pour l’heure ce qui est important c’est de clarifier pour Laka le fonctionnement et l’esprit de notre plateforme touristique qui rentre dans le cadre de l’économie sociale et solidaire, afin qu’il puisse me servir d’intermédiaire et d’interprète auprès de cette communauté qui parle cingalais. Lui, militant de la cause paysanne, et il y a du boulot à la pelle ici, est convaincu que je peux apporter le bon outil à ce développement, j’aimerais bien en être. Nous sommes tous les deux assez exités à l’idée de cette collaboration, d’autant qu’au moins deux voire trois autres bastions du même tonneau pourraient bien suivre le mouvement si ça matche avec cette première communauté. On croise les doigts et nous en tapons cinq. Jude arrive dans la foulée, beau gars de 35 ans, athlétique et toutes dents blanches en avant, champion local de criket, pour se joindre à la conversation car lui aussi et peut être même avec Laka aimerait créer un réseau d’agritourisme en développement durable. Et de quatre projet, quatre ! Il y a des chances pour que je revienne ici évangéliser avec « LODP » , ça serait génial, einh Prosper ? On passe à table, pour déguster entre autres les succulents Roti, galettes à base de, de ? Je vous le donne en mille. De coco bien sûr, accompagnant de suaves curry de légumes. Puis Jude et Laka nous emmènent en voiture à notre chambre, dans la maison familiale vide de tout occupant, dans la montagne, … dans la jungle. Juste avec Rexie, la chienne. Il y fait nuit noire et les étoiles scintillent à travers l’épais feuillage, trop bien !

Jour#24 samedi 15 février

Ça bruisse, ça siffle, ça chuinte, ça clapote, ça tremblotte, ça vibre de partout, 6:30 je m’étire sur la terrasse face à la jungle qui suinte de rosée. La douche froide en extérieur fini de me réveiller. Je sors un fauteuil, prépare un thé et sors mon téléphone pour écrire devant ça. La chienne vient me tendre sa truffe humide, salut toi, et me tenir compagnie. J’en ronronnerais presque.
Vers 9:00 nous descendons à pied en ville pour petit déjeuner au Gandhi Café, la cafétéria centrale, d’un rice and curry et de quelques brioches. Pendant que Brijou fera le tour d’ici pour photographier puis cuisiner avec Manel, je partirai en bus avec Laka à Mattale finaliser mon abonement de téléphone qui merdoie et faire quelques courses. Et en particulier acheter du beurre pour Manel qui en raffole, mais pas n’importe lequel. Du Highland, une des dernières marques de produits laitiers du pays. En effet comme pour les légumes le marché est envahi par des produits étrangers, pour le coup venant de Nouvelle Zélande et d’Australie. Laka m’explique à cette occasion que la production agricole est complètement incohérente, les producteurs ayant souvent fait le choix de la monoculture au détriment de la diversité qui fait cruellement défaut en cet éden. Ainsi l’ail, une base dans la cuisine, est importé de Chine. Les produits ressources comme la coco et tous les dérivés ont augmenté de dix fois leur valeur d’il y a dix ans, la rareté et donc la chereté venant des priorités faites aux exportations pour satisfaire la mode de la demande occidentale, avec un prix de vente chez bio Coop par exemple 15 fois plus élevé qu’ici. Plus cher chez nous que nos propres bonnes huiles d’olive locales. On marche tous sur la même planète mais partout sur la tête. Globalisation égale piège à cons. Mattale est déjà une ville importante pour ce district, au moins deux cents milles habitants. Les rues sont ultra commerçantes et forment un grand bazar très agité et en même temps avec des gens et commerçants plutôt avenants et détendus. Nous prenons le bus du retour vers midi, c’est le cagnard du zénith… Le repas préparé par nos bonnes dames sera un ensemble franco sri lankais de crudités hachées menues juste citronnées et arrosées d’un filet d’huile d’olive française môssieu, française , présentée simplement sur une grande feuille de bananier, la grande classe rafraîchissante, dévorée avec les doigts. Petits yaourts maison sur leurs lits de miel de toddi cristalisé pour finir de faire descendre la température. On reste à l’ombre jusqu’à 16:00 et descendons à travers la jungle par les rizière au fond de la vallée ou coule …une rivière. Sans Brad Pitt. On retrouve ce spot adoré où les locaux viennent s’ébrouer plus que nager dans une succession de cascades qui s’écoulent sur des dalles granitiques entourées de monolithes volumineux chariés dans la vallée il y a bien longtemps, au delà de toute mémoire humaine. On y fait nos bulles alors que plus bas femmes et hommes y lavent leur linge et se savonnent. Brijou y réalise des alignements d’équilibre de galets zen très à propos, land art éphémère, je me cale dans une pseudo position du lotus mal foutue mais confortable à mon goût et écoute le paysage les yeux fermés. Ommmm Ommmm . Laka nous rejoint pour son bain. Ce soir nous annonce t-il c’est repas chez Jude avec son frère aîné et un pote. Il y aura Arak et Wisky. On emmène les bières. Tout un programme cette party !

Jour#25 dimanche 16 février

Aujourd’hui c’est jour du seigneur pour la communauté catholique qui se retrouve à la church. Brijou y retrouve Manel, l’église est pleine et le parvi aussi pour écouter le sermon plein d’entrain du nouveau jeune prêtre qui officie gaiement en cingalais, en tamoule, et en anglais, sûrement à destination de Brijou, seule rouquine au look un peu écossais qui pourrait être concernée. Elle attire bien sûr un peu les regards, les gosses se retournent et se mettent des coups de coude en rigolant. À ce qu’on m’a dit, car moi je suis resté perché tel un primate dans ma jungle à mater à l’affût la faune qui veut bien se présenter sous mes jumelles. Oiseaux, écureuils et un de leur cousin gros comme un chien qui saute de branche en branche et fait se balancer les palmiers, ouahhh. Il va faire très chaud aujourd’hui, ça se ressent dès avant dix heures, on va bouger le moins possible. Chez Manel nous prendrons un petit déjeuner tardif de galettes de riz cuit dans du lait de coco et napper de miel et épices. On zappera le lunch. Après 16:00, et pas avant sinon tu risques l’insolation, nous descendons dans la vallée, moi pour me baigner et y laver ma chemise, Brijou pour méditer sous un vénérable arbre de bouddha près des ririzières et s’y endormir jusqu’au tea time tardif. Jude nous rejoint pour la fin de soirée, il n’a pas remporté son match de criket dominical mais est toujours aussi souriant. On mange ensemble, du pitou, pas pistou, pitou et pi c’est tout, j’écris bien, constitué de riz et coco cuits et moulés en cylindre dans un récipient en alu à la vapeur sur un feu de bois, un white curry, et des petits poissons pannés et frits dans l’huile de coco qui est . On déguste ça avec du miel voire un peu de piment. Fameux. Jude nous ramène pour une dernière nuit dans notre nid. Demain nous partons pour Nuwara Elya, encore plus haut dans les montagnes.

Episode #9
Jour #26 Lundi 17 février.
De Rattota à Nuwara Elya.

Ce matin encore on se lèvera tôt pour profiter du jour naissant dans cette jungle tellement exotique pour nous. Jude vient nous chercher en voiture pour nous emmener chez Manel avec nos sacs à dos pour le dernier petit déjeuner. Elle nous aura prépareé, oh surprise, des hapala, ces galettes de farine de millet, fourrées à la noix de coco et cuites à la vapeur dans une feuille de bananier dont je raffole tant, les siennes étant au top du top, juste humides pour ne pas être bouratives, pas trop sucrées pour ne pas écoeurer. Je m’en boulotte au moins trois et me retiens pour la quatrième. On se dit au revoir plutôt tendrement avec Manel, on reviendra pour la phase #2 du chantier de la maison. Et le rendez vous avec Laka est fixé dans une semaine tout juste à Panama. Brijou fait un dernier arrêt chez son ami tailleur is not rich, pour une derniere salutation et don de petit bracelet « make a wich for a good life » Ils se sont connus 2 years ago et reconnus, grâce au bracelet et photo prise et envoyée à ce charmant monsieur n’a qu’une dent.
Allez en route. Jude nous emmène en voiture jusqu’à Kandy où il donnera un cours de chimie cette après-midi dans le lycée privé qui l’embauche depuis 5 ans. On parle un peu boulot sur la route et de la situation des étudiants. Le manque cruel de places oblige une très grande majorité d’entre eux à s’inscrire en candidats « libres » dans des universités « libres » qui les accueilleront pour quelques rares séances de TP et surtout pour les examens, ils auront la plupart du temps suivi des cours par correspondance et travaillé dans des petits jobs toute l’année. Quant au lycée c’est de loin vers le privé que les familles se tournent, quand elles peuvent payer, ne faisant absolument pas confiance au public dont le niveau est très bas et les enseignants seraient une caricature de fonctionnaires fainéants très peu qualifiés. Et vlan dans la gueule à Jean ! Pour autant la jeunesse sri lankaise serait de plus en plus qualifiée. Alléluia. Jude nous laisse à la gare où nous sautons dans un bus pour Nuwara Elya, à 60 km d’ici, 3 heures de route de montagne pour atteindre cette ville perchée à 1800 m d’altitude que nous connaissons bien puisque c’est la troisième fois que nous nous y rendons. Jouissant d’un climat de tempéré à froid, c’est un grenier à thé, fruits et légumes. Nous venons y saluer et retrouver quelques connaissances. Après avoir poser nos affaires au King Fern Cottage où nous avons pris nos habitudes nous partons faire la surprise de notre arrivée à notre ami Kana, 35 ans. Il vit en famille dans un ensemble de baraquements aux couleurs flashi violettes et bleues autour d’une courrée exigue. Il n’a plus ses parents mais a une espèce de statut de tonton parrain chef de famille pour toute l’assemblée regroupée là. Je n’ai pas encore saisi pourquoi mais il y fait autorité respectée. Peut être un petit côté voyou borderline ? Retrouvailles faites autour d’un thé et devant la famille qui défile pour nous saluer nous décidons de nous retrouver plus tard pour aller au pub. C’est une des grandes différences avec l’Inde, ici on boit plus ouvertement. Vers 21:00 on se retrouve à l’angle de sa rue où il a entamé l’apéro avec ses potes appuyés sur une carcasse de bagnole. On trinque avec eux à coup d’arak, un whisky d’alcool de coco, on se chauffe un peu, puis filons les 3 manger un bout et boire des pintes au pub et nous raconter nos deux années écoulées. Il nous annonce deux grandes nouvelles, il ouvre sa propre boite de tour manager, on l’avait connu comme chauffeur de taxi et sa famille lui prépare des rencontres avec une future épouse de Trincomale. Hé bé, quelles avancées. Dehors il ne fait que 8 degrés lorsque nous rentrons, un peu surpris par ce petit coup de frais. La temperature est descendue à zéro ici il y a 15 jours. Ciao. Et à demain.

Jour #27 Mardi 18 février
Nuwara Elya.

Au King Fern Cottage l’équipe a changé en presque totalité. On espérait voir le patron et le gérant, Nishan et Sanjai, ça sera pour plus tard dans la journée peut être. On comprend à demi mots qu’il y a eu du rififi ici, une crise du busyness touristique. Le retour d’un engouement pour cette destination il y a quelques années après la fin de la guerre civile avait amené les investissements dans le domaine. La ville connaissait une transformation notable dans la construction de grosses structures hôtelière d’une part, et d’autre part beaucoup de petits propriétaires se mirent à ouvrir leur maison en chambres d’hôtes pour arrondir les fins de mois. Hors l’embellie attendue n’est pas au rendez-vous, la fuite des touristes après les attentats, le récent corona virus, … font trembler le château de cartes. Morosité ambiante perceptible dans l’arrêt même des chantiers.
Aujourd’hui nous louons un scooter pour sillonner comme on veut la région. Je suis trop content de me frotter à cette circulation anarchique et de piloter en zigzaguant au grand air sur ces routes de montagnes. Je kifferais vraiment de revenir ici pour un road trip à moto, ce n’est pas si compliqué. Nous traversons les champs de thé, Brijou shoote les cueilleuses, jusqu’à la cascade de à une quinzaine de kilomètres plus bas dans la vallée. On pose notre fidèle destrier et entamons une courte ascension d’une demi heure à travers la jungle par un chemin en grande partie en escalier. Nous découvrons sur un cirque en bas d’une falaise d’où se jette la cascade sur une centaine de mètres dans un mignon petit bassin entouré de blocs de granite et d’une petite plage. Ni une ni deux je me déssappe pour plonger dans l’eau fraîche peu profonde et me faire éclabousser par les trombes d’eau tombées du ciel, et sous ce soleil tropical mmhhh trop bon et trop beau. D’autant que nous sommes à peine une dizaine sur le site, on pourrait se prendre pour des explorateurs en paradis perdu. Brijou ne se trempe que les jambes, trop frais pour elle, puis on se pose sur les rochers pour quelques minutes de lotus. Et engloutir un régime de bananes. Pour moi la journée est déjà là bien assez remplie, ce spectacle et ce moment m’auront comblé. Les cascades, je ne sais pas vous, mais moi ça marche à tous les coups.
On rebroussera ensuite chemin pour retourner visiter un petit temple hindou tout doré dédié à Sarouman la déesse à tête de singe de l’autre coté de la ville. Les singes, les vrais y vivent là aussi.
Retour au cottage pour saluer le boss et son gérant. Sanjai nous accueille à bras ouverts, un gros hug avec ce nounours sympa et s’intéresse à ce que nous sommes devenus depuis. Lui a quitté ce lieu pendant un an, prise de tête avec le boss, pas étonnant, à ouvert sa maison en chambre d’hôte lui aussi, pour payer les études de sa fille, puis finalement est revenu bosser ici à la demande du boss qui ne sait pas faire sans lui. Tu m’étonnes. Ce soir il y aura concert du patron rastaman, égocentré, on promet de venir un moment, mais là on est attendu pour un BBQ organisé à l’occasion de notre venue par Kana.
Lui nous considère affectueusement comme une mother-sister pour Brijou, moi comme un uncle, bienveillant. Et c’est comme des membres respectés de la famille que nous sommes accueillis, avec un peu de déférence au regard de note grand âge mais pas trop faut pas charrier, dans cette petite party avec ses amis chez Radiu et sa récente épouse Sriani. Lors de notre dernière venue Radiu que nous connaissions déjà allait se marier, mariage arrangé entre familles comme souvent ici. Ils ont l’air amoureux et étonnement très câlins même en public, je crois même pouvoir affirmer que c’est la première fois que j’assiste à des gestes de tendresse entre couple ici, pas plus qu’en Inde d’ailleurs, à part les rencontres furtives de très jeunes flirts. Kana est au BBQ à nous gaver de viandes rôties épicées, pendant qu’un de ses collègues ne cesse de remplir nos verres de cocktails fruités légèrement alcoolisés à l’arak. Ça tchatche, ça rigole, ça picole, séance photo avec tout ce petit monde et le papy voisin venu se joindre à la fête. Quel accueil, quelle fête. Quelle émotion partagée et contact échangé, parfois dans des larmes de joie de la rencontre ! Surprenant, bleuffant, sans retenue dans l’étreinte « Adéré » traduisez je t’aime, autour du feu, qui embrase chacun. Pour honorer ce moment, Brijou fume son dernier cigare et fait la promesse à chacun du « no more » Et à chacun, of course, le bracelet du « make a wish » accompagné du rituel « what is your feeling when the dream is coming ? Feel that » Ce qui fait de notre Brijou the future guru !
On s’échappe juste une heure pour assister au concert du patron du cottage, très médiocre et d’un égocentrisme pathétique, pressés d’aller retrouver la fête et nos amis. On festoie jusqu’à minuit et accompagnés par ceux qui restent, on rentre avec le minibus d’un des convives, chauffeur indépendant de son état, qui ouvre la sono à bloc pour nous laisser exploser tout en roulant en danses endiablées debout dans son engin transformé en disco-mobile. Un délire hilarant, tous gentiment un peu éméchés.

Jour #28 Mercredi 19 février
De Nuwara Elya à Ella.

Nous réussissons à entrevoir Sanjai ce matin, il nous encourage à faire de la pub pour sa Homestay, « That is my house » sur booking.com…bien sûr. On apercevra rapidement le patron Nishan qui a une fille à Toulon et qui nous rendra peut être visite lors de son prochain séjour en France. Il a un projet de busyness dans le sud de l’île avec un couple français de Nice, auquel il nous associerait bien, si on veut. Mouais… On verra, on verra.
Avec un couple français bretons et leur garçon, nous avions programmé un taxi pour descendre à la gare prendre le train pour Ella, mais il tarde à venir. On se précipite dans deux tuktuk pour ne pas rater notre train de 12:45, qui ne partira qu’à 14:30…normal. Cette voie ferrée à travers les montagnes est mythique, virages, surplomb mais aussi réputé pour la lenteur de ses trains et leurs surfréquentations. Bingo. Je passerai les 3 heures de trajet assis sur le sac à dos de Brijou, appuyé sur le montant de la porte entre deux wagons. Un peu éprouvant pour ma vieille carcasse de backpacker. Brijou a un peu plus de chance que moi qui partage à trois un fauteuil bi place.
Notre arrivée à Ella est un soulagement, j’avoue. Nous n’avions rien booké pour cette nuit mais la providence sera avec nous sur ce coup là qui nous amènera au Brillant View Homestay…une jolie maison solide et très bien tenue à flanc de colline avec une chambre donnant juste en face du localement célèbre Ella Rock, et sous nos pieds partout la jungle étalée. Là c’est décidé je ne bouge plus, du moins ce soir. Je sors les jumelles pour mieux appréhender le majestueux paysage qui s’offre là, et traquer les dizaines d’oiseaux chamarés qui virevoltent en tous sens. Brijou va prospecter dans les alentours et se dégotter un cours de yoga pour demain. Basta for Today, et demain farniente, nada !

Jour #29 jeudi 20 février.
Ella.

Le vent s’est levé cette nuit, assez fort pour que le bruit des branches et feuillages chahutés me réveille. J’avais pendu quelques fringues à sécher sur la terrasse en attique et m’inquiète de leur envol. J’arrive presque juste à temps, un châle de Brijou a été emporté et je n’arrive pas à le retrouver sous le faible éclairage de ma lampe frontale. En redescendant l’escalier je m’aperçois qu’une de mes deux tongs que j’avais laisser devant la porte extérieure a disparu …? Ainsi que la paire de Brijou. Ça ne pouvait être l’oeuvre du vent, mais peut être d’un étrange nocturne animal tripode. Ou alors de deux rôdeurs dont un unijambiste. Dès le réveil Brijou part à la recherche du vent perdu et de son foulard qu’elle retrouve du côté de chez Swan, autour de la maison pour être plus précis. Elle rencontre alors le proprio gêné qui lui tend nos trois pompes disparues, furieusement dévorées par son con de chien de garde, l’enfoiré. En dépannage il nous prêtera celle de sa femme, OK pour Brijou, et les siennes en taille 8 alors que je fais du 11. Gift, cadeau, qu’il lui dit. Sympa le gars. Bon ben moi qui ne voulais pas bouger de là me voici parti claudiquant dans mes demi tongs rentrées en force jusqu’aux boutiques du centre ville en quête de chaussures à mon pied et comme je n’aime pas mettre les deux pieds dans la même j’en prendrai une paire siouplait bien qu’il m’en restasse une encore intacte. ( Et si vous regardez bien ceci dit au passage, c’est le sort des tongs, de finir désespérément seules, il y en a toujours une qui craque avant l’autre, abandonnée et charriée sur les plages du monde entier qui en sont les dernières demeures. Fin de l’élucubration. ) On fait encore quelques boutiques pour de petits cadeaux, et je passe, hirsute au bout d’un mois, sous les tondeuses, ciseaux et coupe choux d’un barbier tondeur, une première. Maintenant ça y est on ne fait plus rien, farniente je l’ai déjà dit, à part un cours de yoga en pleine jungle pour Brijou, et une fin de journée à tourner autour d’un buffet de rice and curry divin dans un petit estaminet accroché sur pilotis à la colline.

Jour #30 vendredi 21 février.
Ella.

Il pleut depuis le milieu de la nuit une bruine continue. C’était annoncé, j’en rêvais. Et ça tombe bien car aujourd’hui nous avons prévu une rando à pieds pour réaliser l’ascension du Ella Rock, le gros cailloux juste en face de notre terrasse que j’ausculte aux jumelles depuis notre arrivée. La ballade est annoncée facile en 4/5 heures aller-retour. Et du coup au lieu de partir à la fraîche aux aurores on peut prendre le temps de démarrer plus tard, la température ambiante étant redescendu à 25 degrés avec un fort taux d’humidité. La marche démarre à l’horizontale en suivant la ligne de chemin de fer sur un bon kilomètre, le train nous y frôle même à 20 à l’heure, d’où les voyageurs nous saluent au passage, dont le yoguiste allemand avec qui Brijou suivît le dernier cours, improbable au revoir gestuel très démonstratif au risque de tomber du machin qui s’ébroue. C’est rigolo nan tu trouves pas ? Il pleuvine par intermittence, toute la terre et ses plantes exalent leurs essences, on en prend plein les narines. Brijou c’est couverte la tête d’une grosse feuille coupée très ergonomique. Pumpkin leave, et trés seillante qui fait son petit effet auprès des gens que l’on croise, si si. Passé la cascade à gauche il faut choisir l’un ou l’autre chemin qui grimpe. Un guide rabateur a senti notre léger doute et nous ferré, on se laisse faire c’est de bonne guerre. Le gaillard est plutôt sympa et rigole tout le temps, il a aujourd’hui 50 ans mais plus toutes ses dents. On traverse une savane de hautes herbes, puis des champs de thé avant d’entrer dans une magnifique forêt d’arbres géants dépassant à vue d’oeil les soixante mètres, surtout de longilignes eucalyptus qui parfument l’atmosphère humide parmi les autres éfluves florales. On marche plutôt lentement pour apprécier, les autres nous doublent plus pressés d’en finir avec ce sommet. Quelques centaines de mètres avant, Anande nous laisse là, on lui file un bon pourliche, lui souhaitons un joyeux anniversaire, il repart en courant avec ses tongs, sûrement en quête des prochaines brebis égarées. À l’arrivée, des mamans proposent des jus de fruits frais mixés en direct sous les yeux avides de petits singes à l’affût d’un manque de vigilance pour chipper une douceur. Le spectacle face à la vallée qui s’ouvre profondément depuis là haut est vraiment magnifique, impressionnant autant que paisible. En face se dresse Little Adam’s Pic, que nous avions gravi il y a 4 ans. On prend le méme temps pour redescendre plus ou moins par le même chemin. On en a qu’en même plein les jambes arrivés en bas. Mais est prévu ce soir une séance de massage ayurvédique pour ramollir nos quelques courbatures, bien joué que je dis, pour conclure cette très belle journée.

Épisode #10
Jour#31 samedi 22 février
De Ella à Panama

130 km entre Ella et Panama, avec une junction et changement de bus, en gros ça ferait 6 à 7 h de trajet avec le transit si on tombe bien pour le second bus. Mmmhhh. Trop long. Tant pis on lâche 40 balles pour un taxi et 3 h de route, pour ne pas perdre la journée. On a encore du temps mais pas tant que ça pour boucler ce qu’on a prévu sans speeder. Ce temps là a un prix, that’s it. Et en comparaison ce tarif serait celui d’un covoiturage chez nous. Allez zou ! On y go.
Départ 10:00 de Ella dans une petite Toyota flambante neuve et son jeune chauffeur, négocié la veille avec Nimal, un rigolo sympa croisé sur la voie ferrée.
La descente dans la vallée est évidemment sinueuse et un peu lente, c’est une route principale qui mène de cette ville très touristique que nous quittons au plein sud et la côte et ses plages, donc fréquentée, un peu notre nationale 7 d’antan. Mais 30 km plus bas arrivés en plaine nous nous dirigeons à gauche vers l’Est. Et comme c’est la basse saison là bas, voire la saison des pluies, la route se dégage d’un coup et tire en presque ligne droite, c’est la route d’Arugam Bay, ville côtière à la réputation surfureuse et même surf-furieuse, avec sa vague, The Point, qui fait partie du circuit mondial des compétitions de la discipline. Cette belle route, au sens de la qualité de son enrobage, c’est assez rare pour être noté, traverse des plaines et rizières verdoyantes et une jungle parsemée d’étendues d’eau propices à une faune sauvage abondante d’oiseaux. Mais pas que. Cette nationale pénétre des parcs nationaux et il est vivement conseillé de réduire la vitesse, les panneaux routiers jaunes indiquant la présence d’éléphants et de buffalo. Du coup on matte, on scrute car avec un peu de chance nous en croiserons déboulant d’un fourré. Et bien nan, no lucky today. Par contre nous débusquons les narines et les yeux globuleux de nos deux premiers croco planqués dans un étang de nénuphars, ainsi que de magnifiques singes au visage noir et pelage gris, longue queue, trés filiformes, pouvant se tenir debout à la verticale comme nous à la verticale et bondissant comme des chevreuils, des Entelles d’Hanuman m’apprendra wikipedia, une espèce endémique. Affût réussi. Nous arrivons à destination 12 km au sud d’Arugam Bay à Panama chez Somasiri et Sosanthika son épouse. La maison de village est très spacieuse et modestement aménagée, pas de chichi, l’essentiel. Tout est traversé par l’air libre pour rafraîchir car s’il y a des fenêtres, de bel ouvrage d’ailleurs car notre hôte est entre autre menuisier, elles sont sans vitres mais protégeant des intrusions par de discrets barreaux. On a la sensation d’être autant dedans que dehors. Ambiance ferme plus que Marie Claire Décoration Pouetpouet. Le village entier est plongé dans la végétation, bananiers et cocotiers dans toutes les propriétés à minima. Et l’océan est à 500 mètres à vol de pélican. Somasiri est tout sourire et parle un peu anglais, son épouse pas du tout, pas plus que Puta le cadet de la famille, 11 ans. L’aîné lui, Sadip, 19 ans, fait ses études en sciences politiques à Kandy. Pas étonnant avec un père engagé dans la défense de la cause paysanne ici. Sur le mur du séjour il y a un tableau blanc, ça va aider un peu à communiquer et se présenter. On pause nos sacs dans notre chambre, au moins 25 m2 avec deux grands lits et un plus petit, et surtout avec moustiquaires ça ne sera pas de refus. Heureusement pour nous le ciel est couvert et la pluie tombera pour rafraîchir l’atmosphère. On part à pied à travers le village aux ruelles tout en angle droit pour l’océan de l’autre côté des dunes à 1 km. Pas de touriste ici à cette saison et d’ailleurs très peu en général. On ne passe donc pas inaperçus avec nos dégaines et nos peaux à peine hâlées. Les bébêtes curieuses, mais l’accueil est trés sympa pour autant. Autour du village il y des lagunes couvertes de nénuphars en fleur, violets, avec quelques vaches qui broutent sur les côtés, et des dizaines d’oiseaux, échassiers pour la plupart, ibis, aigrettes, et plein d’autres. Sous ce ciel nuageux c’est magique et très agréable. Puis, au pied de la dune, on longe un cimetière bouddhiste, sobre sans fleur et tout peint en bordeau, sont vachement tranquilles ici en attendant la réincarnation. Enfin nous gravissons la dune de 10 mètres pour nous retrouver sur une plage déserte et sauvage face à un océan bien formé. Baignades inenvisgeables, alors ce sera balades et coquillages. Parfait. On se prend une douce averse en rentrant à l’abri d’un grand parapluie, pataugeant pieds nus sur des routes en ciment au contact très « doux » sous la plante et sous la pluie. Quel calme ! Durant deux heures on reste à écouter et regarder cette pluie providentielle sur le perron abrité de notre Homestay. Brijou s’invite en cuisine pour apprendre et communiquer, s’apprivoiser. Ce soir elles auront ensemble mitonné un curry de paripou juste bien strong, des lentilles jaunes en cingalais. Sur le tableau blanc on vient inscrire ce nouveau mot avec ses traductions en français et en anglais. À défaut d’un grand pas pour l’humanité un petit plat pour l’amitié.

Jour#32 dimanche 23 février
Panama

De grands bruits fracassants sur le toit nous réveillent en sursaut. Je regarde par la fenêtre pour voir Somasiri tenter de chasser nos beaux singes, les Entelles, qui sautent de branches en branches et atterrissent sur le toit. Le véritable problème c’est que dans leur chute ils peuvent par leur poids , les bestiaux adultes les plus gros doivent bien faire 30 kilo, fendre les plaques de fibro ciment de la couverture. On sort pour les observer pendant une demi heure, ils sont farouches et restent sauvages malgré leur habitude à côtoyer les villageois. Il y a un endroit chez moi où j’aimerais bien leur serrer la pince aux cousins.
On loue pour la journée le scooter de notre hôte pour aller sur les pistes du parc national qui démarre ici. Notre objectif est de rejoindre Okanda, un minuscule port de pêche, en bout de piste à 25 km au sud. Il a pas mal plu cette nuit et la boue rend la conduite glissante, alors j’y vais piano. Le parcours nous mènera à travers les étangs, une steppe savane haute plus qu’une jungle avec un gazon très raz, parsemée de monticules de granit, toujours, la mangrove, jusqu’à l’océan et des plages désertes. Nous croiserons surtout beaucoup d’oiseaux, on est sur un bird sanctuary, dont des pélicans, j’adore leur vol, et trois crocodiles tout de même, mais toujours pas d’éléphant, dommage. On fait une halte sur un site hindou bouddhiste avec deux petits temples qui se côtoient sur une de ces énormes concréations granitiques, site archéologique qui daterait de 2300 ans, avec de jolis petits bassins naturels et des ruines de ce qui fut un très grand ensemble. De nombreux pèlerins empruntent cette piste qui se prolonge dans le sud du parc Yala car elle aboutit à un temple hindou très sacré en plein parc. L’ultime escale se fait à Okanda. Des bâtiments s’y alignent façon préaux couverts désertés hors période du pèlerinage en septembre. Ça fait assez dead zone crade et abandonnée. Pourtant des hommes y travaillent à l’entretien des toitures et des pèlerins débarqués de plusieurs bus viennent partager dans un temple le gruau sucré collectif, qu’ils nous offrent d’ailleurs avec de la pastèque, ça tombe bien nous n’avions que quelques bananes à manger. On les accompagne sur la plage où ils viennent récolter une poignée de sable mouillé par les vagues. On se balade sur la plage vide jusqu’aux blocs de granite, encore, qui enferment la baie et plongent comme le dos d’énormes cétacés dans l’océan qui vient furieusement déferler dessus. C’est à la fois rond et doux, j’adore marcher pieds nus sur cette roche, et d’une énergie violente du choc des masses d’eaux qui explosent et jaillissent haut en se fracassant, titanesque et un peu impressionnant.
Sur le chemin du retour nous retrouvons nos croco qui n’ont pas trop bougé, la gueule grande ouverte pour se rafraîchir. Très chouette virée. On fait un saut jusqu’à Arugam Baye, le projet de développement touristique très soutenu via la mode et la surf fashion way of life, très artificiel tout ça, depuis le tsunami de 2004, pour voir à quoi ça ressemble en morte saison. Tout est dit sur l’ambiance, quant aux vagues elles sont très vagues mais très nombreuses et fortes. Il n’y a personne dans l’eau ou seulement jusqu’aux molets, en dessous du bermuda qui va bien. On rentre au soleil couchant dans notre petit village bien authentique avec des vrais gens du cru, il n’y a pas photo.

Jour #33 lundi 24 février
Panama

Dans la nuit Laka est arrivé en bus, éreinté de sa traversée ouest-est. Nos retrouvailles ici quand il sera reposé seront l’occasion d’un atelier de discussion avec nos hôtes pour leur présenter l’outil de développement touristique que pourrait être pour eux la plate-forme internet lesoiseauxdepassage dont je me fais le représentant. La présence de Laka en tant que traducteur d’une part mais aussi et surtout en tant qu’activiste des causes paysannes et des défenses des droits des moins favorisés va permettre de bien cadrer notre collaboration. En effet l’objectif de cette réflexion va porter sur l’intérêt a donner de la visibilité sur le net au groupuscule d’activistes paysans et pêcheurs de Panama dont Somasiri est une des fortes têtes qui luttent depuis vingt ans pour récupérer leurs terres spoiliées par l’armée pendant la guerre civile, et en assurer le développement qu’ils jugeront le meilleur dans le développement durable pour leur communauté enracinée ici depuis des générations, et la protection du territoire à sanctuariser. Le tourisme responsable, cher à un certain nombre de clients étrangers voire d’organismes internationaux de développement, pouvant être une arme pacifique redoutable pour l’image d’un pays qui mise plutôt sur un tourisme de masse et blingbling. L’action se déroule sur un territoire au nord de Panama dans le prolongement sud d’Arugam Baye, tiens donc. La Navy et l’Air Force y ont déjà installé deux camps militaires distants de 2 km avec vues et accès sur la côte sur des terres dont ils ont chassé les paysans armes aux poings, brûlé leurs habitations, frappé les vieux à coups de matraques…pendant la guerre civile. Celle ci terminée depuis 2009 ces corps d’armée ont petit à petit officieusement commencé à construire des structures d’accueil soit disant pour leur besoin mais en fait commanditées par le gouvernement pour en faire des structures hôtelières, sur des sites classés protection du littoral après le tsunami et ne leur appartenant pas de toute façon, les paysans chassés mais insoumis étant toujours en mesure de justifier de leurs actes de propriété. Pour s’opposer à ces injustices et aux armes leur premier recours fut la loi. Ce qu’ils surent faire en médiatisant leur affaire à l’étranger par le biais d’ONG sympatisantes et en déposant des plaintes auprès d’instances comme la cour internationale des droits de l’homme qui exigèrent du gouvernement la restitution des terres spoliées. En partie maintenant restituées les paysans tentent de remettre en activité leur terre mais aussi d’y développer une petite activité touristique raisonnée et durable d’accueil et de découverte du territoire, servant de faire valoir vis à vis des objectifs affichés de développement touristique par le gouvernement. Car ces hommes et ces femmes, paysans et pêcheurs, aux racines ancestrales ancrées au plus profond de ce territoire le savent bien, l’important ce n’est pas le tourisme qui peut être balayer comme un fétu de paille pour X raison, mais la terre et sa préservation. En revanche ils savent aussi qu’utiliser une vitrine touristique durable à destination d’une clientèle étrangère sensible pour justifier de leur implantation et leur réinstallation pérenne sur leur propre terre et faire pression sur le gouvernement vis à vis de l’image du pays à l’étranger est la solution la plus futée et la moins dangereuse pour obtenir gain de cause. Le tourisme comme aiguillon face à la corruption et la vilenie en quelque sorte.
Se faire connaître à l’étranger via le net, ça par contre ils n’y entendent que pouic. Et comme c’est devenu le canal incontournable il n’y a pas le choix faut s’y coller. C’est ce que je vais essayer de faire de manière expérimentale avec un premier cas, celui de mes hôtes et si ça matche on développera leur réseau ici, et peut être même sur d’autre territoire. Laka devenant le chaînon entre nos bonnes volontés réciproques. Aujourd’hui on va commencer par deux trucs basiques et gratos, créer un référencement de leur Homestay sur google et une page Facebook. Mais même ça d’ici avec un simple smartphone et des échanges parfois encore compliqués pour être très précis va nous prendre une bonne demi journée… En fin d’après-midi nous allons visiter ces terres si convoitées sur lesquelles les farmers commencent à re-planter légumes et arbres sur chacune de leurs 35 parcelles, face à l’océan majestueux, et là bas dans la baie au sud le spot de surf et l’entrée de la lagune ramifiée dans la mangrove, sanctuaire à oiseaux et lieu de pêche traditionnelle du poisson, du crabe et de la crevette. Un paradis, à préserver, de grâce, de grâce monsieur le promoteur. Pourri que tu es !
Sur le chemin du retour on croise enfin notre premier éléphant libre et sûrement sauvage vu la tête qu’il fait en nous voyant nous approcher. Sa présence naturelle sur ce territoire à elle aussi été perturbé par l’installation des deux camps militaires qui l’on enserré dans un étau, l’obligeant parfois à traverser les terres des paysans, et d’y faire des dégâts for sure. Il a de quoi faire la tête et ne pas montrer son plus beau sourire à Brijou, bougre d’éléphant.
Je redoute un peu demain la séance de présentation de la plate-forme lesoiseauxdepassage et toute son interface de gestion personnel vu comme ont été laborieuse la simple élaboration des pages google et fb. Surtout depuis mon simple smartphone. Heusement il y a le tableau blanc, on va pouvoir jouer à dessiné c’est gagné.

Jour #34 mardi 25 février
Panama.

7:00, tongs coincées on part voir l’océan à 1 km où nous étions venu en repérage à notre arrivée. En franchissant la dune nous tombons nez à nez avec une grosse tortue des sables qui nous attendait sagement sur la plage seule à des kilomètres à la ronde. À perte de vue en tout cas. Elle attendra qu’on se mette à l’eau dans les vagues, plus accueillantes ce matin mais on fait gaffe car le courant est vraiment fort qui te tire vite au large. Seuls donc sur ces plages sauvages, incredibeule et savoureux, ambiance chocolat bounty coco. On rentre pour 9:00, le soleil est déjà très chaud. Cup of tea ?
Comme imaginé, les 4 premières heures de présentation et de discussion sur le fonctionnement l’historique et l’éthique de la plate-forme LODP ont été physique pour nous trois, Laka, Somasiri et moi en terme de concentration et de communication pour être sûr de bien se comprendre. On en a sué à grosses gouttes mais ça, c’est fait. Brijou en profite pour bouquiner longuement dehors « La Panthère des neige », ambiance -30°C, c’est rafraîchissant. On fait un break lunch et vers 4:00 pm on part de la maison à pied nous approcher de la lagune et de sa mangrove, territoire de la société de pêche de Somasiri. Avec l’aide de Laka ils nous font une visite botanique de ce que l’on croise, nous font croquer dans des baies inconnues, on rencontre des pêcheurs, que Bribri petite reporter photographie les pieds dans la boue fertile et limoneuse du bayou. Puis on débouche sur l’estuaire de la lagune, ses bouts de plage et bâteaux de pêche échoués, une énergie naturelle de dingue en ces lieux. Entachés par la présence des miradors de la Navy, et de quelques début de chantiers sauvages engagés par des fonctionnaires haut placés ou politiciens véreux copains comme cochons, abandonnés grâce aux actions et dénonciations des activistes locaux. Compliqué de développer du tourisme durable ici quand on s’est opposé à des chantiers plus que douteux menés en douce par ceux là même qui sont habilités à t’en donner l’autorisation. Ubuesque. On rentre fissa à la nuit tombante presque au pas de course, en tongs c’est tuant, pour pouvoir filer avec Puta et son pote leur acheter des Cat Fish promis pour leur aquarium. Eux à deux sur un mini-vélo et nous derrière en Scooter pour mieux les éclairer dans ces rues sans éclairage public, mais avec seulement quelques ampoules installées ci et là, que l’on fait fonctionner à notre guise par un interrupteur fiché sur un poteau de fortune. Pas bête du tout en terme d’économie d’énergie si quelqu’un pense à bien éteindre en rentrant. Les gosses sont tout excité à l’idée d’augmenter leur bans de poissons et pédalent avec entrain dans cette virée nocturne pour vite rentrer vider les précieux petits sacs roses balotés dans lesquels nagent leur poissons qui pour le coup on sûrement choppé le mal de mer.
Ce soir dernière phase de travail de 3 h avec Laka et Somasiri pour montrer et expliquer le fonctionnement de l’interface personnel de la plate-forme LODP qui permettra de présenter les propositions d’hospitalité de cette Homestay et de son territoire, à titre expérimental car il y aura beaucoup d’éccueils à surmonter pour que ça deviennent pertinent, tant techniques, économiques que humains. Je phantasme sûrement sur les objectifs à atteindre mais bon, il faut essayer, slowly slowly, ça ne mange pas de pain et ça pourrait peut être leur faire gagner le leur.

Jour #35 mercredi 26 février.
De Panama à Tangale.

Journée de transit aujourd’hui d’Est en Sud. Nous quittons nos hôtes, aux caractères si forgés malgré leur air de ne pas y toucher, en sachant que ce n’est qu’un au revoir mes frères, ce n’est qu’un au revoir.
Laka nous accompagne dans le taxi que nous avons réservé jusqu’à une « bus stand junction » d’où il trassera pour Colombo faire sa demande de visa pour le Brésil où il sera interprète aux côtés d’une représentante d’une confédération paysanne srilankaise lors d’un meeting international. Nous nous reverrons en France très prochainement et avons encore pas mal de boulot à faire ensemble.. Hasta luego amigo.
210 km nous sépare de Tangale où nous rendons visite à Tharindu et sa petite famille rencontrée il y a 4 ans.. Notre jeune chauffeur habituellement conducteur de jeep safari pilote plutôt bien, on sent qu’il aime çà, et a la bonne idée de passer par une route secondaire très joliment arboré et qui traverse un sanctuaire pour éléphants. Nous serons assez chanceux pour croiser par trois fois sur la route les mastodontes. Sanpun sait les approcher sans les déranger et nous permet de les observer de très près, bien plus que sur une piste de parc. Magiques et sympathiques bestiaux, moment privilégié imprévu que nous n’aurions pas pu vivre en bus public sur les grandes routes nationales.
À Tangale nous débarquons pour la troisième fois au Ganesh Garden ou travaille toujours notre jeune ami Tharindu. L’endroit était déjà chouette la première fois, et a encore monté en standing, et en tarif du coup, on tombe presque dans le luxe. J’exagère, car la nuit est à 65 € petit déj compris, le cadre en vaudrait largement le triple en France, cabanes climatisées, parc arboré de palmiers avec hamacs et balancelles, restaurant demi gastronomique sous une immense charpente paillée donnant sur la plage et l’océan plein sud. Dans le genre c’est chouette c’est sûr. Mais après tout ce que nous avons vécu ces dernières semaines s’en est presque indécent. Je ne suis pas du tout à mon aise. Pour autant nos retrouvailles avec Tharindu sont très touchantes, nous nous sommes adoptés en quelques sortes. Nous passerons cette première nuit ici sur les 3 prévues, et les 2 suivantes dans une Homestay d’un de ses cousins à quelques centaines de mètres en bordure de la mangrove, 3 petites piaules avec salle de bain toutes simples qu’il vient d’ouvrir à côté de sa très modeste maison, mais on restera en famille, c’est tellement mieux comme ça. Tharindu se libère de sa soirée de travail, il n’y a pas beaucoup de touristes ce soir et nous accompagne saluer femme enfant et papa dans la maison familiale à un petit kilomètre à pied de l’autre côté de la mangrove. Inévitablement bien accueilli nous finirons par être invités pour partager le rice and curry cuisiné par la frêle et jeune Aminda, tout juste rentrée de son nouveau boulot dans une des fabrique de vêtements gouvernementale, où elle bosse à plein temps 6 jours sur 7 pour un salaire de 100 €… No more comment pour ce soir et apprécions ce riz partagé.

Épisode #11
Jour#36 jeudi 27 février j-7
Tangale

L’océan semble s’être un peu calmé ce matin de ce que nous pouvons entendre de la fenêtre ouverte de notre chambre du Ganesh Garden Ressort. L’ambiance du p’tit déjeuner buffet dans ce cadre chic n’est pas très jouasse, ou alors d’un feutré plombé. On dirait que les clients ne se réjouissent même pas d’être là, gênés peut être ou ayant peur de gêner en faisant trop de bruit, dans ce cadre qui doit les changer de leur quotidien, j’imagine. Comme quoi le luxe ne fait pas le bonheur…
Finalement les vagues restent encore très fortes et le courant assez menaçant. On essaie de faire trempette sur le bord mais même ça suppose d’être vigilant car le retour des vagues te fauche les pieds. Ou alors il faudrait pour aller nager passer la barrière des 20 premiers mètres de mer, ou 20 derniers mètres selon qu’on se préoccupe du sac ou du ressac, les deux étant difficiles à gérer, genre machine à laver en mode essoreuse. Anywhere, au bout de 15 minutes on renonce, le temps de ce remplir le maillot de sable. On entame une petite marche sur la plage très en dévers. À 9:00 il fait déjà plus de 35, et même avec la petite brise du large tu comprends vite que tu es plus près du soleil sous cet angle tropical, presque le plus au sud de l’île à moins de 6° de l’attitude Nord.
Perso je n’insiste pas et me réfugie à l’ombre des palmiers pour écrire peinard. Brijou glane encore quelques coquillages percés pour en faire des perles pour ses bracelets. On quitte ce ressort pour nous installer dans la Homestay Star Sun de Chamit, le cousin de notre jeune ami Tharindu. L’ensemble est fraîchement sorti de terre sur ce terrain, familiale depuis bien avant les investissements touristiques, on était des pêcheurs ici, et est constitué de trois piaules modestes et fonctionnelles avec petites paillotes ombragées pour manger ou siester, proposées à moins de 10 balles la nuit. Située en bordure de mangrove le long d’un petit chemin on y est retiré et très au calme. Notre hôte de 30 ans, qu’on avait déjà croisé lors de nos précédents séjours, habite avec sa mère dans la maison familiale d’origine, bien plus modeste encore que notre chambre, le confort et le rangement n’étant pas leur préoccupation, pourvu qu’on puisse y cuisiner, dormir, s’y abriter et se laver, le reste est futilité. Ils restent bouddhistes et peu matérialistes. Après un tas de petits boulots saisonniers, une tentative d’immigration vers la Corée du sud avortée à la mort du papa, Chamit investit toutes ses économies dans cette petite entreprise qui démarre doucement doucement, mais au moins il est relax comme il dit et ne se fait plus exploiter par ses patrons. Il a un sourire permanent plein d’espoir et de philosophie. Chouette gars que celui là. Et il sait de qui tenir avec une maman toute aussi accueillante.
Nous avons rendez vous chez Tharindu cet après-midi, c’est son jour de congé, pour prendre ensemble avec son minot de 3 ans et demi, Chetiya, un tuktuk pour aller nous baigner dans une baie protégée du vent d’est et facile d’accès avec le petiot. Hiriketiya beach se trouve à 15 bornes à l’ouest de Tangale. C’est le début de la côte très balnéaire avec ces fameux spots de surf. La baie entourée de palmiers est effectivement magnifique et les vagues s’y forment et se déroulent sur une bonne centaine de mètres en toboggan déroulant une écume régulière sur un fond de sable en déclinaison douce. Le spot quoi ! Aujourd’hui les surfeurs occupent l’est de la crique, nous nous installons de l’autre côté, là on sera tranquille pour jouer et se baigner dans une eau turquoise à 28° avec des vaguelettes idéales pour que le gamin s’éclate et passe de bras en bras. Trois heures durant non stop ! On grignote un Fish Rice, un Kotu Fish, si vous vous rappelez c’est une crêpe farcie hachée aux couteaux, et une salade de fruits frais, achetés au food truck, un ancien bus posé là sur cales pour la saison. Très goûteux. Le gamin dévore, l’appétit creusé par les vagues, pressé d’y retourner. Le coin fut le quartier de naissance de la maman de Tharindu. Ils y viennent parfois en famille dans une hanse juste à côté, plus locale et moins branchée. Sur le chemin du retour en tuktuk le minot ne fait pas long feu et s’étale en travers de nous trois, il a tout donné et ne demande pas son reste. Atmosphère sympathiquement très familiale. Ce soir encore nous mangerons à la maison avec grands parents, parents et petit prince, et le jeune cousin saisonnier hébergé ici. Aminda cuisine en un temps record currys et salades pour accompagner le thon frais que nous avons acheté. Encore une fois c’est Byzance. Chez eux pas de table, on s’assoit où on veut sur des chaises en plastique plus ou moins en rond dans la salle principale, assiette pleine dans la main gauche et les doigts de la main droite plongés dans la nourriture pour se confectionner des bouchées d’un mélange des différents plats à pousser du revers du pouce dans la bouche, encore meilleur comme çà, et c’est devenu une habitude pour moi. Encore une semaine pour en profiter avant de reprendre contact avec le froid Inox de nos couverts. Plus qu’une semaine déjà.
Pour rentrer à notre homestay nous empruntons le scooter Honda 110 cc encore presque neuf de Tharindu et Aminda dont nous avons contribué à financer l’achat et qui nous le laissent pour la journée de demain afin que nous puissions nous balader dans le coin en autonomie. Super. On les quitte vers 21:00, il y en a qui bossent et se lèvent à 5 h ici.

Jour#37 vendredi 28 février j-6
Tangale

La maman de Chamit, amma, elle aussi se lève tôt, pour préparer faits maison les petits déjeuners. Avec un peu d’expérience pour nous maintenant on va retrouver les mêmes plats mais préparés différemment par les unes ou les autres, différences que je ne saurais mettre sur une spécificité régionale ou simplement une touche personnelle. Mais elles nous auront toutes régalés dés le réveil avec un éveil des papilles dans des saveurs très prononcées. Je ne pense pas avoir manger plus de trois fois une tartine pain beurre confiture depuis notre départ, et en suis ravi. Encore une fois le voyage nous bouscule dans nos habitudes, et s’en est un des principal intérêt, s’ouvrir, à la bouffe comme au reste, aux autres.
Brijou aussi s’est levé tôt pour scruter la vie de la mangrove se réveiller. Elle traque le watermonitor, ou varan, qui loge dans ces eaux stagnantes et troubles. Ce gros reptile qui atteint facilement son mètre cinquante évolue dans son domaine en louvoyant très lentement à la surface de l’eau tel un bout de bois flottant. Sur terre il ondule en S à petite vitesse, haut sur ses pattes de gros lézard. Inoffensif à priori on peut l’approcher jusqu’à 3 mètres avant que du coin de son oeil torve il ne nous capte et tire sa révérence d’un esse de la queue qui veut dire salut.
Moi, je flemmarde sous ma moustiquaire. Après le succulent petit déj d’amma, nous nous brieffons avec Chamit pour emprunter en scooter la meilleure route et nous rendre au Mugaraawela Roc Temple, à 20 km dans les terres. Après les 10 premiers kilomètres toujours aussi rodéo de nationale, sur laquelle on traverse un de ces énormes chantiers d’ouvertures d’autoroutes qui vont là aussi transformer le pays, on tourne à une jonction pour rouler sur une route déserte de campagne et de forêt qui sillone à travers les collines. Soudain se dresse isolé un énorme bloc de granite noir et rond de 100 m de diamètre sur autant de haut. Une quasi boule. C’est accroché à ce roc que fut construit ce temple bouddhiste au XIX ème siècle sur des fondations datant du Xème. Un monastère y accueille encore des monks tout d’orange drapés. L’ensemble présente sur 4 niveaux qu’on gravit par 600 marches d’escaliers, des grottes aménagées en temple, peintes de fresques d’un beau graphisme racontant la vie de « l’être éveillé », avec des bouddhas couchés d’une douzaine de mètres. L’endroit est très paisible et nous y sommes presque seuls avec de rares touristes. On débouche au sommet sur un ultime petit temple et surtout sur le rocher nu qui offre un point de vue panoramique sur les collines et la jungle en contrebas.
De retour sur Tangale nous décidons de retourner nous baigner à Hiriketiya beach, seule plage abritée que nous connaissions par cette journée de grand vent.
C’est notre dernier soir ici, nous avons inviter Aminda et le petiot à manger au restaurant où travaille Tharindu. Le gamin est fin excité à l’idée d’aller au Ganesh Garden et saute littéralement dans ses tongs puis dans le tuktuk qui les y emmènera avec grand père qui s’est invité, il à bien fait, et pour l’occasion a sorti fièrement sa belle chemise à rayures bleues et la montre acier offertes par son fils. Tharindu lui aussi est fier de nous y accueillir en famille. Soirée feutrée tout en douceur. Avec Aminda on rentre à pied à travers la mangrove, obscure et mystérieuse. Brijou et elle marche bras dessus bras dessous, apprivoisées, adoptées. On aura appris hier qu’Aminda est orpheline depuis ses 7 ans, sa mère faisant partie des nombreux portés disparus de la guerre civile, pour des raisons ignorées par nous. Aminda s’accroche d’autant plus à cette relation affectueuse avec Brijou, accueillante évidemment. Arrivés à la Homestay c’est avec Chamit et amma que nous finissons la soirée autour d’une bière. Il s’est écrit sur la peau noire ébène de ses bras un love et son prénom avec les stylo feutre indélébile doré que Brijou a offert à ses neveux. Ça marche mieux que l’encre noire pour un tatoo qu’il aimerait avoir. On rigole de cet effet contrasté un peu kitch mais très visible, il me demande de lui dessiner sur le bras une tortue semblable à celles tatouées sur mon mollet. T’es sûr gars ? c’est tenasse comme encre. Yes yes yes, ari ari ari ! Qu’est ce qu’on s’amuse, maman et fiston rigolent comme des bossus de leur plus beau et résonnant rire, c’est vraiment sympa, même si je ne suis pas très fier du résultat qui fait un peu oeuf de pâques. Il en aura bien pour une semaine à l’enlever, le temps pour se faire à l’idée.

Jour#38 samedi 29 févrie j-5
De Tangale à Polena

Départ prévu ce matin pour notre avant dernière étape à une encablure de là, 35 km, 1 heure et demi en bus tout au plus, une bagatelle. Pendant le thé matinal défilent devant nos yeux sans que nous ayons à lever le petit doigt sauf pour tenir notre tasse, rien moins que: :un varan, trois femelles paon avec leurs couvées, une bande d’Entelle d’Hanuman et un caméléon dans son costume du moment, écorce d’arbre pour l’occasion. Sympa nan ? et mieux que TV achat. Derniers hugs et quelques larmes, Tharindu et Amanda sont venus nous dire au revoir, juste avant d’aller au boulot. « Doué/Amma » traduisez « fille/maman » Imaginez Brijou… Puis des hugs avec tout le monde, Brijou leur apprend à faire des bises… Fous rires général ! on se revoit vite d’ici deux ou trois ans c’est presque écrit.
Le chauffeur du bus public gouvernemental roule comme un malade, comme tous ici. Il chique du bettel, un excitant comme la feuille de coca, et crache par la fenêtre un long jus de salive, rouge comme son bus. Beurk. Mais on arrive à bon port à Matara d’où on choppe un tuktuk pour Polhena pour nous rendre sur le littoral au Sabine Ressort que nous avions fréquenté il y a deux ans. Erreur de booking il n’y a plus de place ici mais la patronne nous trouve une piaule chez son frère à 100 m, le même spot pour la vue sur les vagues et les acrobaties des surfers. L’ambiance est moins branchouille board et zik, mais finalement c’est mieux pour un calme complet. Nous ce qu’on vient chercher ici c’est les tortues ! Il se trouve qu’ici pour ça c’est the place to be. On pose nos sacs et on enfile nos maillots et un t-shirt pour se protéger du soleil, essayer tout du moins. Je sors enfin mon masque et mon
tuba que je trimbale à dessein depuis le début, mon propre matos car je suis sûr au moins qu’il n’y a que moi qui me suis mouché ou ai craché dedans ! Oui Madame, c’est ça aussi le snorkeling, une espèce d’onomatopée de ce qui se passe quand tu as la tête dans le bocal. Brijou en emprunte un…chacun son truc. L’océan est toujours autant agité hélas est l’eau de ce récif coralien est complètement trouble, visibilité zéro à 1 mètre. Pourtant elles sont là on le sait et parfois même on les voit depuis le bord quand elles viennent reprendre une bouffée d’air avant une apnée longue de cinq minutes, minimum. Faut insister, pas le choix et peut être qu’on aura plus de chance demain. Pour se réconforter de cette frustration on va manger dans une gargotte sur piloti qu’on connaît bien, un truc qui ne paye pas de mine fréquenté que par des hommes, locaux qui viennent manger entre potes et boire du whisky, nous c’est pour le poisson grillé qu’on vient jusque là. Le patron et son acolyte nous reconnaissent même, c’est pas beau ça ?

Jour#39 dimanche 1er mars j-4
Polhena

Au départ on croyait en se levant tôt trouver un océan plus calme, genre il est mignon il s’est bien reposé toute la nuit maintenant il va se calmer hein ! Bah nan pas vraiment. Peut être un peu moins de vent vers 7:00? Ouais,chouia. L’eau semble toujours aussi trouble, mais est-elle seulement des fois claire sur ce spot agité ? Va savoir quand tu n’es que de passage et que tu ne connais rien au rythme de cet océan, tout ne se résume pas au modèle breton. Certains océans ont 4 marées par jour, d’autres deux, avec un marnage de plusieurs centaines de mètres pour les uns, ici à peine une dizaine. Ici la lune croisse du bas vers le haut, chez nous c’est de gauche à droite. Ici c’est la constellation d’Orion, le chasseur, qui centralise le zénith du ciel nocturne, chez nous ce serait la grande ours, etc, etc. Alors pour connaître les meilleurs conditions pour observer les tortues tu repasseras. Pas le choix, va falloir faire avec ce qu’on a, une journée encore devant nous, croiser les doigts et prier bouddha. Brijou veut tenter sa chance sur une plage réputée à un petit kilomètre à l’est d’ici en remontant la côte à pied. Pour moi il fera déjà trop chaud et si je vais dans l’eau ce matin ça sera ici et juste le temps de me rafraîchir. Good luck and See you. Après une première heure d’écriture j’aperçois à l’horizon une petite armada de bateaux. Mais oui ! mais c’est bien sûr, les sorties d’observations de baleines qui se déroulent là au large. Je vais chercher mes jumelles et me tanque les coudes sur un poteau, ajuste au mieux la netteté et observe le mouvement des bateaux sur sîte. Certes ils sont loin, mais mes jumelles sont très claires avec un bon grossissement et ma position depuis la côte me donne un champ de vision très large qui embrasse largement le mouvement de tous les bateaux. Il ne me reste qu’à observer patiement et avec un peu de chance… J’ai déjà eu par quatre fois l’occasion d’observer les baleines, au Canada dans le golf du Saint Laurent, au sud du Chili en remontant la côte pacifique depuis la Patagonie, et deux fois ici, dans le sud non loin vers Mirissa et sur la côte est à Trincomale. Toujours depuis des bateaux, du zodiac au ferry. Je sais quoi chercher mais depuis la côte et à si longue distance c’est un peu illusoire. Mais bon, j’ai le temps, je suis confortablement installé alors pourquoi pas tenter ma chance. Je vais d’abord utiliser le déplacement des bateaux sur sîte pour déterminer une zone d’observation plus attentive, puis là je me cale pour bouger le moins possible, j’ajuste une Xième fois la netteté, et je me concentre genre méditation pleine conscience comme on dit au goût du jour. 45 minutes, 45 minutes les yeux rivés dans le caoutchouc de mes lentilles, une mi-temps de football à observer cet horizon sans rien d’autre qui ne bougent que les vagues, ça peut paraître long, et au bout du compte tout çà pour saisir l’instant où jaillit l’eau de l’évent de la baleine, le jet au sommet de son crâne, c’est ça qu’il faut chercher avant tout qui dépasse de la surface de l’eau, et bingo j’en choppe un, tout petit car lointain mais je n’ai aucun doute c’en est une qui fait surface. Je redouble de concentration, tente d’encore mieux régler la netteté mais je suis au max des possibilités de mes jumelles d’approche, c’est déjà pas mal, concentre toi, concentre toi, là des oiseaux tournoient et, et… re bingo ! cette fois c’est une queue plongeante, yahoouu !!! J’insiste encore 5 minutes puis me dis que non c’est bon, j’ai eu ce que j’espérais et c’est bien comme ça. Quelle chance déjà. Certes c’est plus impressionnant et émouvant quand les bestiaux glissent sous ta petite embarcation en provoquant une onde qui te soulève, mais leur seule présence même de loin est déjà un cadeau qui t’ancre dans le temps présent de l’instant. Je range les jumelles et vais piquer une tête pour me rafraîchir le cerveau, mais on ne sait jamais j’enfile masque et tuba, des fois que. L’eau est encore trouble mais je repére un banc de sable plus turquoise qui m’inspire et me laisse y flotter quasiment sans bouger, juste à tourner la tête à gauche et à droite pour élargir mon champ de vision limité par le masque. Ma respiration résonne à un rythme régulier à travers le tuba, je scrute. Et soudain elle apparait sur ma droite à moins de deux mètres, pas bien grande, soixante à soixante dix centimètres, ma tortue dediou. Je m’approche prudemment en brasse coulée, elle ne s’enfuit pas et m’autorise à la suivre dans son balai libre à moins d’une longueur de bras dans moins de deux mètres d’eau pendant 25 minutes non stop, montre de plongée en main, jusqu’au déferlement plus bouillonant d’une vague qui me fait la perdre de vue. Même pas j’insiste, heureux comme un gosse, Incredibeule. La nuit peut bien tomber maintenant j’en ai assez vu pour aujourd’hui. Brijou elle non plus n’est pas en reste qui revient de son expédition les yeux encore pétillants de sa rencontre avec une grosse tortue docile et peu farouche qu’elle ira même jusqu’à nourrir prudemment d’algues cueillies sur place avec l’assistance de Jamie, un guide opportunément présent pour lui présenter la grosse mémère. Carton plein pour nous deux. Pour le lunch nous retournons à la paillote surélevée. En chemin nous retrouvons sur le parking de la plage publique le guide de Brijou, qui nous propose ses services pour demain. Nous déclinons, on part demain. On lui demande par contre si il ne connaît pas un chauffeur de Tuk tuk qu’on avait rencontré il y a 4 ans qu’on arrive à lui d’écrire facilement vu le gabarit hors du commun et le look surfer du gaillard à l’époque . Yes yes, he is still working here. OK. Peut être le croiserons nous. On va déguster dans notre petit bouge des petits calamars frais dignes d’un étoilé de chez nous. Et débarque alors le dit chauffeur alerté de notre présence par son collègue. Belle surprise, on ne peut pas ne pas le reconnaître, il a juste pris 20 kilo de plus, les cheveux encore plus long et de nouveaux tatoo sur les bras. Brèves retrouvailles le temps de nous présenter ces garçons et son épouse qui attende dans le van climatisé. OK sir and madame, let’s have a drink later. On se retrouvera pour l’apéro ce soir autour d’un arak soda le temps de se raconter ces 4 années passées, plus ou moins facilement aussi pour lui dans le business du tourisme. Mais la roue va tourner, on se le souhaite, il aimerait partir bosser aux Émirats pour mieux gagner sa vie lui aussi, malgré les sacrifices de la séparation familiale, il n’est pas vraiment prêt, on ne l’y encourage pas. On se quitte en se promettant un temps plus long à notre prochain séjour. Bye brother. Bye, and take care.

Episode#12
Jour#40 Lundi 2 mars j-3
De Polhena à Negombo.

On commençait à y prendre goût à ces vacances, ‘crénomd’. C’est pas qu’on soit fénéants, car d’ailleurs on fait plein de choses et tout le contraire du néant, et on aime l’un et l’autre travailler dans nos domaines respectifs qui plus est, mais faire le break c’est bonnard il faut reconnaître. Au final de cet épisode, si tout va bien nous aurons breaké 6 semaines sans voir ce temps passer. Ça nous paraissait impossible il y a peu encore, on s’aperçoit qu’on pourrait poursuivre le chemin quelques semaines sans difficulté. D’ailleurs on aura rencontré encore une fois des voyageurs au long cours qui y arrivent et qui s’aventurent 6 mois, 1 an sans problème. Des choix de mode de vie. Des renoncements. Et un monde qui continue de tourner avec et sans nous. Je suis resté connecté régulièrement à survoler ce qui se passe sur le vieux continent européen… Si j’en étais étranger je ne suis pas sûr que ce serait la destination touristique que je choisirais actuellement, pas très sexy comme ambiance, 49,3, covid19, tempêtes à répétition, bof. On commence avec ce compte à rebours enclenché à être un peu triste de quitter cet ici, on salue en disant à dans… 3 ans, au mieux. Et en même temps rentrer chez soi et près des siens ce sera bien. On appréciera notre vie différemment comme à chaque retour d’un lointain où nous avons été confronté à un autre monde , sur la même petite planète pourtant , rapportant dans nos bagages expériences et leçons de vie et pas seulement des recettes de cuisine.
Allez, avant de quitter ce merveilleux spot qu’on aime tant on va encore tenter une rencontre avec la faune marine et plonger en eaux troubles. Les
surfers s’en donnent déjà à coeur joie depuis l’aube, les locaux gros comme des haricots mais nés sur une planche comme nos savoyards sur des lattes font la nique à tous les autres, humblement et en bonne camaraderie. On parle de communauté dans cette discipline, j’ai franchement des doutes mais pourquoi pas. En tout cas sur ce spot les relations dans cet entre soi semblent respectueuses, ce n’est pas toujours le cas à ce qu’on m’en a dit. Nous irons de notre côté côtoyer les poissons en pyjamas rayés multicolores autour des massifs coraliens , bien abîmés sur ce littoral très fréquenté. À 12:00 nous partons pour la bus stand prendre un Highway Express qui nous mènera en 2h 30 à Negombo à 140 km, c’est déjà très rapide pour ici. La moitié du bus est remplie de touristes qui prennent l’avion et se rendent encore en tongs à l’aéroport, jusquauboutistes ! Pour nous ce sera dans 48 h, le temps d’une dernière étape chez Nishanta’s family, on a encore quelques petits trucs à faire ici.

Jour#41 mardi 3 mars J-2
Negombo

Toujours accueillis dès hier soir dans la famille comme des cousins tonton-tata nous aurons eu droit encore aux grands égards et petits oignons.
Nous partons en virée ce matin pour un reportage photo que réalisera Brijou avec Nishanta pour l’aider à actualiser son book de présentation de son Tuktuk Negombo City Tour qu’il propose à ses clients, que nous fûmes. La petite Rashmi n’a pas voulu aller à l’école ce matin pour rester avec nous. Elle sera donc de la virée elle aussi, calée entre nos genoux à l’arrière du flambant neuf triporteur de daddy. Plutôt casse cou et Intrépide du haut de ses quatre ans, elle est la fille à son papa et le suit partout dès que possible, à l’occasion se glisse entre ses jambes pour choper le guidon du tuktuk et mettre les gaz. Même si ce n’est pas l’avenir que je lui souhaite je l’imagine aisément rouler à la place de son père et défier la circulation.
Eglises, temples, marchés aux poissons, aux fruits et légumes, bazar, mangrove, port de pêche, plages, barriére de corail, fortifications, canal, jardin au plantes, massages ayurvédiques, proposé en deux heures à des clients plus ou moins pressés selon l’âge, plutôt vite fait pour les jeunes qui remplissent et cochent les cases de ce qu’ils ont fait. Negombo n’est ni moche ni très jolie, mais jouit d’une situation stratégique avec l’aéroport international de Colombo. On y arrive pour un premier contact avec le pays, et on en repars en finissant la boucle, en prenant le temps d’un tour de ville, dont Nishanta fait son commerce. Cette ville recèle des petits coins plutôt sympa quand on y est bien guidé, et ça Nishanta le fait très bien et jovialement, et de surcroît avec un excellent sens du pilotage. Il connaît sa ville comme sa poche et, sans guide ni GPS, vous emmène dégoter tout ce que vous pouvez imaginer avoir envie de voir ou d’acheter. Voilà, j’en aurai fait l’article et vendu sa crémerie au bon gars, et vous file son contact au besoin.
Cet aprèm nous filons en catimini avec lui acheter des cadeaux de départ pour les gamines. Un petit aquarium avec une vingtaine de poissons pour agrandir la famille et un tableau blanc pour la dessiner ou en écrire le nom dans cette si belle et mystérieuse calligraphie qu’est le cingalais. Faut que je m’y mette ! Ce soir c’est encore festin cuisiné par nos deux hôtes, eat Brijitmadam, eat ! Maintenant c’est sûr, on rentrera comme nos sacs à dos, plus lourds…

Jour#42 mercredi 4 mars J-1
De Negombo…

Last day today ! Sacs ficelés une dernière fois et bourrés à bloc.
On fait un dernier tour en ville pour les dernières emplettes genre épices et encens. Cet aprèm nous serons de garde avec les deux gamines pendant que les parents feront un tour en ville.
Brijou anime un atelier salon pédicure et peint les ongles des pieds des filles en rose, doré, violet, vert et bleu du plus bel effet sur ces petons marrons de peau. Elles sont trés fières tu penses. Moi à côté tel un pacha en sarong je bulle et fais une sieste d’un oeil sur le tapis en plastique, avec la chienne Pimky qui se colle à moi, elle m’a adopté et me mordille affectueusement, con de chien. Il fait toujours aussi chaud et on reste bien à l’ombre du auvent ou plutôt de la toiture non finie. Je me prends encore quelques douches dehors caché par le carré de tôles ondulées intégré aux bananiers et papayers, dernières touches de tropicalité de cette fin de journée. C’est à notre tour de recevoir des cadeaux de départ, ainsi que pour mes enfants, grands, qui sont attendus ici quand ils le voudront. Chemises, robes, collier, sarongs et tongs offerts de la part des gamines, des parents, de la grand mère et même par la copine, gâtés, trop, malgré nous. Le jour décline et annonce le départ pour l’aéroport. Dernières embrassades d’au revoir, les petites viennent s’incliner devant nos pieds, on les embrasse sur le sommet de la tête, ébouriffant leurs chevelures d’une main qui se voudrait bien protectrice d’ici à se revoir. God keep you. Take care.
21:15. Nous décollons. Tout va bien.

Jour#43 jeudi 5 mars Jour J
… à Marseille.
Bien arrivés ce matin à Marignane, sous une petite pluie fine mais une température douce. Théo, mon fiston, est venu nous chercher pour nous déposer à la home sweet home, explosés de 15 h d’ economy class pour presque 20 heures de trajet avec les deux escales aux Maldives et à Istanbul. On a encore la tête là bas et l’aurons plusieurs jours. On a tombé les masques de protection portés par précaution depuis Colombo dans les aéroports et l’avion, c’est insuppotables ces trucs. On a été d’ailleurs très surpris en arrivant à Marignane de ne voir aucune info sur l’épidémie ni de précautions prises sur les arrivants, alors que nous avions eu droit aux caméras à détection thermique à Colombo et pleins d’annonces préventives à Istanbul, deux pays pourtant pour l’instant pas concernés, alors qu’on dépasse les 350 cas en France… Même s’il ne faut pas psychoter il y a un truc qui m’échappe. Bref. Pour ne pas trop se faire violence on se cuisine un bon riz brocoli garlic et coco, en même temps pas le choix on n’avait que ça et il paraît de toute façon qu’il n’y a plus rien dans les rayons des magasins d’alimentation, c’est vrai ? J’ai vite ressorti les tongs, mes pieds souffrant déjà du manque de place dans mes baskets après six semaines d’orteilles en éventail, dur dur. Pour la douche à l’extérieur on va attendre encore un peu hein, mais le printemps est déjà là, les marguerites et les orties envahissent nos jardins, nous aurons sauté par dessus l’hiver.
Et la Mongolie ça te dit ? Euh faut voir.

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